LIVRE IX
Quoi de plus commode que de masquer ses propres trames en les attribuant à ceux mêmes qui viennent de s*y laisser prendre? Dans Thistoire de nos révolutions, on a vu plus d'une fois les vain(iueurs imputer et faire expier aux vaincus les crimes que seuls ils avaient commis.
L'exécution du malheureux Collenot d'Angremont eut lieu le 21 août, à dix heures du soir, à la lueur sinistre des flambeaux ; triste inauguration de Téchafaud révolutiomiaire !
Pendant que les deux seuls pouvoirs restés en présence après la chute du trône constitutionnel de Louis XVI se livraient, chaque jour et sur chaque question, à une lutte acharnée, que se passait-il dans le reste de la France et surtout aux armées, toutes alors placées sur l'extrême frontière en présence des troupes de la coalition?
La nouvelle de la révolution du 10 août avait été reçue avec stupeur dans un grand nombre de départements. Plusieurs conseils généraux hésitèrent à promulguer des décrets, adoptés évidemment sous la pression de l'émeute, puisqu'ils étaient en contradiction formelle avec ceux que l'Assemblée, libre encore, avait rendus quelques jours auparavant.
Les résistances départementales ont à peine été signalées par les historiens qui nous ont précédé, parce que, sauf celle de Sedan, elles laissèrent peu de traces, et
que les promoteurs eurent soin, après leur insuccès, de faire disparaître les documents qui les auraient inutilement compromis. Cependant, d'après certaines indications éparses dans le Moniteur lui-même, il est facile de s'apercevoir que la révolution du 10 août ne fut pas acceptée dans toute la France avec cette unanimité dont parlent certains écrivains.
A Metz , le conseil général de la Moselle délibéra durant plusieurs jours sur la question de savoir si les décrets rendus, les 10 et 11 août, par l'Assemblée législative pouvaient être promulgués avant d'avoir été revêtus des formes prescrites par la Constitution *, c'est-àdire signés du roi , qu'ils suspendaient , et de ses ministres, qu'ils remplaçaient.
A Nancy, à Rouen, les corps constitués ne se montrèrent pas moins hésitants.
A Amiens, le conseil général de la Somme déclara, le 12 août, qu'il ne reconnaissait aucun caractère officiel aux divers actes qui lui avaient été envoyés au nom du président de l'Assemblée 2.
A Strasbourg, le maire Dietrich, une grande partie du conseil général de la commune et le conseil général du département montrèrent la plus grande répugnance à exécuter les décrets de l'Assemblée ^.
4. Voir la dépêche lue par Merlin de Tbionville, et datée de Metz, I0 45 août. Moniteur, p. 9711.
2. Voir la dénonciation que Saladin, l'un des députés de la Somme, porta contre cet arrêté. hîonileui\ p. 978.
3. Voir la lettre des commissaires de l'Assemblée à l'armée du Rhin, signée Carnet, Prieur et Rilter. Moniteur^ p. 401:2.