LA CONCIERGERIE
C'est sur le chiffre des victimes massacrées dans cette prison que s'élève le plus d'incertitude.
M. Firmin Didot, dans sa nouvelle édition des Mémoires sur
les journées (k septembre, déclare que, d'après les registres d*écrou, rien n'indique qu'il y ait eu des individus massacrés dans cette prison. M. Barthélémy Maurice accumule hypothèse sur hypothèse pour établir qu'il ne pouvait pas y avoir plus de 310 détenus à la Conciergerie, que cette prison n'en pouvait contenir matériellement davantage, et il n'admet pas qu'il y ait eu plus de 85 victimes (c'est le chiffre donné par Peltier; Prudhonime donne celui de 99).
Mais Tétat dressé par le comité de surveillance vient détruire tous ces raisonnements, et certes on peut croire le comité sur parole lorsqu'il s'agit du nombre des détenus que contenaient les prisons le 2 septembre au matin. Cet état, disons-nous, constate formellement que le nombre des détenus à la Conciergerie était de 508. Cette indication est encore corroborée par une lettre officielle que nous avons également retrouvée aux archives de la ville, et qui porte le chiffre de la population de cette prison à 197 le 1" septembre.
Le procès-verbal du commissaire de police de la section du Pont-Neuf, en date des 5 mars 1793 et jours suivants, dressé en présence de Richard, gardien-chef, donne les noms de 100 détenus dont on déclare le décès comme certain, puis ceux de 278 autres détenus, « sur le sort desquels aucun renseignement précis n'a pu être donné, quoique leur mort ne paraisse pas devoir être révoquée en doute *. »
Ce procès-verbal se termine par la note suivante :
« Toutes les femmes ont été mises en liberté ; il s'en trouvait 75 ; la bouquetière seule a péri.
« Nota. On ne peut donner également la liste des femmes, le registre qui contient leurs noms ayant été enlevé le 3 septembre dernier du greffe; et depuis ce temps, malgré les instances du citoyen Richard, il n'a pu parvenir à l'avoir.
« Certifié véritable.
« Richard, concierge; Letuier, commissaire de police. »
L La liste nominale de ces 378 victimes est donnée in extenso par M. Gninier do Cassagnac, p. 'Mb et suivantes de son deuxième volnme.
Le concierge Richard avait été arrêté et transféré le 3 septembre à l'Hôtel de Ville; il n'avait été témoin que du commencement des massacres. C'est pourquoi il déclare ne pouvoir certiûer, comme témoin oculaire, le décès des 278 individus dont il donne la liste. Mais, si on se reporte 1^ à la déclaration de la femme du concierge, M"* Richard *, on y lit que « le peuple (c'était l'expression consacrée pour les actes officiels) s'étant porté aux prisons dans la nuit du 2 septembre, en avait fait sortir les prisonniers, dont ils avaient massacré le plus grand nombre et élargi les autres (sic) ;
2® Au rapport fait par Guiraut à l'Assemblée nationale législative, on y trouve cette phrase: u Les prisons du palais (c'està-dire de la Conciergerie) sont absolument vides, et fort peu de prisonniers ont échappé à la mort. » Il est donc constant que la plus grande partie des prisonniers de la Conciergerie périrent sous les coup des assassins.
L'état du comité de surveillance, en date du 1 0 septembre 1792, donne les chiffres suivants :
Prisonniers présents à la Conciergerie le 2 septembre. 511
Prisonniers dont la mort est certaine . 95
Incertains 233
Libérés 183
Si donc on regarde comme exagéré le chiffre de 378 décès indiqué par M. Granier de Cassagnac, il est impossible, en présence des déclarations de la femme Richard et de Guiraut, de descendre au-dessous du chiffre de 328 que Ton trouve en additionnant les décès certains et incertains donnés par les listes du comité de surveillance, et en acceptant comme vraies les 180 mises en liberté qu'il annonce.
1. M. Granier de Cassagnac la donne m extenso, p. 338 de son deuiième Tolume.
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