LIVRE XIII
vocaleurs, qui, depuis quelques jours, affluent dans Versailles; il demande s'il doit interroger les accusés aussitôt leur arrivée. « Que vous importe? L'affaire de ces gens-là ne vous regarde pas, répond brusquement le ministre; remplissez vos fondions et ne vous mêlez pas d'autre chose. — Mais monsieur, objecte le magisgistrat, les lois ordonnent de veiller à la sûreté des prisonniers.— Que vous importe! s'écrie Danton, sans répondre directement aux paroles d'Alquier, en ayant l'air de se parler à lui-même et en marchant à grands pas... Il y a parmi eux de bien grands coupables; on ne sait pas encore de quel œil le peuple les verra et jusqu'où peut aller son indignation. » Alquierveut encore parler, mais le terrible ministre lui tourne le dos, et le magistrat sort de T hôtel de la place Vendôme, le désespoir dans l'ùme et avec la certitude que les prisonniers sont perdus*.
Le messager, envoyé à Roland, revient le dimanche
bruit répandu quo les prisonniers retourneraient à Orléans ou allaient à Saumur ne fût semé pour empocher qu'on ne se portât en foule à leur rencontre à Versailles, nous avons cru ne deNoir répondre que ces quatre mots :
« A A/M. les membres du directoire de Seine-et-Oise,
« Arpajon, 8 soptcmbre 1792.
« Messieurs!, nous avons roru la lettre que vous nous avez fait l'hont neur de nous écrire ; trop pressés pour vous répondre, nous en ré- « ferons à M. le ministre de l'intérieur, auquel nous vous prions de « faire parvenir ce paquet, lequel vous instruira de tout ce que vous « avez à faire. »
I. Tous ces détails sont tirés d'un»^ lettre de Gillet, député de Seineet-Oise au conseil des Cinq-Cents, en date du 25 ni\ôse an v.
de bon matin avec une lettre annonçant que les prisonniers arriveront dans la journée à Versailles, accompgnés de deu\ mille hommes armés, et que Ton va aviser à ce que leur séjour dans celte ville ne soit |)as do longue durée. Le doute n*est plus possible. Quelciues officiers de Fournier, détachés en éclaireurs en avant du convoi, achèvent d'ailleurs de le dissiper. Ils viennent, disent-ils, s'assui^er par eux-niônies des dispositions qu'on a |)rises pour la réception des accusés. Sous ce prétexte, ils parcourent la ville et s'abouchent avec les sicaires envoyés de Paris par le comité de surveillance; ils leur donnent les derniers renseignements et reçoivent d'eux le suprême mot d'ordre.
Ia: dimanche, 9 septembre, jour de douleur éternelle I)Our Versailles, toutes les aulorités civiles siégeaient en permanence à la maison commune. Le uiaiœ était Uyppolite Richaud; ce nom mérite d'être conservé à jamais par l'Histoire. A dix heures le courageux magistrat monte à cheval, et, suivi de quelques officiers de la garde nationale, va publier lui-m?me, à travers les rues, une proclamation qui place les prisonniers, comme un dépôt sacré, sous la sauvegarde des habitants *. Puis, il se porte au-ilovant du convoi cpii , parti d'Arpajon avant l'aube, avait Iraversj Linas, Marcoussis, Orçayet touchait
1. Celte proclamation se trouve p:igo 30i de la nouvelle édition des Mémoires sur les journées de septembre (Firmia Didot, <8i8).