‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 197 sur 262 · DÉMISSION DU MARÉCHAL DE CAMP RICHCUEU D*AIGUILL0N · texte numérisé non relu

DÉMISSION DU MARÉCHAL DE CAMP RICHCUEU D*AIGUILL0N

« Au quartier général à Wcîssembourg, ce 14 aoftt 179i, Tan IV de la liberté.

« Mon général,

(( Je viens d'apprendre que M. Victor Broglie, chef de Tétalmajor de Tannée du Rhin était suspendu. Je ne sais pourquoi le même traitement m'est refusé. Mes opinions sont les mêmes que les siennes, ma déclaration contient les mêmes principes que celle qu'il a faite, et si elle a été mal comprise, j'ai Thonneur de vous répéter que notre manière d'envisager le moment actuel est la môme et que notre conduite sera semblable. Je vous prie, en conséquence, mon général, de vouloir bien faire attentioo qu'il ( st de votre justice que je sois traité comme lui.

(( Le maréchal de camp, chef de TétatHnajor de l'armée du Rhin,

(( RiCHEUEU d'aiguillon. »

Riclieliru d' Aiguillon, ancien membre du corps constituant et maréchal de camp, aiix membres de la première législature.

n  Bàlc, ce 9 septembre 1792, l*aa iv* de la liberté.

(( C'est au sein d'une terre étrangère, c'est en présence de rEur(»pe qui nous contemple et de la postérité qui va nous juger, qu'une des nombreuses victimes de vos proscriptions élève sa voix pour rendre compte à tout le peuple français de ses principes et de sa conduite.

« J'ai voulu la liberté de mon pays, je ne parlerai point des sacrifices que j'ai faits pour elle. Je n'aurais rien perdu si moo pays était reslé libre. J'ai voulu qu'il n'y eût plus en France que des hommes. C'est sur la base sainte de l'égalité qu'a été fondée par le concours de l'intérôt et du la volonté nationale celte constitution qui, environnée dès sa naissance de l'amour et des hommages de la nation entière, reçut ses serments et ses votes, et qui déjà n'existe plus.

« Vous vous honorez de ce parricide, vous qui n'existiez que par elle, qui aviez promis tout votre sang pour elle, qui deviei

au reste de l'empire l'exemple auguste du respect pour les lois dont il vous rendit dépositaires.

« Après avoir anéanti la constitution en plongeant dans un cachot le roi qu'elle avait donné à la France, en réunissant tous les pouvoirs, vous en avez investi des commissaires chargés d'aller dans les départements et dans nos armL*es prévenir ou dépraver l'expression du vœu national sur les événements du 10 août.

« La lâcheté de Tégoïsme, le despotisme de la peur a courbé presque toutes les tôtes, celles m^me qui s'étaient levées d'abord avec le plus d'énergie. Il me fut prouvé dès lors que les Français n'avaient pas cessé d'être esclaves.. Je suis resté libre, moi, et j'ai déclaré à -vos commissaires que je ne reconnaissais plus un pouvoir qui s'était détruit lui-m>}mo; que, rentré d ms l'exercice de mes droits naturels par la violation du pacte social, je ne devais reconnaître de nouvelles lois, puisqu'il n'existait plus de législateurs, et que je ne devais pas ob'ûr à des ordres qui n'émanaient d'une autorité déléguée par la nation.

a Je résolus cependant de rester à mon poste pour y défendre la constitution qui régnait toujours pour moi, le territoire français et rindéi)endance nationale.

« Ce triste et dernier devoir d'un citoyen resté fidèle à son serment, il ne me fut pas m(^me permis de le remplir. Des clubs, des organisateurs, des émissaires d'anarchie, des libelles homicides, montrant au peuple sa souveraineté, sa liberté, son bonheur dans la violation de tous les principes de la justice, de l'humanité, de la propriété, avaient si profondément corrompu des âmes simples et neuves encore aux lumières comme aux vertus de la liberté que ma profession de foi constitutionnelle devint un titre d'incivisme aux yeux des soldats égarés, un titre de proscription auprès de l'Assemblée nationale.

« Une lettre écrite d »ns le secret et avec l'effusion de l'amiiié à un mem'jre de rAssem')lée constituante*, puni, comme tous ses collègues, d'avoir voulu rendre la France libre, a été livrée contre la garantie de la foi publique et des droits de l'homme à la lâche inquisition de vos comités. 11 ne m'a pas été permis d'espirer que l'Assembléo nationale pardonnât à un ami de

1. D'A'giiiUon avait écrit à B rnavc une lettre qui fut iî».tcr optt'e.

io4 IirSTOlKE DE LA TERREUR.

l'ordre el des lois IVxprcssion de son regrei pour la constitution, pour In justice, pour les droits d*auirui, pour les principes de la vraie liberté, et surtout sa haine pour une secte désorganisatrico el rrgiciiîe qui a vendu au despotisme le sang et la liberté du peuple franr:iis, qui s'est liguée avec les législateurs de la France pour anéantir sa constitution et la fortune publique, pour violtT tous Us droits jusqu'à ceux de la propriété, toutes les libertés jusqu'à celles de la presse, de la circulation des letlns, de la pens«'^e même, p<jur ériger enfin des tribunaux féixxres qui abnuvent le peuple de tout le sang qu'il demande, de ce sang qui coule déjà trop lentement ))Our lui sur les échafauds, qu'il va verser par torrents dans le fond des cachots et qi:e sans doute il ira chercher bientôt jusque dans le flanc du roi de la constitution.

« C(»nvaincu qu'il est également contre le devoir d'un homme libre de demander grâce à qui n'est pas digne d'en obtenir, et d'abandonner sa tOle aux (wignards qui remplacent le glaive des lois, je vais porter sur une terre étrangère la conscience d'avoir fait tout mon devoiret d'avoirvoulu faire pour la liberté de mon pays tons les sacrifices dont elle était digne.

« QiCW me serait doux, au fond de l'asile ignoré que je vais chercher, de partager avec tous bs amis de l'humanité l'espérance de voir bientôt crtle gr.mde famiile d«*s Français rendue à la dignité dhomm'"», de voir la vraie liberté ramenje par la justice et la paix sur cette terre souillée par tant de bassesses el de crimes, et qui a trop mérité peut-être de l'être bientôt par

l'esclavage !

« UicuKLiEi: u'Akjuillon, ancien membre du corps

constituant et maréchal de camp, n

SLSPKNSION DE VJCTOR DE BHOGLIE.

Déclaration ranise par M. Victor Broglie, maréchal de camp et ch^f (le Vètat-major de l'année du Illûn, à M. de Biron, (finirai en chef de celte armée.

« Au quartier giMiéral de Wissembourg, le 10 aoùl I79i. Tau IV de la liberk^.

(( Je jensc que le pouvoir do suspendre le roi n'est pas au

DO.iibre de ceux qui ont été di^légnés par la nation à l'Assemblée nationale législative.

<{ Je pense que, par la suspension du roi, la constitution est violée. Je pense que jusqu'au moment où la Convention nationale sera rassemblée, et où elle aura prononcé, il est du devoir de tous ceux qui sont investis d'un pouvoir national, et qui sont demeurés fidèles à leurs serments, de continuer à exercer les fonctions qui leur sont déléguées.

u Je pense que, dans les circonstances actuelles, la conduite et le devoir de tout bon citoyen sont invariablement tracés par le serment constitutionnel qu'il a prêté.

« Je pense que toutes les autorités civiles et militaires qui sont émanées de la constitution, qui observent les formes qu'elle a prescrites et se tiennent dans les bornes qu'elle a tracées, sont les seules qui aient droit de commander à tout bon citoyen.

<( En conséquence, à cause du danger de la patrie et de la présence des ennemis, je déclare que je reste à mon poste à l'armée du Rhin pour combattre et résister aux ennemis quelconques de la France, pour m'opposera toute invasion du territoire français, pour accomplir mes serments; je déclare en oiitreque j'exécuterai fidèlement les ordres de tous les militaires auxquels je suis constitntionnellement subordonné.

« Le maréchal de camp, chef de l'éiat-major de l'armée du Rhin,

« Victor Bhoglie. »

(c A la suite de cette déclaration, et avant qu'elle ne fût rendue publique, le général a reçu des commissaires la réquisition suivante :

« Nous, commissaires de l'Assemblée nationale, envoyés par elle à l'armée du Rhin, en vertu des pouvoirs qu'elle nous a délégués par son décret du 10 de ce mois, requérons le général Biron d'écarter provisoirement de toutes les fonctions relatives à son commandement MM. Victor Broglie, maréchal de camp, Cafarelli-Dufalga, oflic'er du génie, et Jean Briche, lieutenantadjoint à rétit-majorde l'armée; lesquels ont manifesté des sentiments qui nous piraissent contraires aux décrets du corps

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législatif et qu*il serait dangereux de laisser propager dans l'armée, dont TAssemblée nationale leur a confié l'inspection.

« Les commissaires de l'Assemblée nationale à l'armée du Rhin» « A.NNE-PiEnnE CoL'STARD, L. Carnot, J. Ritter, Prœdr.

« Pour copie conforme et exacte :

a Le général d'armée,

tt BlRON. »

« En conséquence de celte déclaration, le général Biron a donné à M. Victor Broglie Tordre suivant : »

c En vertu de la réquisition qui nous a été faite par messieurs

les commissain'S de TAsscmblée nationale et à laquelle nous

avons cru devoir obtemp ^rer, nous en envoyons copie à M. Victor

Broglie, en lui faisant connaître que notre intention est qu'il

s'y conforme; nous lui permettons en conséquence de quitter

Tarmée.

(( Le général de l'armée du Rhin,

a Biron.

« Au quartier gt^nrral à Wissembourg, le 17 août 1792, Tan IV de la Uborté. »

COPIE DE LA LETTRE DE M. VICTOR BROGLIE A M. D*»L\RAMBIRE, LIELTE.NAM GÉNÉRAL, COM.MA>DANr A NEUF-BRISACH.

« A Fcsscnheim , le 21 août 1792.

(( Mon géniTal,

(i Je suis |)assé ce matin à Ncuf-Brisach, où je n'ai pas eu l'honnour do vous voir, et où ji^ n'ai fait que relayer parce que j'ai cru qui* crtie conduite m'était tracée par ma position actuelle : la réserve qu elle m'impose et que j'ai observée en quittant Wissembourg sans voir les troupes, et en partant de Strasbourg au moment où MM. les commissaires de TAssemblée nationale y sont arrivés, celte réserve, dis-je, vous expliquera très-n»turellement que j'ai appris avec peine que vous aviez fait donner oiriciellemeni aux trouj^es lecture de ma déclaration:

ce genre de publicité étant jusqu'à présont le seul que j'aie évité de faire donner à renonciation de mes opinions politiques.

« Non-seulement je n'ai pas cru devoir user de l'influence que je pouvais avoir sur les troupes pour leur faire partager mes sentiments, mais je pense que, dans Tétat actuel des choses dans les départements du Rhin et vu notre position militaire, ce serait nuire essentiellement à l'ordre public que de ne pas attendre du temps et de la Convention nationale la décision des grandes questions du moment.

a J'ai cru, mon général, ne devoir pas perdre un moment |X)ur vous transmettre franchement ma manière de voir. Vous trouverez simple que je désire qu'elle ait autant de publicité que vous en avez donné à ma déclaration.

<( Pour copie conforme à l'original :

« Le maréchal de camp,

u Victor Bhoglie. »

POLiRSCnrES exercées contre VICTOR DE BROGLIE DEVANT LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.

Le comité de sûreté (jhùrale et de surveillance de la Convention nationale à raccusaleur public pris le tribunal révolutionnaire.

« Du 5 messidor, Tan ir de la république française une et indivisible.

« Nous t'adressons, citoyen, de nouveaux renseignements sur la conduite politique de Victor Broglie, ci-devant général de division; ils prouveront au tribunal combien cet intrigant, vendu à la cour de Capet, étuit dangereux à la chose publique dans le poste important qu'il occupait à l'armée du Ilhin.

« Les représentants du peuple,

« Philippe Hlhl, Louis (du Bas-Rhin), Amar. »

« Je certifie que l'Assemblée législative m'ayant envoyé avec mes collègues Hitter et Prieur (de la Côte-d'Or), en qualité de ses commissaires à l'armée du Rhin, après la journée du 10 août

1792, p«>ur ann >ncor los évén nunts de cello journée, en développ T 1».5 C3US' s, pr»'-\vnir les darigereiix effets de la malveillance et fa!r»'e\[»liqn»T les chefs d» rarmée sure» s événements ei les nvsures de V Vs^emMéo législative prises en conséquence, noîis ir uvàm^ à \V!ssem')ourg Vict>r Broglie qui, non-senlcmvni ref:^ d'adhérer franchement à ces mesure^, mais qui n'oublia au lin dt*s mo\ens que l'astuce, l'audace et Fintrigue pouvaivni lui sui^g'Ttr pour soulever Tarmée et les autorités civiles coîUP* rA<s inblée naiirmale et s- s commissaires: ce qui nous d'-termina à le suspendre sur-le-champ de ses fonctions.

<» CvRXOT.

20 prairial an ii dr la p.'publique une et iDdi\isibIe. »

. Je dé'clare qu'ayant été envoyé près l'armée du Rhin comme commissaire df rA<seinbl e nationale, avec mes collègues Camot et Ritier, à rép«'q«;o de la révuluti^n du 10 août, j'ai su, parla voix pu'.»lii|u ', ei j\u »'ié ct^nvaincu par le rapprochement des circonst luo' s , iiuo \icior Dro^lie conspira-t avec l>ietrich et autres adii r» nis pron-ncés de Lafayette, pour soulever les dépar!»MiuiM< du V'\\\:\ et l'arm e coi.tre l'Assemblée nationale, faire ni C'îrijîire <» s dé.T» i>, maroht^rsur Paris et pendre tous les patî:"!! <. iju'.f...:.: au qnariier-généra! à Wissemhourg a\ec mes c«'!lr' '•:.'<. \ •■ ; r \\■^^^ i.. fîi init rpellé par nous en présence de i r.i r».u' in.\/^r, :l: d-.vlan-r par oui ou par non s'il était s^>umis a;A .1 vp i^ Jo r\<>» mlii'-o n.iti«^nale, qu'il tergiversa de la nnrir:- \\ ';j< a<iii "o;^-. s- n;-irap.cha sur la fidélité qu'il disait <l soir à nmi svrmer i «'onsiitiiiioniiel à la nation, à la loi et au p.m", *i K\'i\m ina-^if siara son opposition au vœu national il essaya d'ii-iirner !'au: riîé .!•' l'Assemblt^ nationale et de ses comm s<.\!:v<: s:;" qi:o-. a\ a:î: é:é sé\'>rement rapprlé au resptcl qu'il iie\ \\{ à !a r» pr-seir. ai n r:a:i<.-nile, il | P>non«;a d'un air exîr'rn- î" îU co-'irai:!; :o , . ; q:;i lui était diinandé: qu'ayant tente i: i:î 'e:ue".t dot ••.;r:;er l'armée en sa faveur, et après qu'il fut oeria :î do ses d >:vsii:o:îs pitrioliques par l'in^pnciion que nous en (i'.u s en si pr senO'\ il nous lit remettre une déclaration »v.:to d; >;s s<:u::nuus. qui éia't une \T lie protestation

NOTIiS. 459

contre la révolution et fut le signal de plusieurs autres que des officiers, ses complices, nous envoyèrent en même temps; que nous le suspendîmes de ses fonctions, conformément à nos pouvoirs, ainsi que ceux qui avaient imité son exemple ; que, malgré la défense du général, il retourna aussitôt à Strasbourg pour y continuer ses intrigues et que, n*ayant pu les faire réussir, il nous précéda dans tout le trajet que nous avions à parcourir, pour nous tendre des pièges, en allant d'abord auprès d'Iïarambure, à Neufbrisach, et ensuite au camp de Saint-Louis, sous Huningue, rejoindre son ami d'Aiguillon, hommes qui nous présentèrent tous les deux les mêmes caractères de suspicion, et dont Victor Broglie provoqua des protestations semblables à la sienne et qui furent imprimées scandaleusement; que celte conduite de sa part fut si marquée que nous donnâmes des ordres pour Tarrêter, mais qu'il nous échappa; enfm que c'est à mon grand étonnement que j'ai vu ce contre-révolutionnaire, signalé par toute sa vie, mais aussi rusé que pervers, trouver jusqu'à ces derniers temps je ne sais quelle protection à Paris, malgré les comptes bien positifs que mes collègues et moi avons rendus de tout ce que nous savions à son égard, soit au moment môme, soit dans maintes circonstances qui se sont présentées

depuis.

« Prieur.

a Paris, 1'*'' messidor an ii. »

(( Je déclare ce que dessus, à l'exception que, lorsque Victor Broglie fut interpellé de déclarer, en présence de Tétat-major général de l'armée du Rhin, s'il adhérait ou non au décret du 10 août, il dit non et fut de suite suspendu de ses fonctions;

« Qu'après cette suspension il continua encore, pendant que nous faisions l'inspection de l'armée campée sous Wissembourg, ses fonctions de chef de l'état-major de l'armée.

« F.-J. HiTTER.

n Pari<, le 5 messidor, Tan ii de la r*^piiblique une et indivisible. >

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