LIVRE XII. Ml
Le procès-verbal des faits arrivés le & septembre à la Salpôtricre est certainement le plus curieux et en même temps le plus épouvantable de tous les documents officiels de cette triste époque; il est daté du jour même^ Il septembre, et dressé par deux commissaires de la section du Finistère. Ceux-ci durent l'écrire en présence des cadavres encore chauds, et peut-être même pendanlqu'on tuait les dernières victimes*.
Les commissaires Brunet et Bertrand v déclarent « qu'ayant été avertis, au comité de la section du Finistère, qu'une alDuence d'hommes armés qui s'étaient portés, les 2 et 3 courant, dans les prisons de la capitale et y avaient tué quelques prisonniers » — quelques? il y en avait plus de douze cents ! ! ! — « se rendaient à la Salpêtrière, ils s'y sont eux-mêmes transportés et ont trouvé la cour de cette maison de force remplie d'une quantité d'hommes armés de sabres, d'instruments tranchants et de gourdins, qui, après avoir forcé l'entrée des locaux où les prisonnières étaient renfermées, les en sortaient (sic). et, après examen des écrous, les assommaient, les perçaient de coups de sabre et autres instruments , au point qu'il en est résulté la mort de plusieurs d'entre elles et la
d'après le document drossé par Dommoy, économe de la prison. Parmi CCS dernières, plusieurs étaient condamnées à perpétuité. D'après un état dressé par le comité de surveillance, le nombre des mises en liberté fut beaucoup plus considérable et s'éleva à 213; on comprend. du reste, le motif qui incita les égorgeurs à accorder ici tant de mises en liberté : ce ne fut certes pas un sentiment de pitié.
1. Ce procès-verbal est rapporté in extenso à la page 254 et suivantes du deuxième volume de l'ouvrage de M. Gl|pier de Cassagnac, Il estdépasé aux archives de l'Hôtel de Ville,
»« HISTOItC DE LA TEftKEn.
mnûfi de b maison de feroe (Tautres. dnqodks tant assomma que celles sorties, fl a été aa for et à mesure bit mention, sur le resistre, tant de leur mOTt que de lenr sortie. >
Apres avoir dressé ce procès-Terbal, mnonment de stfjpiiité burlesque et d'indiflërence brutale, les commisiiaires firent fouiller les Tétements des malbeureoses victimes et onloniiérent leur inhumation dans le cimetière ni^me de la Satpetrière.
Quel fut le moment précis où se terminèrent les mas- •4 sacres de^'prisonniers de Paris? Cest ce qu'il est très-
. diflTicilc de dire exactement. On voudrait se persuader que le & a cté le terme fatal des égoi^ments : car, plusoD étendra le cercle des heures durant lesquelles ces horreurs se sont accomplies, plus on rendra pesante la responsabilité de tous ceux qui avaient alors dans leurs mains la moindre parcelle de Tautorité publique.
Mais des documents authentiques ne permettent pas d'ac('(îpter cette hypothèse ; ils prouvent que les meurtres m sont conlinut^s au moins jusqu'au 6, et même jusque dans la nuit du 6 au 7 septembre. Ainsi, dans un état d morts dressé et sip^né par les membres du comité de sur veil'anre à la date du 10 septembre, — ceux-là, certes suivaient bien ce qu'il en était, — nous voyons que ledéx^ès constatés ont eu lieu dans les journées des % /i, 5 et 6 septembre. Ainsi, nous trouvons dans 1 procès- verbaux du conseil général de la commuop pi sieurs montions (|ui attestent que les massacres contî nuaient encore le 5 dans plusieurs prisons , et notaaa ment à la Force.
L*uQ des ipumicipaux qui «ssistaieot au)^ jugem^ts du tribunal institué au greSe de cette pri^n, Ro$sigfiol, le futur dévastateur de la Yeudée» demande, le mercredi 5, k six heures du soir, qu'on vienne le relever de ce poste parce qu'il est excédé de fatigue. Le 6, à dix heures du matin, le conseil reçoit une lettre du maire qui lui annonce que les exécutions se continuent dans cette même prison^ ; à cette communication le conseil répond ea envoyant une députaiion à Pétion, « pour l'inviter à se rendre à la maison commune, et à délibérer sur les moyens de faire cesser l'effervescence. » 0% voit de quelles expressions toujours mitigées se servait le secrétaire greffier du conseil général.
A deux heures, Pétion, sortant enfin de son immobilité, se présente au conseil général, et de là se rend avec un nombreux cortège à l'hôtel de la Force pour rappeler aux massacreurs « l'exécution de la loi qui protège les personnes et les propriétés ^ ». Mais laissons-lui raconter lui-même cette dernière scène des massacres^.
4. En même temps Pétion écrivait à Santerre la lettre suivante :
a Je vous écris, monsieur le commandant, relativement à la prison de la Force. Je vous ai prié dV établir un nombre d'hommes î^i imposant qu'on ne fût pas tenté de continuer des excès que nous devons déplorer. Vous ne m'avez pas répondu. J'ignore si vous avez satisfait à ma réquisition; mais je vous la réitère pour ce matin. Comme j'ai à rendre compte à l'Assemblée nationale, j'ignore ce que je puis lui dire sur l'état de cette prison. »
î. Procès-verbaux de la commune, Histoire parlementaire ^ t. XVIII p. Î63, 265 et 266.
3. Discours de Jérôme Pétion sur l'accusation intentée à Robespierre, t. XXI de V Histoire parlementaire, p. 405, 406.
« Des citoyens assez paisibles obstruaient la rue qui conduit à cette prison ; une très-grande foule était à la porte.!. Non, jamais ce spectacle ne s'effacera de mon cœur. Je vois deux officiers reve^ius de leur écharpe ; je vois trois hommes tranquillement assis devant une table, les registres d'écrou ouverts et sous leurs yeux, faisant l'appel des prisonniers; d'autres hommes les interrogeant, d'autres hommes faisant les fonctions de jurés et déjuges ; une douzaine de bourreaxix, les bras nus, couverts de sang, les uns avec des massues, les autres avec des sabres et des coutelas qui en dég;outtaient, exécutant à l'instant les jugements; des citoyens attendant au dehors les jugements avec impatience, gardant le plus morne silence aux arrêts de mort, jetant des cris de joie aux arrêts d'absolution ; et les hommes qui jugeaient, et les hommes qui exécutaient, avaient la même sécurité que si la loi les eût appelés à remplir ces fonctions. Us me vantaient leur justice, leur attention à distinguer les innocents des coupables, les services qu'ils avaient rendus ; ils demandaient^ pourraii-on le croire, à être payés du temps qu'ils avaient passé; j'étais réellement confondu de les entendre.
« Je leur parlai le langage austère de la loi, je leur parlai avec le sentiment de Tindignation profonde dont j'étais pénétré, je les fis tous sortir devant moi : j'étais à peine moi-même sorti qu'ils rentrèrent ; je fus de nouveau sur les lieux pour les en chasser, la nuit ils achevèrent leur horrible boucherie. «