‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 141 sur 262 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

niers qui lui en voulait depuis longtemps. Comment un prisonnier aurait-il pu en vouloir a l'économe de l'hospice? il n'y avait rien, et il ne pouvait rien y avoir de commun entre eux. On doit assigner à cet assassinat une tout autre cause. Nous avons retrouvé aux archives de l'Hôtel de Ville une série de lettres qui nous ont appris pourquoi le malheureux Béchet avait mérité d'être désigné d'une manière toute particulière à la haine des meneurs de la commune insurrectionnelle, par conséquent à la rage des assassins qu'ils soudoyaient.

Avant d'être à Bicêtre, Béchet était économe de l'hospice des Enfants-Trouvés du faubourg Saint-Antoine. Il avait conservé dans ce faubourg beaucoup d'amis et de relations, il y jouissait d'une grande influence. Très-attaché aux principes constitutionnels, il entretenait, avant le 10 août, une correspondance active avec La Rochefoucauld et Rœderer, président et procureur-syndic du département, et leur donnait des indications très-précieuses sur l'état des esprits dans la section des Quinze-Vingts. 11 est plus que probable que cette correspondance compromettante tomba entre les mains des organisateurs des massacres et qu'ils donnèrent à leurs affidés les ordres les plus précis pour que le malheureux Béchet fût tué par un de ces hasards qui ne sont que trop souvent arrangés d*avance.

Voici comment un témoin oculaire raconte cette mort: « M. Béchet rentrait par la porte Rouge; le factionnaire lui dit qu'on le demandait au greffe de la prison pour signer je ne sais quoi ou donner je ne sais quel renseignement. M. Béchet ne voulait d'abord pas y aller, parce

que, disait-il, écoDope de Thospice, il n*avait rien à iaice dans la prison ; mais, enfia, la sentinelle insistant, il se décida. A peine avait-il fait trois pas en avant, que celle-ci lui lâcha son coup de fusil dans les reins. Le pauvre M. Béchet tomba et dit tranquillement: « Ah! malhequ reux, tu m'as pris en traître. » Comme il gisait là, se débattant contre la mort, arrive un garde national ^ uniforme ; je le vois encore , je crois que c*était un fédéré breton : il lui appliqua le canon de son fusil sur le front; sa cervelle sauta de tous côtés. On le traina sur le bord d*un fossé en dehors de la porte Rouge^ Qt, comm^ il était seul, il y resta quarante-huit heures e| fut enterré tout le dernier. »

A mesure que les massacres s*étendaient dans tous les lieux de détention placés sous la main du comité de su^ veillance^, le conseil général de la Commune agissait de plus en plus en complice des assassins, non en protecteur des victimes. A l'ouverture de la séance du 3 au soir, sur la demande des administrateurs de police, c'est-àdire de Panis, de Sergent et de leurs acolytes, on lear ouvre un crédit de 12,000 fr., à prendre sur les sommes

4. Le^ seuls lieux de détention où les massacreurs ne se présentèrent pas furent Sainte-Pélagie, qui ne renfermait que des prisonniers pour dettes; Siiint-Lazare, qui, comme aujourd'hui, ne contenait qw des femmes, et le palais Bourbon, dans lequel on avait réuni les soldats suisses qui avaient consenti à être incorporée dans les diven régimentâ frs^ççais.

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(fihi sont ep^re leurs m^iin^ et résultant des saisies faites sur différentes personnes arrêtées ou éoiigrées, et dont ils devropt justifier remploi pour le salut de la patrie^.

Oq comprend sans peine ce que dissimule cette phraséolo^e dénuagogique. Le crédit était demandé pour payer les massacreurs, et, suivant l'horrible expression employée dans un autre document ofliciel , on prenait les frais sur la chose^.

Un peu plus tard, un journaliste (Duplain) est amené devant le conseil général ; on lui reproche des opinions anticiviques, a Sa défense faible décèle sa conduite criminelle, » dit le procès-verbal. Le substitut du procureursyndic, sans doute Hébert, conclut « à ce que Ton débarrasse l'Assemblée de l'odieuse présence de cet homme. » Pour être plus sûr qu'il n'échappera pas à la mort, on l'envoie à l'Abbaye ; une heure après il était égorgé.

Le président de l'Assemblée nationale ayant réclamé impérativement un rapport immédiat sur l'état de Paris, le conseil général arrête : « Qu'il sera rédigé une proclamation au peuple pour lui remontrer la nécessité de s'en remettre à la loi qui doit punir les coupables. » A la Gn

i. Cet arrêté se trouve cité textuellement dans les procès-verbaux du conseil général de la commune de Paris, imprimés dès 1822, dans la Collection des Mémoires sur la Révolution, publiée par MM. Berville et Barrière, réimprimés dans Y Histoire parlementaire, do Bûchez et louSf t. XVII, p. 392. Les écrivains qui nient le salaire payé aux assassins n'ont pas voulu voir ce qui est évidemment écrit dans cette pièce.

î. Rapport au conseil général de la Commune, n° 46, archives de h préfecture de police, cité textuellement dans Touvrage de M. Gracier de Caseagnac, t. II, p. 47.

de la même séance de nuit, la Commune prend cette délibération dérisoire :

« Le conseil général, vivement alarmé et touché des 7noyens de rigueur que Ton emploie contre les prisonniers, nomme !MM. Simon, Michonis, James, Goupy, Dobernel et Proby, pour calmer reffervescence et ramener aux princi[)es ceux qui pourraient être égarés ; arrête qu'ils seionl accompagnés de deux gendarmes et qu'ils pourront requérir la force armée*. »

Sous la plume par trop indulgente du secrétaire greffier de la Commune, d'horribles massacres étaient des ïnoj/ens de rigueur. On parlait des supplices affreux qu'on faisait subir aux prisonniers, comme s'il se fût agi de simples mises au cachot. Deux gendarmes à cheval, voilà toute la force publique que l'on fournissait aux officiers municipaux chargés de purger les prisons des assassins (jui s'y étaient cantonnés! Le premier plénipotentiaire (ju'on envoyait aux bourreaux pour les ramener dans les voies de la douceur et de Tindulirence était le cor- (lonnier Simon !

Conjme la Conynune, la Législative reprend sa séance à six heures du soir. Lacroix, au nom de la commission envoyée au Temple dans la journée, fait connaître le résultat de sa mission. « Les députés, dit-il, n'oat rencontré partout que des élans de patriotisme, n'ont entendu que des cris de vire In nation! n'ont recueilli que des témoignages de dévouement pour l'Assemblée

I. Procès-verbauK flo la commune de Paris, Histoire pnrlcm^*^' luire, t. XVII, p. 395.

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