Voir pages 3(yU et
cour demain à Saumur; nous en sommes prévenus à l'instant et je t'avoue qu'il m'est impossible d'écrire plus longtemps. Adieu.
(( EsnENNE Lârivière.
« Orléans, le 3 septembre 1792, Tan nr* de la liberté. »
« A Monsieur Théodore Grenier, négociant, rue Saint-Louis-
du-Palais, à Paris.
« Nous sommes en route pour arriver à Paris. Je vous écris d'Étampes où nous sommes arrivés après trois jours de route. Je ne vous dirai pas, monsieur, tout ce que j'ai à souffrir en voyant les menaces de douze ou quinze personnes qui m'accusent d'être le plus cruel ennemi du peuple, d'avoir manqué à mes devoirs et trahi les fonctions qui m'étaient confiées. La mort qu'on m'annonce sera certainement un bienfait, et je la verrai sans me plaindre; mais, mon cher collègue, il est affreux de prévoir que lorsque je ne serai plus, plusieurs personnes auront à se plaindre. Je ne laisse aucune fortune. Tout mon avoir consiste dans mon mobilier qui ne suffira pas pour payer. Prévenez, je vous prie, les dilapidations et faites en sorte que ceux qui auront à se souvenir de moi puissent dire : il mourut pauvre, mais il n'a rien fait perdre : je vais m'occuper de faire un état des personnes à qui je dois et du montant de leurs créances ; j'y joindrai l'état des petits recouvrements que j'ai à prétendre.
« Adieu pour la vie*. »
Il existe deux lettres de M. d'Abancourt, toutes les deux datées, l'une du 7, d'Étampes, l'autre du 8, d'Arpajon. La première est adressée à un de ses amis intimes, l'autre à son
1. Cette deuxième lettre n'est ni datée ni signée, mais il n*est pas douteax qu'elle n'émane également d'Estienne Larivière. Non-seulement elle est de la même écriture que la précédente, mais le nom de la personne, à laquelle elle est adressée et que le signataire appelle son collègue, l'indique suffisamment. Dans VAlmanach royal de 1792, page 389, M. Théodore Grenier, négociant, est indiqué comme premier suppléant du juge de paix de la section Henri IV, lequel juge n'était autre qu'Estienne Larivière.
homme d'affaires à Metz. Ce ministre, honnête homme, que les événements qui se succédèrent si rapidement avaient élevé en un moment du grade de lieutenant-colonel à celui de ministre de la guerre, n'était préoccupé, quelques heures avant de mourir, que de l'obligation de rendre un compte exact de sa gestion régimentaire; car il n'avait pu l'établir ni pendant les dix jours de son ministère (du 1*' au 10 août 1792), ni pendant les premiers moments de sa captivité.
« A Monsieur Saint-Honorè, lieutenant-colonel du génie,
à Paris.
a Étampes, ce 7 septembre.
(( Vous aurez vu, mon cher Saint-Honoré, que les détenus d'Orléans, en vertu d'un décret de l'Assemblée, devaient être transférés à Saumur. Mais il en a été décidé autrement par les circonstances, et notre translation a lieu pour Versailles où nous arriverons le 9 ; j'ai un grand désir d'avoir de vos nouvelles et je désirerais bien savoir si vous auriez songé à causer de moi avec Dob terre et vos autres camarades. Adieu encore, mon cher Saint-Honoré, donnez-moi de vos nouvelles et croyez à l'amitié constante que je vous ai vouée pour la vie.
« D'Abancourt. »
n Arpajon , le 8 septembre 1792 , an rv* de la liberté.
« Je vous annonçais par ma dernière, monsieur, que je vous ferais part de quelques dis|X)sitions, pour lesquelles je vous demanderai la même attention et la même exactitude que vous avez bien voulu mettre dans les différents objets que je vous ai confiés. Ne pouvant prévoir les événements qui m'attendent, quoique rassuré pour ce qui me concerne, mon cœur serait trop affligé de penser que quelqu'un avec qui je puis avoir des intérêts eût à souffrir de la sécurité que devait me donner ma position éloignée de toute espi>ce d'affaire. J'aurais désiré pouvoir donner à ceci plus d'authenticité, mais elle doit suffire pour la nature des objets dont il est question.
(c J'ai reçu du conseil d'administration du 5* régiment de
chasseurs à cheval, dont j'étais lieutenant-colonel, une somme de û,OCO fr. pour pourvoir au payement de diverses fournitures que je m't^tais chargé de prendre à Paris pour ledit régiment. N'ayant pas mes papiers sous mes yeux, je dois avoir recours à ma mémoire qui peut-être ne sera pas aussi exacte que je le désirerais, mais {un nom illisible) vous donnera des notions suffisantes: le premier objet est deux mille six cents et tant de livres dues au sieur Clément, maître tailleur. »
(Suit le détail de cinq comptes inutiles à reproduire.) u Je vais à présent vous entretenir de ce qui m'est personnel. J'ai, comme vous le savez, divers objets d'intérêt avec M. de Villeneuve... Je vous ai remis d'autres papiers relatifs à des rentes... il y en a pour lesquelles il faudrait retirer des coupons, ne m'ayant pas été remis lorsque j'ai fait toucher les derniers. Si je devenais réduit à l'impossibilité de lui rendre ces objets moi-même, voudriez-vous bien lui annoncer qu'ils sont entre vos mains. Mais, comme je vous le dis, vous attendrez que je sois réduit à cette impossibilité... Il me reste encore à liquider trois objets à Nancy... Toujours supposant mon impossibilité de faire mes affaires et qu'il ne me soit plus possible de m'en occuper, vous voudrez bien dans ce cas acquitter les objets courants que je puis avoir, qui consistent dans mon loyer et mon tailleur, et mes gens. Voilà, monsieur, mon cœur bien soulagé ; vous ne ferez cependant usage que suivant les circonstances. Je ne puis que vous offrir les témoignages de ma reconnaissance et de mon attachement.
« D'Abancourt. »
La lettre suivante est sans signature ; mais nous n'hésitons pas à l'attribuer à M. Delessart, l'ancien ministre des affaires étrangères de Louis XVI. Il y est question d'une certaine cassette à laquelle le signataire semble attacher une très-grande importance. Or, dans la correspondance de Fournier avec Roland, le général de l'armée parisienne parle de cette cassette comme lui ayant été remise par M. Delessart. Le doute n'est donc pas possible.
« Étampes, le 7 septembre.
a Nous avons séjourné comme il nous avait été promis ; nos commandants, joints aux commissaires venus de Paris, ont eu toutes les peines du monde à nous éviter Paris, quoique porteurs de décrets positifs. Mais ils ont eu une effervescence qui, de notre retraite, nous a paru telle qu'elle nous avait persuadés que nous allions être perdus sans ressource. Enfin ils ont tant fait et y ont mis tant d'intérêt que nous l'avons échappé et allons à Versailles. 11 y a un excellent fonds dans notre escorte. Mais vous savez comme il faut se mettre en quatre dans les moments d'effervescence, et, d'après cela, vous devez être comme nous, persuadés que nous devons la vie aux chefs.
« Je vous assure que dans ce moment nous sommes devenus très-tranquilles, parce que nous avons à espérer d'être promptement jugés par un nouveau tribunal qu'on nous annonce, qui sera formé de suite exprès pour cela, et, à moins d'effervescence nouvelle, nous aimons à nous persuader que nous ne courons plus de dangers, et même l'expérience que nous venons de faire nous donne à croire que, s'il renaissait des risques, rien ne serait épargné pour nous les éviter. Au reste. Dieu, mon innocence, voilà mon tout; et je vous assure que, moi comme les autres, j'avais fait le sacrifice de ma tête et n'éprouvais d'angoisses que de l'idée horrible que, si je périssais dans uo tumulte de Paris, j'aurais à éprouver non-seulement le long martyre de l'abbé de Fiquelmont, mais encore l'horrible specîaclo du martyre de mes cinquante-deux compagnons d'infortune. Cependant, comme il ne faut crier victoire que sur le haut du fossé et que nous n'y sommes pas encore, je ne change rien aux dispositions de ma lettre d'hier. Seulement je vous observerai que la cassette que je vous ai annoncée, qui devait être remise aujourd'hui 5 l'un des curés d'Étampes, est au contraire déposée entre les mains de M. Fournier, commandant en chef de l'escorte, qui l'a prise dans ses propres effets pour plus de sûreté, et qui me la remettra quand il sera temps ou qui, en cas d'accident, s'est chargé de la remettre ou faire passer à la personne de Metz qui alors la réclamerait. Or cette cassette a sur son couvercle, écrit sur le bois près de l'anse, mon nom ;
et vous seul êtes instruit du dépôt, d'où je conclus que votre réclamation, sans autre renselgnennent que ce détail que je vous fais, suflira pour vous valoir près M. Fournier tiire suffisant de réclamation.
(( J*embrasse de tout mon cœur, mère, enfants, tous mes amis, et finis pour envoyer à temps cette lettre à M. le commandant Chappes.
« Le peuple de Versailles sera-t-il bon ? Voilà maintenant ce qui décidera de notre sort. Je ne sais pas s'il est sujet à de grands mouvements de fermentation ou s'il se tient facilement sous l'empire de la loi. »
Il y avait parmi les prisonniers d'Orléans vingt-huit officiers dn régiment de Cambrésis, devenu le 20"« régiment d'infanterie, et sept bourgeois et artisans de Perpignan qui avaient été arrêtés sous une seule et même accusation, celle d'avoir voulu livrer cette place aux Espagnols. Nous avons retrouvé les lettres d'un grand nombre de ces infortunés.
Commençons par les lettres des officiers et surtout des plus jeunes d'entre eux, de ceux qui avaient encore de longs jours à espérer, des parents à chérir, peut-être des fautes à expier. Les premières que nous allons donner, peut-être les plus touchantes, sont du jeune La Blinière. Nous ne les avons jamais pu lire sans on effroyable serrement de cœur, car on sent que leur signataire n'est pas un héros de roman; il a vécu, il a souffert, il a prié, il a arrosé de ses larmes le papier que nous avons tenu entre nos mains. Trois jours après avoir mis son nom au bas de ces deux lettres, il a paru devant Dieu, ainsi qu'il l'avait prévu lui-même.
M Étampes, le 6 septembre 1792.
« Père et mère infortunés, vous aurez déjà versé bien des larmes quand cet écrit vous parviendra. Prévoyant les douleurs qu'il vous causera, je ne le destine à vous être présenté que lorsque les premières que vous aura causées ma triste fin seront passées; mais le croyant indispensable pour la tranquillité de ma conscience, je me fais une indispensable nécessité de vous le faire parvenir. Prèl à rendre compte à Dieu de noies actions,
pouvais-je espérer qu'il me fît miséricorde si je ne vous demande un dernier pardon de mes torts envers vous, et si je ne vous en faisais Taveu? Je me les reproche comme je me reproche en ce moment les erreurs de ma vie. Je vous ai trompés et vous ai causé des chagrins par mon inconduite ; elle a été telle que mon âme est oppressée par la douleur qu'elle me donne. Ce temps que j'ai passé loin de vous et que j'ai doâné à mes plaisirs a produit la source de toutes vos peines. J'ai laissé enfin une malheureuse créature, fruit de mon commerce avec une fille avec laquelle je vis depuis mon arrivée à Rayonne. Cette innocente perd son père, qui d'avance verse des larmes sur son sort, quoique sa mère, faite pour s'immoler afin de lui procurer une aisance par son travail propre à la dédomma^r de la malheureuse condition où la condamne sa naissance, lui reste. Par bonheur autant que par nature, je me suis cru obligé de la recommander à mon frère dès l'instant qu'elle vit le jour. Je mis des lettres entre les mains de sa nourrice pour qu'au cas que quelque événement imprèvoyableme retirât du monde, il en prît soin et eût pour elle les bontés que son cœur et soïi amitié pour moi lui snggt'Tcraient. Je le priai, n'ayant pas de droits par moi-même, de lui faire 600 livres de rente; depuis que la noirceur et la calomnie m'ont mis dans les fers, je lui ai réitéré la môme prière par une lettre que j'ai adressée pour lui à mon intime ami Gérard. Je disais aussi à cet ami de se charger de régler quelques affaires. J'espère que l'un et l'autre seconderont mes intentions et se réuniront pour donner secours à ma pauvre petite fille et à veiller à sa conduite. Elle est sous la sauvegarde de tout ce que j'ai de plus cher après vous et je me sens rassuré sur son compte. Cependant je ne le serais pas entièrement si, en vous la faisant connaître, je ne vous implorais en sa faveur. Ayez donc pitié d'elle en pardonnant les égarements de son père, et dites-lui que si le ciel l'eût conservé, il aurait fait tout ce qu'il aurait pu dans le monde pour la consoler d'être née sans nom, sans rang et couverte de l'ignominie qu'une prévention barbare répand sur les enfants illégitimes. Je vous en conjure, mon tendre père, et vous aussi, mère inconsolable de ma cruelle mort, ne l'abandonnez pas. J'ai aussi de l'attachement pour celle qui lui a donné le jour. Elle le mérite.
et je serais le plus ingrat de tous les hommes si je n'étais pas Reconnaissant de Tamour qu'elle a pour moi et de sa sensibilité à mon affreuse position ; ma crainte est de lui causer la mort par la mienne, et qu'alors notre fille ne restât la plus à plaindre de toutes les créatures si vous la dédaigniez. Mais c'est votre sang, ma mère, la voix de la nature m'est un sûr garant que vous en aurez pitié. Sa mère se nomme Dominica Ducasse, marchande de modes. Ma fille, née le 17 décembre 1786, fut baptisée sous le nom de Gracieuse-Thimothée : ce fut la sagefemme qui lui fit donner ce nom ; mais le chirurgien-major du régiment, appelé Goy, voulut être son parrain, en choisissant une marraine, et tous les deux lui substituèrent le nom de Marie-Jeanne de Bellegarde. Le vicaire de la paroisse Notre- Dame, nommé Bér^^goyen, leur permit de faire les changements sur les registres; ainsi vous pourrez vous procurer son extrait de baptême par ces renseignements. C'est assez vous avoir intéressés pour elle et pour sa mère ; je les aime toutes les deux ; je les plains et verse des larmes de sang sur la perte qu'elles vont faire. 11 me reste peut-être peu d'heures, trois jours au plus pour vivre. Je tire donc dès celle-ci un rideau entre le monde et moi, je ne vois plus que les tourments qui m'attendent; je ne dois m'entretenir que du compte que je rendrai à Dieu de mes actions.
« Il me revient un remords de conscience; en 1786, l'hiver que j'étais chez vous, je fis plusieurs engagements, entre autres celui d'un nommé Derieux, de la paroisse de Cœsme, que je tirai des prisons pour l'engager peut-être d'une manière forcée, et que je dégageai ensuite ; il me promit trois louis pour avoir sa liberté, mais il ne m'en donna qu'un, les deux autres devaient vous être remis; rendez-lui celui que j'ai touché, car je ne crois pas qu'il me fût dû. Maintenant il me reste à vous faire mes adieux, comment vous les exprimer? c'est à Dieu, s'il me fait miséricorde, que je demanderai pour vous ses bénédictions et sa grâce ; qu'il vous accorde des jours tant que vous pourrez faire du bien à vos semblables, et qu'ensuite il vous donne le bonheur dans l'autre vie.
« R.-N.-F. POUGRET DE LA BUNIÈRE. n
« A Étampes, le 7 septembre 1702.
« Je ne crois pas avoir longtemps à vivre, 'mon ami. Par la date de la présente, vous verrez que nous sommes en route pour Paris. Je vous préviens que je viens d'adresser mes dernières volontés pour être remises à ceux auxquels je les ai cachées jusqu'à présent. Au terme où je suis, on ne peut plus cacher ses affaires; vous aurez donc plus de facilité à faire connaître ce que je vous ai confié d'après ce que j'ai fait.
« J'ai écrit à M. Fuet pour le prier de vous envoyer mon portemanteau avec la petite boîte qu'il a depuis longtemps. Il vous fera passer aussi 938 liv. que M. Duroux père a touchées de ce qui m'était dû. Vous ferez payer 210 liv. que je dois à M. Goy, chirurgien du 20* régiment; il a un billet. Jouen en a aussi un de 100 liv. que je lui dois; je suis de plus redevable à Maillé d'un louis. Voilà le reste de mes affaires, mon cher ami, dont j'espère que vous m'acquitterez. Le reste des 938 fr., ainsi que tous mes effets, sont, comme vous le savez, pour ma triste amie; consolez-la et protégez-la, et faites pour la mère et la fille tout ce que votre attachement pour moi vous dictera. Adieu, mon cher Gérard, je suis si près de ma fin que je ne pense plus à ce monde ; recevez donc mon dernier adieu et conservez le souvenir de votre malheureux ami,
« La Blinière.
« Je n'ai pas la force d'écrire à celle que j'aimerai jusqu'à mon dernier soupir; dites-lui après moi mes derniers sentiments pour elle et pour l'objet de notre commun amour. Adieu.
« Votre cousin attend son sort avec impatience, mais il n'en perd ni la gaieté ni l'appétit. Qu'il est heureux! il est seul dans ce monde, et les douleurs de son cœur ne font pas ses tourments. Il vous embrasse ainsi que moi, et tous les deux nous nous recommandons aux prières de M"* Gérard. »
Les deux lettres suivantes sont adressées par le même officier à deux représentants de la Législative; le premier, Taillefer, montagnard, qui devint conventionnel, vota la mort de Louis XVI ; le second, Delfau, membre de la droite, et dont
Vn HISTOIRE DE LA TERREUR.
nous aTODS rafiporté le courageux discours dans notre premier volnme, pages 266 de la première édition, et 270 delà deuxième.
« À Monsieur TailUfer, député à CAuemUie naUonaU,
« Étampet, le 6 irptpmhfe 17VL
« Monsieur et cher cousin ,
a Accusé, avec trente-cinq autres malbeureox comme moi, d*aToir eu Tintention de livrer la ville de Perpignan à des ennemis qui n'ont jamais existé et que personne n'a jamais vus, f ai été compris dans un décret de l'Assemblée nationale : il y a neuf mois que nous gémissons dans les prisons sans avoir pu obtenir un jugement, quelques démarches que nous ayons pu faire. Aq bout de tout cela, on nous traduit fort durement à Paris ; et c'est notre escorte , du moins une partie, qui nous prédit que noas serons déchirés, quelque précaution qu*ils puissent prendre, en arrivant, ou dans les prisons. Nous croyons être à l'abri de toot reproche, persuadés que nous avions donné les meilleures preuves de notre civisme en observant la loi et la faisant dl>sener autant qu*il nous était possible par nos soldats, point sur lequel ils nous ont rendu justice dans fadresse qu'ils ont adrrssif à l'Assemblée nationale et qui fait pièce à notre procès. Je suis persuadé, mon cher cousin, que si vous vouliez venir au-devant oe nous avec mon cousin Delfau , vous pourriez nous pré:^r\er de f^rands malheurs. J'ose assez compter sur votre attachemtint, quoique je n'ait* pas l'honneur de vous connaître, p^>ur espérer que vous voudrez bien le faire et nous faire jugf^r de suite. Si nous avons le temps d'arriver à la prison, notre procès n'a besoin que d'un moment d'examen pour en voir toute Tabsurdiié. Je ne vous parle pas d'une route de \inc:t-neuf jours qu'on nous a fait faire dans l'hiver, d'une manière si dure que ce que nous avons éprouvé serait bien seul capable dVxpitr les plus grands crimes; c'est bien malheureux quand on est accusé d'un crime qui ne pouvait pas exister. Nous nous étions tous promis de servir la patrie d'après les lois, et, jusqu'à notre malheureuse arrestation, aucnn officier n'avait quitté son poste, fose cnnre qae vous voudrez
me donner la consolation que je vous demande en qualité de parent et de pays; ma reconnaissance sera éternelle, je vous prie d'en être persuadé, comme du respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.
« ÂDHÉMAA Ami. »
a A Monsieur Delfau, dépïuè à V Assemblée nationale.
« A Étampes, le 6 septembre 1792.
« On nous transfère à Paris, très-cher cousin, après neuf mois de prison. La plus grande partie de notre escorte nous prédit que nous serons massacrés en entrant dans la capitale Veuillez venir au-devant de nous, avec les marques distinctives de votre caractère; vous ayant avec nous, je suis persuadé que nous serons à l'abri de tous les malheurs qui nous menacent ; nous sommes trente-cinq accusés dans le décret où je suis compris, sans aucune preuve. Nous avons gémi dans les prisons sans pouvoir obtenir un jugement. Si nous pouvons arriver dans les prisons, nous vous prions de vous intéresser pour nous faire juger le plus tôt possible ; en voyant les pièces de notre procès, on verra les absurdités relativement aux intentions qu'on nous a supposées; ne manquez pas de venir comme je vous le demande, mon très-cher cousin. J'ose croire que vous voudrez nous donner cette marque d'attachement. J'ai écrit à M. Taillefer pour le même objet ; je Tai prié de vous en parler. Je suis persuadé que vous ne négligerez rien pour mettre nos jours en sûreté, et vous prie de me croire, etc.
<( ÂDHéMAR aîné.
u Mon frère me charge de vous dire les choses les plus honnêtes de sa part, m
Pendant qu'Adhémar Talné écrivait cet appel désespéré à deux parents, qu'en mourant il dut à tort accuser d*indiffé* renée, son plus jeune frère s'efforçait de rassurer sa mère.
« A Madame Adhémar à Belves (Dordogne)»
«Étampes, le 7 septembre 1792.
« Ma très-chère mère,
'{ Nous sommes à la dernière journée de Paris, nous ne savons
pas notre destination; le général qui commande notre escorte a
les meilleures intentions pour nous préserver des malheurs
dont nous sommes menacés, ainsi que toute la troupe. Veuillez
être rassurée sur notre compte; quant à nous, nous le sommes,
étant revêtus de Tinnocence à Tabri de tout reproche. Ne vous
donnez pas au chagrin ; on nous rendra justice. Je suis, avec le
plus profond respect,
« Votre soumis flls,
(( Adhémar.
« Mon frère se porte très-bien, me charge de vous assurer de son respect; mon cousin vous fait les mêmes assurances. »
Il y avait également, dans le r^iment de Cambrésîs, deux officiers du même nom de Montyon. Nous avons trouvé trois lettres signées de ce nom, mais sans prénom ; du reste, les deux frères étaient animés des mêmes sentiments envers leurs parents.
« Madame de Montyon, près de l'Esplanade, à Arras,
« Étampes, le 7 septembre 1792.
« Nous sommes arrivés hier soir, chère mère, en très-bonne santé ; il est probable que nous pourrons obtenir un jugement plus prompt : c'est tout ce que nous désirons depuis longtemps. Après une captivité de neuf mois, la liberté nous sera plus précieuse ; il en est de cela comme de la santt\ dont on ne connaît bien le prix que lorsqu'on a été longtemps malade. Soyez sans inquiétude sur nous; notre garde, ainsi que leur commandant, paraissent disposés à nous garantir de tons événements fâcheux. Leur désir est d'accélérer notre jugement pour voir les innocents séparés de ceux qui ont le malheur de ne pas l'être. Certains que nous n*avons rien à nous reprocher.
nous soupirons après le moment de nous justifier. Dès que nous serons libres nous volerons dans vos bras et nous y oublierons toutes nos souffrances et nos malheurs; c'est le seul dédommagement que nous ayons à attendre; il suffit à nos cœurs.
« Mille tendres amitiés de notre part à mon père et à la petite Goton. Adieu, ma chère mère, nous vous embrassons de tout notre cœur et nous vous aimons de même. Notre attachement durera autant que nous.