LIVRE XII. jtil
égorger Sombrcuil, Tut le premier à se laisser ëmôuvoir. Se Fevant tout h coup, il s'écria : « Innocent ou coupable» je crois qu'il serait indigne du peuple de tremper ses mains dans le sang de ce vieillard. »
Les bourreaux du dedans étaient vaincus; il fallait vaincre les bourreaux du dehors. Les débats qui devaient décider de la vie ou de la mort du vieil ofTicier avaient duré longtemps; ils avaient môme été interrompus à plusieurs reprises par les allées et venues de dépulalions qui,
de l'Abbaye el ab<%ous par la nation, représentée par la commune do Paris, éclairée et assistée de ses propres commissaires; réintégré dans les prisons, traduit aujourd'hui devant le tribunal, où on le force de comparaUre. Il doit porter trop de respect k la main qui lui à rendu justice pour ne pas en revendiquer hautement le bénéfice. Il déclare donc qu'il continuera de se regarder absous par ie souverain lui-même, jusqu'à ce querau*;uste Convention nationale, représentation du peuple souverain, ait déridé s'il y a eu abus dans ce que la commune a fait en sa faveur. Prolestant de nullité contre tout ce qui aurait pu Hre fait contre lui depuis que cette justice lui a été faite et de tout ce qui pourrait être fait jusqu'à la décision formelle des augustes représentants de la nation souveraine, demandant qu'acte lui soit donné de sa protestation registriH', dont il fera part à la commune de Paris pour justiBer auprès d'elle les sentiments de respect et de reconnaissance dont il est pénétré à son égard et des efforts qu'il a faits pour se maintenir dans la jouissance de son bienfait.
« Carox.
« Le i4 septembre , an iv de la Liberté, i» do l'Kgalité. »
Amiéde cette pièce, nous nous adressons à ceux qui veulent voir une sorte de justice régulière dans celle que le peuple, disent-ils, institua aux guichets de l'Abbayt», et nous leur posons ce dilemme : on le tribunal du 47 août, qui, le S4 septembre, condamna Cazotte, déjà jugé le 3 septembre pour le même fait, a commis un ass<)ssinat, ou le tribunal de Maillard a assassiné ceux qu'il a envoyés à la mort et qu'il n'avait pas le droit de condamner.
id8 HISTOIRE DE LA TERREOft.
envoyées aux Invalides et à la section du Gros-Caillou^ en étaient revenues avec des attestations de civisme et d'humanité en faveur de SombreuiL Les exécuteurs placés dans la rue Sain te- Marguerite, et qui depuis longtemps chômaient de meurtres et de carnage, s*iinpatientaiont; on leur avait promis un fameux aristocrate, et il n'arrivait pas. Des cris de grâce partis de Tintérleur de la salle où siégeait Maillard et son tribunal se font entendre. Le vieillard parait enlacé dans les bras de sa Glle. Les cheveux épars, les vêtements en désordre, la parole animée, elle réclame raccomplissement de la parole libératrice que vient de prononcer le chef des assassins. Les bourreaux hésitent; Tun d'eux tenait dans ses mains ensanglanU'^es un verre qu'il venait de videra moitié; il l'approche de la blessure d'un nialheureux récemment égorgé et le tend à la jeune fille. « Bois cela à la sanlé de la nation et ton père est sauvé. » Elle n*hésite pas, prend le verre des mains du misérable et y trempe ses lèvres^. M'**" de Sombreuil et son père sont portés en
1 . Nous aurions voulu, pour l'honneur de Thumanité, révoquer en doulo ce pacte dont M"*" de Sombreuil trouva le courage surhumain d'exoculer l'effroyable condition; nous aurions voulu croire que le Siing qui dégoultiiil du verre élait seulement celui dont l'avaient maculé, à l'extérieur, les mains du misérable qui le lui offrait; maison ne p'Ut hésiter à croire à ce fait, le plus horrible de celte horrible époque, depuis que le fils meiiie de l'héroïne du t septembre Ta attesté comme le tenant de s<i mère elle-môme. (Voir la lettre écrite par M. de Villelume à M. Nettement, lettre qui a été insérée dans la Réfutation de r histoire des Girondins, et reproduite depuis par M. Granier de Cassiignac, t. II, p. :226 de son ou\ rage sur les journées de septembre.)
Sombreuil, comme Gazotte, ne fut que momentanément sauvé par