LIVRE IX
velies fonctions était incompatible avec celles de représentant de la commune... Je suis resté au poste où j'étais, convaincu que c'était là où je devais actuellement servir la patrie. »
L'installation du tribunal du 17 août fut marquée par une ridicule comédie digne d'une époque où l'on savait déjà si bien pratiquer l'art, perfectionné depuis il est vrai, de masquer sous les dehors d'une responsabilité dérisoire le despotisme le plus absolu. Les juges, jurés, accitftfiteQirs publics, greffiers, etc., après avoir recondinC iQfiiibire et la municipalité, s'arrêtèrent sur le seuil du poiaiB, et là, s' avançant sur une estrade, ils prononcèrent la formule sacramentelle, déterminée par un arrêté spécial de la commune :
« Peuple, je suis un tel de telle section^ demeurant en tel endroit : avez-vous quelque reproche à me faire avant que j'aie le droit de juger les autres? »
Gomme on le pense bien, personne ne se présenta pour contester le civisme de ces juges. Puisant une nouvelle force dans cette confirmation solennelle j ils rentrent dans la chambre de leurs délibérations, et se hâtent d'adresser à l'Assemblée nationale la demande d'une loi destinée à agrandir le cercle de leurs attributions, à accélérer la procédure et à restreindre encore plus le droit de défense des accusés.
L'Assemblée s'empresse de faire droit à leur réclamation, et un nouveau décret, en date du 19, vient compléter celui du 17.
Sous prétexte que les délais légaux ralentissaient le cours de la justice sans être favorables à l'accusé, celui-
ci ne devait désormais avoir coiuDiunication de la liste des témoins que pendant douze heures au lieu de vingtquatre. L'interrogatoire préalable devant un juge délégué ad hoc était supprimé. On n'avait besoin que de demander à l'accusé s'il avait un défenseur, et de lui en donner un d'oflice, s'il n'en avait pas. Il ne lui était laissé que trois heures pour présenter ses récusations de jurés. Enfin, le délai légal de trois jours entre l'arrêt et l'exécution était aboli.
Le tribunal du 17 août était prêt à agir, il ne restait plus qu'à pourvoir à Fexécution de ses arrêts. La commune avait encore pris les devants sur ce point; prévoyant que la guillotine ne tarderait pas à fonctionner, elle s'était empressée d'arrêter, le 16 août <( que le crime devait être puni là où il avait été commis ; que les délits attentatoires à la souveraineté du peuple ayant éclaté dans le château des Tuileries, les jugements du nouveau tribunal seraient exécutés sur la place du Carrousel. »
L'incendie du 10 août avait commencé à déblayer le terrain ; le marteau des démolisseurs fit bien vite le reste de la besogne, et l'on put établir la terrible machine en face du palais dévasté.
Le premier dont elle abattit la tête, fut un malheureux maître d'écriture, ex-employé au secrétariat de l'administration de la garde nationale, Collenot d'Angremont, accusé d'embauchage pour le compte de la cour. II fallait beaucoup de bonne volonté pour transformer ce pauvre diable en chef de complot, mais on avait parlé bien haut de conspirations; il était nécessaire de trouver à tout prix des conspirateurs.