‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 176 sur 262 · LIVRE XIÏI · texte numérisé non relu

LIVRE XIÏI

Dans certaines régions gouvernenaentales on savait si peu ce qui se passait , que Pétion faisait placarder dans la soirée du 8, sur les naurs de Paris, une proclamation ainsi conçue :

« Nous invitons tous nos concitoyens, les bons patriotes composant le peuple, à faire en sorte que les prisonniers d'Orléans (maintenant à Arpajon) , si absolument il est impossible qu'ils ne vinssent point à Paris, y arrivent au moins sains et saufs. Tous les bons citoyens se réuniront ensuite pour veiller à ce qu'il ne s'échappe des prisons aucun de ces prisonniers. Nous nous en rapportons à la sagesse et au génie du peuple sur ce grand objet. »

Pendant que Pétion annonçait dans ce style embarrassé et sentimental l'arrivée des prisonniers à Paris, Roland écrivait la lettre suivante aux administrateurs du département de Seine-et-Oise :

« On m'annonce, messieurs, que les prisonniers d'Etat, ci-devant détenus à Orléans, doivent arriver dimanche matin à Versailles. Je vous prie de faire toutes les dispositions pour qu'ils puissent être déposés en sûreté dans les prisons de voire ville, et en même temps pour qu'il soit pourvu tant au logement et à la subsistance de ces prisonniers qu'à celle de la nombreuse garde qui leur sert de cortège, et des commissaires de Paris chargés de veillera leur conservation. Le nombre de ces personnes

étant â peu près de quinze cents, vous sentez la nécessité de prendre sur-le-champ les mesures convenables à cet égard. Je ne puis trop recommander à votre sollicitude, messieurs, les précautions les plus sages pour préserver de tout événement les prisonniers qui, étant sous le glaive de la loi, méritent tous les égards de Thumanité. »

Dans ces temps malheureux, les honnêtes gens étaient obligés de cacher les intentions les plus louables sous les formes les plus brutales et quelquefois les plus injurieuses pour ceux même qu'il s'agissait de sauver. La municipalité de Versailles fournit ce jour-là un exemple frappant de cette terrible nécessité. Voici les considérants de rarrêté qu'elle prit, à la réception de la lettre de Roland, pour affecter au logement des prisonniers qu'on lui annonçait les bâtiments de Tancienne ménagerie, située à moitié route entre Versailles et Saint-Cyr :

« Considérant que Vci^ailles renferme en ce moment cinq à six mille hommes des diverses parties du département pour se former en bataillons de volontaires; que, depuis plusieurs jours, des hommes pervers cherchent, j)ar des instigations |H^rfides, à égarer le civisme des citoyens pour les porter à des exécutions sanglantes; que si, jusqu'à ce moment, les magistrats sont par\'enus à déjouer ces manœuvres odieuses, il est à craindre que l'arrivée des prisonniers d'Etat ne fournisse l'occasion de les renouveler avec plus de succès; — considérant que les maisons de justice et d'arrêt sont remplies; qu'il n'existe dans la ville aucun local propre à recevoir les prisonniers; que, hors les murs et à peu de distance.

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il en est un qui, par sa position et sa construction, offre à la fois les moyens de retenir les prisonniers et les moyens de les garantir; que, par son nom même, il aura l'avantage de satisfaire en quelque sorte l'animadversion populaire et d'atténuer le sentiment de la haine en faisant naître des sentiments de mépris... »

Tels étaient les expédients auxquels en étaient réduits les magistrats d'une grande cité, naguère le siège de la cour la plus brillante et la plus policée du monde entier. Telles étaient les phrases à Taide desquelles on espérait conjurer les desseins de ces hommes que Ton voyait déjà apparaître dans les rues de Versailles, comma Ton voit accourir les hyènes à l'approche des caravanes qui leur promettent une proie facile.

En même temps qu'elles prenaient cet arrêté, les autorités de Versailles envoyaient un exprès sur la route d'Etampes pour savoir si véritablement les prisonniers d'Orléans élaientdirigés sur leur ville, contrairement aux décrets de l'Assemblée. Ce fut à Arpajon que le messager trouva les commissaires de la comnume qui, à la tête de l'armée parisienne, y étaient arrivés dans l'aprèsmidi du 8, et attendaient, pour franchir les quelques lieues qui les séparaient encore de Versailles, le dimanche 9, jour convenu avec les organisateurs des massacres.

La réponse rapportée par le messager est très-vague et ne lève aucune des incertitudes qui planent sur la marche du convoi*. La municipalité se résout à adresser

I. Nous aNons retrouvé les lettres que les commissaires de la com-

un nouveau message à Roland [)Our apprendre de lui ce qu'il a dv?cidé. Comme si ce malheureux ministre décidait quelque chose et savait môme ce que d'autres décidaient à sa place !

Pendant ce temps, le président du tribunal criminel, Alquier, ancien constituant, court à Paris avertir le ministre de la justice de ce qui se passe. Mais ce ministre était Danton; ce représentant de la loi était le chef secret des assassins. Alquier parvient à grand'peine jusqu'à lui; il expose les dangers que présentent ces attroupements d'hommes armés, mêlés d'agents pro-

mune écrivirent d'Arpajon, lo 8 au matin, à Roland et à la municipalité de Versiiillos; on y voit percer en môme temps et la crainte de se compromellro et de vijgues prévisions de troubles prochains à Tarrivée des prisonniers. Comment les commissaires pou\ aient-ils si bien prévoir ce qui allait se passer à Versailles, si, d'avance, dans cet effro}abIe drame, tous los rôles, toutes les phases de Faction n'avaient pas été prévus et marqués.

Des deux lettres adros<ét*s à Roland, la première est de une heure après midi, la d»^uxième do (rois h'^ures et demie, tant les événements se précipitaient au moment du dénuùment, tant les commissaires avaient hâte de metlio leur r sponsabililé à couvert.

Première le lire,

« Il nous parait, monsieur, que tout arrivera à bon port. Cependant nous croyons qu'il faudrait prendre des mesures prudentes, car on nous assure qu'une partie du peuple de Paris doit venir à Versailles, et, pour peu qu'on échaulTe la troupe qui accompagne les prisonniers, elle pourrait se porter à quelques excès. »

Deuxième lellre,

tf Nous avons reçu la lettre ci-joinle (des administrateurs

de Versailles) ; nous axons craint de commettre une indiscrétion en y répondant catégoriquement. Dans l'incerti'udc où nous sommes que le

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