LIVRE XIII. 3t
Ce discours est accueilli par les émeutiers avec des applaudissements Trénétiques. Ils demandent à grands cris qu'on leur livre le traître, et annoncent qu'ils l'auronl de gré ou de force. Des officiers municipaux essaient de faire évader Carton , jnais , au moment où on espère l'avoir sauvé, il est saisi et mis en pièces.
Quelques heures auparavant, Beaucourt avait fait arrêter et avait conduit lui-même en prison un officier supérieur, M. de Montrosier, depuis peu démissionnaire du commandement de la place de Lille et retiré chez son beau-père, M. Andrieux, l'un des hommes les plus considérés de la ville, officier municipal en exercice.
Un boulanger, récemment établi à Reims et nommé Mitteau, vient, au nom des émeutiers, dont deux assassinats n'ont point rassasié la fureur, demander au Conseil général la tête de Montrosier. « Il a voulu me faire pendre, dit-il, lorsque je servais sous ses ordres à Lille ; c'est à moi aujourd'hui à lui rendre la pareille. » — Le Conseil général refuse de livrer l'ex-commandant ; mais la populace ne tient aucun compte des exhortations qu'on lui adresse , elle court à la prison et se fait livrer M. de Montrosier, sous prétexte de le conduire à l'Hôtel de Ville. En route, Mitteau lui portQ un coup de sabre dans le dos, il tombe; des forcenés l'achèvent, lui coupent la tête et la portent en triomphe.
Peu après, on amène deux prêtres, qu'une bande armée était allée chercher dans un village voisin, à Monchenot, près Villers-Allerand. C'étaient deux chanoines de Reims, MM. de la Condamine de Lescure et de Vachères, qui s'étaient retirés dans cette petite localité
pour être à Tabri des persécutioDS. On les fait descendre de voiture et on les fusille à bout portant.
La nuit étant venue, les hommes du 10 août et les maratistes rémois allument un immense bûcher sur la place même de THôtel de Ville; ils y jettent les membres épars des cinq malheureux déjà égorgés. Bientôt on y précipite tout vivants deux autres prêtres^, puis on va chercher les drapeaux, qui étaient suspendus aux voûtes de T^ise de Saint-Rémy et qui entouraient le tombeau du saint. Faute de nouvelles victimes humaines, on donne à dévorer au brasier ce qui, depuis quatorze siècles, était Tobjet de la vénération universelle.
Pendant cette nuit funeste du â au & septembre, l'assemblée électorale du département de la Marne se tenait dans réglise Notre-Dame sous la présidence de Diot, révèque constitutionnel. Les massacreurs s*y rendent et signifient aux électeurs qu'ils aient à donner leurs suffrages à Armonville, le cardeur de laine, que la démagogie rémoise avait mis à sa tête, et à Drouet, le fameux maître de poste de Sainte-Menehould, qui avait arrêté Louis XVI k Varennes.
Plus de la moitié des électeurs se retirent pour ne pas obéir à c^s brutales injonctions. Ceux qui restent élisent les deux personnages que les assassins viennent de leur désigner 2.