MOLINIER
H Procure-toi les papiers publics dans lesquels, sans doute, il sera fait beaucoup mention, m
Deux autres accusés, portant le môme nom et évidemment parents éloignés, ne sont pas aussi rassurés que leurs camarades; mais ils dissimulent leurs trop justes pressentiments, afin de ne pas effrayer leurs familles. Le signataire de la première lettre est évidemment un négociant de Perpignan, car, par suite d'une longue habitude, il appose au bas de sa lettre la signature sociale.
u A mesdemoiselles Anne Rocantalos de Marani, chez moniteur Vincenl Boxader et Costa, à Perpignan.
m A EaUmpcs, le G septembre 1702.
n Ma chère tante, nous sommes partis d'Orléans mardi dei^ nier pour nous rendre à Paris. Je profite de la liberté que nous donnent les chefs de notre escorte pour vous donner des nouvelles de ma sanlé qui est fort bonne ; j'espère qu'il en sera de même dorénavant. Dès que je pourrai vous donner des oouveltos de noire arrivée à Paris qui sera dimanche, je le ferai. J'avais laissé une lettre à Orléans pour vous faire part que nous allions à Saumur. mais il en a é\é décidé autrement. Ainsi cette lettre devenant inutile, elle n'aura peut-être que l'avantage de me procurer plus lût une réponse; je ne sais où nous serons à Paris, ainsi je ne puis vous donner mon adresse. J'ai mis tous mes eiïets dans la malle du petit Boxader, que nous avons laissé à M. Picard, régisseur du couvent Saint-Charies, à Orléans, qui est à l'adresse de son oncle Gagnon. Ménagez, ma chère tante, votre santé, ce sera une consolation pour moi de
VOUS savoir bien portante. Mille choses de ma part à Joçeph, ainsi qu'à tous mes parents, amis et voisins.
Cl V. BoxADKR et Costa. »
€ A monsieur Gagnon, directeur de la poste aux lettres,
à Perpignan.
<( Mon très-cher oncle,
« Cinq commissaires, envoyés de l'Assemblée nationale ici, ont fait changer les dispositions de notre route. Au lieu de nous rendre à Paris, nous serons transportés à Versailles pour que nos procès soient jugés définitivement. Dans Fétat présent des choses, cette nouvelle est fort heureuse. La lettre, que je vous écrivis hier, était faite avant l'arrivée de ces commissaires, ainsi nous comptions encore nous rendre à Paris; nous séjournons ici, nous n'en partirons que demain; je vous ferai part de notre arrivée aussitôt qu'il me sera permis. En attendant, ma ââuté est fort bonne, ainsi que celle de tous mes camarades ; notre position s'améliorera après notre arrivée. Nous n'avons qu'à nous louer des chefs de notre escorte dont le zèle infatigable a fait obtenir le changement de destination. Je vous prie de m'i'crire aussitôt que vous aurez reçu de mes nouvelles. Ma malle est à Saint-Charles, vous savez déjà mes dispositions à cet égard.
a F. BOXADER.
« A Étampes, le 7 septembre 1792. »
Le signataire de la dernière est un ex-procureur de Perpignan. Celui-là connaît trop bien les passions humaines pour se faire la moindre illusion.
(( Adieu, mon cher ami, peut-être pour la dernière fois. Tu auras la bonté de dire à mon épouse, et d'agir pour elle pour rétirer la malle que j'ai laissée à Orléans et l'ouvrir pour que chacun de mes parents puisse reconnaître les effets qui nous abpârtîenneht, sans compter ce que j'ai remis à Thérèse Boulanger.
« Nous allons à Paris; tu peux te figurer que nous n'arriverons point aux prisons. Adieu donc pour la dernière fois. Priez
pour moi.
(( Blandinière.
« Le 6 septembre 1792. n
Les quatre dernières lettres que nous avons recueillies contiennent toutes des louanges en faveur de Fournîer, tant ce misérable avait su tromper tous les malheureux qu*il menait à la boucherie. Deux sont signées par des prisonniers appartenant à d'autres catégories et placés sous le poids d'accusations spéciales; deux autres sont sans signature; Tune d'elles est datée d'Arpajon , 8 septembre, quatre heures de l'après-midi ; c'est la dernière en date de toutes ces missives si palpitantes d'intérêt, au moyen desquelles nous avons pu , presque heure par heure, retrouver la trace des sentimeiits divers qui animaient les infortunés prisonniers pendant tout leur lamentable voyage.
(c Madame Mocette, à Bellenove (Allier).
« Estampes, le 6 septembre 1792.
« Ma chère amie,
« Je n'ai pas pu vous écrire avant mon départ d'Orléans, relativement à ce que nous avons été pressés de partir par un détachement de mille hommes, qui sont venus chercher tbus les prisonniers de la haute cour pour les conduire à Paris pour y être jugés. Je vous écris en roiUe pour vous prévenir de ne pas être inquiète de moi, car nous avons affaire à deux braves généraux qui répondent de nous conduire à bon port, et il vient de nous arriver deux commîssiaires députés par l'Assemblée nationale, qui nous ont promis qu'ils nous garantissaient toute sûreté et justice; par conséquent je suis tranquille. L'on ne cherche point à punir les innocents, mais bien les coupables; en conséquence je suis sûr de mon fait de ne pas être puni.
« Je vous prie de vous acquitter de la commission que je vous ai chargée de faire par ma dernière lettre. Adieu , conâervezvous.
« MOCETTE. »