‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 142 sur 262 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

nationale. Autour du Temple la foule était grande; sans résistance elle s'est ouverte pour laisser passer les commissaires^ qui ont trouvé les cours intérieures absolument vides. La porte de la prison du roi était gardée par une barrière que le peuple n'a jamais franchie et ne franchira jamais, celle de la raison, de la liberté et de Tégalité : un ruban tricolore^. »

Ce récit rend quelque courage à l'Assemblée, et bientôt Gensonné vient, au nom de la commission extraordinaire, lui proposer d'adopter une proclamation et un décret destinés en apparence à satisfaire aux demandes formulées par le ministre de la guerre, en réalité à rendre, s'il est possible, aux autorités de Paris, le sentiment des devoirs qui leur incombent. La proclamation adressée aux citoyens qui partent pour la frontière les invite « à se défier des siiggestiom perfides, des incitalions des hommes qui appellent la discorde, la haine et la division, veulent allumer la guerre civile, exciter des désordres dans Paris, provoquer aux excès. »

Le décret, dans ses considérants, adjure tous les bons citoyens <c de se rallier plus que jamais à l'Assemblée nationale, aux autorités constituées, pour concourir par tous les moyens en leur pouvoir au rétablissement de Tordre et de la tranquillité publique. »

Après avoir dépeint en termes énergiques la sûretc» ^personnes et des propriétés méconnue, les haines Particulières se substituant à l'action de la loi, la fureur ^^ proscriptions se couvrant du masque d'un faux zèle,

il voue à rexécrdtioD de la Flradcè etlUèrë ëi de là postérité tous ceux qui tnéconhaissent Tautôrité des lois, et rappelle le peuple de la capitale à sa dignité, à son cairac^ tère, à ses devoirs. Dans son dispositif, il prescrit k \A municipalité, au conseil général de la Commune et au commandant de la garde nationale, de donner, chacun en ce qui le concerne et sous sa responsabilité perstmnellc, tous les ordres nécessaires pour que la sûreté des personnes et des propriétés soit respectée ; il leur ^Joint de venir le jour môtne à la barre de TÂssembléé prêter individuellement le serment de feire lelir devoir fet de mourir, s'il le faut, pur l'exécution de la loi *.

Aux termes de son article final, ce décret devait être proclamé solennellement dans tout Paris et porté dans chacune des quarante-huit sections par des commissaiM de l'Assemblée nationale.

C'était la première protestation qui se fût encore nettement formulée contre les attentats qui se commettaient depuis trente-six heures. Elle était bien timide, car on n'osait pas y nommer les véritables auteurs des massacres, on se contentait de les anathématiser en masse par des phrases vides et sonores.

L'Assemblée adopte sans discussion les propositions de Gensonné. Aussitôt après, Brissot, au nom de la commission extraordinaire, présente la liste des députés qui seront chargés d'aller dans les sections faire entendre des paroles de paix et d'humanité. Elle est

^ . La proclamation et le décret se trouvent in extenso dans le MO' niteur, p. 1055, ot dans V Histoire parlementaire^ t,\XVII, p. 379.

LITÀE XII. dOS

ooiltposée des tiottis les plus populaires; les Girondins et les Montagnards y sont en grande majorité; à peine y a-t-on admis quelques députés de la droite. Il était alors di^L heures du soir ; un des commisMités désignés, Larivière, demande que Ton parte sur-lechamp ; mais on fait observer qu'il est bien tard, que Ton ne ttDurera plus les sections réunies, que la démarche perdra ainsi presque toute sa solennité , et risquera de devenir inefficace^. Dans un moment où les minutes étaient si précieuses, ou, dans cinq prisons, on égorgeait encore , l'Assemblée est arrêtée par cette misérable objection. Quelques instants après, le président reçoit une lettre de Roland, on en applaudit avec enthousiasme l'emphatique phraséologie, puis on lève la séance , et on laisse aux commissaires précédemment nommés le soin d'aller le lendemain, à leur loisir, arrêter les massacres,

si, par hasard, ils ne sont pas encore entièrement

achevés.

La lettre de Roland débutait ainsi :

*M. le président, je viens remplir un devoir sacré doat Taecomplissement peut me coûter cher, mais je n'ai jai&ais capitulé avec ma conscience et je serai docile à sa ▼oix, quoi qu'il puisse arriver 2. »

4* Journal des Débats el Décrets, u** 343, p. 60. ^* C«tte leUre, très-longue et qu'il nous est impossible de citer ^t eDtière, se trouve in extenso dans le Moniteur, p. h 056, dans I ^*ito«re parlementaire, t. XVII, p. 38«.

Cela dit, Roland expose compeDdîeusemrat commeol il est enti*é la première fois au ministère, comment il y est ■j^ revenu. 11 rappelle qu'il a osé dire la vérité au roi; puis,

se drapant dans son courage et dans son patriotisme , il entame un second exorde sur les révolutions qui ne se calculent point suivant les règles ordinaires. Il arrive enfin à se plaindre des empêchements opposés au rétablissement de Tordre par cette commune provisoire qui « a rendu de grands services , mais qui a dépassé les limites légales de son action. » Ces excessives précautions prises, il accuse le conseil général « de contrarier Tactioo du pouvoir exécutif par les vagues dénonciations qu'il lance contre les ministres, et qui, égarant l'imagination populaire, détruisent la liberté du gouvernement. »

Mais, prêt à réclamer, pour le salut de Paris, pour le salut de la France, TalTranchissement du pouvoir exécutif et Tanéantissement des obstacles qui le gênent, il s'arrête brusquement et laisse tomber de sa plume cette phrase fatale qui pèsera éternellement sur sa mémoire : « Hier fui un jour sur les événements duquel il faut iKnit-etre laisser un voile; je sais que le peuple, terrible en ses vengeances, y porte encore une sorte de justice... »

Malheureux Roland! il croyait pouvoir apaiser, par (juelques phrases conciliatrices, les tigres qui devaient bientôt le dévorer, lui, sa femme et ses amis. Il pensait avoir sauvegardé sa responsabilité en déclarant qu'il « resterait à son poste jusqu'à la mort », en adressant, du fond de son cabinet, à l'Assemblée, à Pétion, à Santerre, des lettres dont il attendait patiemment les ré-

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