‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 181 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

d'un demi-million? Nul ne lésait*. Mais la Providence n'a pas voulu que toutes les traces des vols audacieux qui suivirent Tassassinat des prisonniers d'Orléans fussent à jamais ensevelies dans d'impénétrables ténèbres ; elle nous en a conservé un témoignage irrécusable : c'est une lettre confidentielle écrite, dans un temps oii l'on pouvait suivre encore la piste des voleurs, par un homme dont la probité ne peut être suspecte à personne. Cette lettre, datée du 19 pluviôse an m , est signée par le citoyen Cavaignac, membre du conseil général et du conseil des comptes de la commune du 10 août :

« Je ne puis, mon cher ami, te donner des renseignements/>05i7î/i sur ta demande. Ce que je sais^ c'est que d'après les différentes déclarations consignées dans le registre du conseil des comptes, dans les trois premiers mois de 1793, il parait qu'il est provenu des prisonniers d'Orléans des objets bien considérables. La déclaration,

4. Nou> avons retrouvé le dossier administratif le plus curieux peo-tèlre qui puisse exister, c*est celui des réclamations faites par Fournier au ministre de l'intérieur Roland pour être remboursé des frais par lui avancés pour l'expédition d'Orléans. Nous en donnons les passages les plus saillants à la fin do ce volume. On ne sait qu*admircr le plus de Teffroyable impudence du coquin qui présente des comptes grossis à plaisir, qui n'a pas un mot de regret et même d'explication pour les meurtres qu'il a laissé commettre sur de malheureux prisonniers confiés à sa gnrde, ou de l'incurable stupidité du ministre qui traite presque d'égal à égal avec le chef de la bande des assassins, ne relève pas les erreurs palpables et presque matérielles qui existent dans les com;)tos qu'on lui fournit et finit par faire payer sur les fonds de son ministère les frais d'une mission entreprise sans lui, malgré lui, continuée au mépris de ses ordres formels et a^ant abouti à une sanglante catastr phe.

entre autres, de Dimoni contient des renseignements trèsprécieux ; un certain procès-verbal égaré nous aurait bien appris ce que nous ne pouvions savoir; mais, pour nous le procurer, nous avons fait tout ce que nous devions et tout ce que nous pouvions. Ce que je puis te dire, enfin, c'est que bien des gens, qui seront, je l'espère, connus par la suite, se sont fièrement enrichis des dépouillet des prisonniers d'Orléans. »

C(»tteeiïroyable expédition peut donc se résumeraiosi : le vol sur toute la route parcourue, à toutes les étapes,

à Orléans, h Elanipes, h Arpajon, le vol avant le départ, le vol après regorgement, le vol à Versailles, le vol à Paris; rapines de l'escorte, rapines des chefs, rapines des dictateurs de l'Hôtel de Ville; voilà ce qui précède, accompagne et suit le crime.

Tous ces hommes de septembre, tous ces suppôts du despotisme démagogique pratiquaient tour à tour le pillage et l'assassinat. Devant les preuves de leur turpitude, accuumlées dans ce livre, qui pourrait nous reprocher de les avoir à tout jamais dépouillés du prestige dont certains panégyristes maladroits avaient voulu les entourer, de les avoir saisis, ne craignons pas de le dire, la maik

DA^S LE SAC ET LES PIEDS DANS LE SANG? C'eSt oinsi

que l'histoire vengeresse les représentera désormais.

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