LIVRE XI ir
populace demande la télé du |)rocureur général et se dirige vers la prison. Cependant, quelrjues citoyens, espérant le sauver, demandent que Baveux soit conduit devant les magistrats. lie prisonnier lui-même saisit avec ardeur ce suprême moyen de salut et réclame immédiatement des juges : on le conduit à l'Abbaye-aux-Femmes, où se trouvent réunis le directoire du département et le conseil général de la commune. Sur la route, il renconli^ son fils, un enfant de douze ans, le presse entre ses bras et lui remet sa montre qui, dans un moment, va marquer rheure de sa mort. Arrivé sur la place des tribunaux, il trouve ses collègues du département, accourant au-devant de lui. Ceux-ci tentent quelques explications qui ébranlent la garde nationale jusqu'alors hostile; mais des misérables fendent la foule, écartent les administrateurs, se ruent sur Bayeux, qui essaye de fuir; il est atteint d'un coup de baïonnette dans les reins, puis d'un coup de feu à la tête, et va tomber expirant sur la place Saint-Sauveur. Il était déjà mort quand le tambour-major de la garde nationale lui coupe le visage avec son sabre, puis lui tranche la tête, que Ton promène à travers la ville. Quelques heures après, la population honnête, outrée de cet assassinat, chassait ignominieusement de Caen le tambour-major, cet homme, disait-on, qui n'était bon qu'à tuer des morts ^.
I. Voir le registre des délibérations du conseil général de la commuDe do Caen, \} Moniteur du 14 septdnbre 1792, et l'ouvrage de M. Vaultier : Souvenirs de l'insurrection normande, 1858.
A:\y UrSTOIRE DE LA TERREUR.
La |»lus grande eirervesceace régnait en Bourgogoe. (i Elle prenl ilans ces contrées, écrivait à Roland un de ses commissaires, une teinte d'àprelé, pour ne l>as dire de férocité. Les routes ne sont pas sûres, le peuple croit voir dans chaque voyageur un aristocrate cherchant S)n salut dans la fuite ^ »
Des émissaires maratisles parcouraient les villes et les campai;nes, répandant et commentant la fameuse circulaire du comité de surveillance, propageant les bruits les plus sinistres et les plus absurdes; entre autres fables, ils faisaient accroire auK ci'édules paysans « que les prêtres insermentés s'étaient déguisés en Suisses le 10 août, avaient ainsi cherché à écraser les patriotes, et que c'était à cause de cela (|ue le peuple de Paris en avait fait |)roinpte et sévère justice-. »
Le 8 septembre, dans le petit bouigde Couches, près tl'Autun, arrivait par une route de traverse une voiture renfermant quatre vo\ageurs. Le bruit se répand bientôt (pie ces élrangei's sont des gens suspects. Leur passe-port est en rè.ule, il est vrai, mais ils viennent de l'envoyer, par un domeslijpie à cheval, au district, pour le faire viser; ils crai.i4:nent donc de passer dans les villes importantes,
I. Lollro <le Boniiciiiinl, commissaire du pouvoir exécutif, au mini?lro do rinléiitur, dalée de Lyon, le 11 septembre M9i,
f. Voir, à la fin de et* volume, rextniil du mémoire en défense de* •iopteuibriscurs de Saùne-et-Loire, doul nous (lurlons plus loin.