CONTRE LE 10 AOUT
(Voir pages 45, 81 et 84.)
Nous réunissons dans une seule note plusieurs pièces émanées d'oflSciers de tous grades appartenant à différents corps. Elles permettent de juger quel esprit animait une grande partie de l'armée française au lendemain de l'insurrection parisienne.
LETTRE DE MONTESQUIOU, GÉNÉRAL EN CHEF DE l'aRMÉE DU MJDI, A M. SERVAN, MINISTRE DE LA GlERRE.
fl Au camp de Cessieuz (bèro), le 15 août 1792.
u Vous acceptés donc le ministère, monsieur, si vous y trouvés bonheur et honneur j'en serai fort aise; je crois que vous mérités l'un et l'autre, mais je doute que vous ayez pris le chemin qui y conduit. J'ai reçu hier au soir les actes du corps législatif du 10, et je les ai fait mettre aujourd'hui à l'ordre de l'armée, même celui qui invite M. Pethion à se montrer au peuple.
a Vous avés raison de penser que je ne porte les armes que pour le peuple. 11 y a près de quatre ans que ma vie lui est consacrée. Mais je donne à ce mot peuple une extension un peu plus grande que celle des décrets auxquels j'obéis. Lorsque le peuple aura donné à de nouveaux représentants le pouvoir de faire une constitution* nouvelle, lorsque cette con.stitutiun sera faite, je connoitrai des loix, un corps social, un empire. Je me
croyois, depuis un an, parvenu à ce terme, mes sermens étoient dans mon cœur. On vient de m'en relever à coup de canon, et j» prévois tous les malheurs que Tinjustice et la violence ont toujours enirainés. Je ne m*en crois pas moins obligé de contribuer, autant qu*il est en moi, à empocher tous les maux cvitables, et voilà ce qui me détern^ine à demeurer où je suis. La nation non représentée (car elle ne Test plus), la nation est toujours présente à ma pensJe et m'impose des devoirs que je remplirai jusqu'à ce que l'on m'ordonne un crime. Je n'ai pas cela à craindre tant que vous présiderés à TadministratioD où je suis, ainsi je resterai à mon poste. »
LETTRE DE d'uAR VMBL'RE, LIEUTENANT GÉNÉRAL, COMMANDANT A NEUF- BRISACH, EN DATE DU 15 AOUT 1792, l'aN IV DE LA LIBERTÉ.
0 A Monsieur DabancouvL
u Monsieur,
« Ce fut le 13, à dix heures du soir, que j'appris tous les désordres et les malheurs arrivés à Paris; j'écrivis à l'instant à tous les corps qui sont à mes ordres, je leur recommandais le calme et IVnsemble, seules ressources dans une circonstance pareille pour rassurer la société et mettre les généraux à même de servir la patrie de la manière la plus utile à tous les Fran(jais; ils ont tous parfaitement répondu à cette invitation, et nfen ont fait porter l'assurance par des visites ou des réponses de tous les corps. Je donnai hier à dîner à une députation que me fit le département du Haut-Rhin dans les jwrsonnes de MM. Hewbell et Lavie, lesquels vont à Huningue, Hœsingen et PorentruN ; départrnient et militaire veullent décidément une monarchie v{ Louis \Vi pour roi, et je crois que ce sera le vœu de la majorité d.'s départements, ( t je vous atteste que c'est bien le mien. Rien de nouveau dans cette partie où le semce se fait avec la dernière exactitude.
« Le lieutenant général commandant les troupes du Haut-Rhin et du'Porentruy,
(( D'Harambure. m
DÉMISSION DU CAPITAIVE d'aSSAS.
« Jean-Charles-Mirie d'Assas, capitaine au il* régiment de cavalerie, ayant juré d'élre fidèle à la nation, à la loi et au roi, de servir la patrie sous les autorités reconnues par la constitution, ayant appris qu'une de ces autorités vient d'être suspendue, prie M. du Meilet de vouloir bien faire agréer sa démission à M. le maréchal de Luckner, pensant qu'il ne lui est plus permis d'exercer son emploi d'après son serment, promettant de rester à son poste et d*en remplir les fonctions jusqu*à ce que les formalités prescrites par le dicret pour les démissions aient été observées.
« En foi de quoi j'ai signi la présente.
(c d'Assas.
m AMeU,lc28 août 1792. »
a Vu par nous, commissaires de l'Assemblée nationale, la demande en démission à nous présentée de la part de M. Charles- Marie d'Assas, capitaine au 11« régiment de cavalerie, ladite demande ayant pour motif ou pour prétexte la suspension du pouvoir exécutif dms les mains du roi, prononcée par le décret du 10 du moisd'ao'M.
« Considérant qu'il importe au salut de la patrie que tous les officiers de l'armée soient soumis aux décrets de l'Assemblée nationale, de donner ù la nation le gage du dévouement le plus absolu dans le moment du péril :
« Suspendons provisoirement ledit sieur d'Assas des fonctions de sa place de capitaine au 11*" régiment de cavalerie, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés parle décret de l'assemblée nationale du 20 de ce mois.
« Fait à Metz, le 28 août 1792, l'an îv de la liberté.
« Les commissaires de l'Assemblée nationale à l'armée du centre,
« Séd. Delaporte, F. Lamarql'e, Bri at. »
452 HISTOrRK DE LA TKRRECR.