‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 242 sur 262 · II · texte numérisé non relu

II

Je me porte bien et le reste ira comme ça pourra, je ne suis pas assez heureux pour désirer de vivre. Quel monde que j'aille habiter, tu me seras toujours extrêmement cher, toi et toute ma famille; je ne répéterai que cela; votre attachement pour moi ajoute beaucoup à la répugnance qu'on a nécessairement à l'approche de sa destruction. Je la redoute plus pour vous que pour moi. Votre amitié me garantit vos regrets, et c'est une de mes grandes peines peut-être.

« Adieu, mon cher ami , j'ai toujours eu de l'attachement pour toi et je t'aime encore davantage. Adieu pour la vie. »

Enfin les deux dernières lettres que nous ayons retrouvées des oflSciers du régiment de Carabrésis nous apprennent que le maire démagogue Lombard-Lachaux avait tenu à l'égard des prisonniers la même conduite que Fournier. Il s'était aussi posé vis-à-vis d'eux en protecteur et en ami ; mais ni comme maire d'Orléans, ni comme membre de la convention, il n'éleva la voix pour réclamer vengeance au nom de ceux qui avaient mis en lui leur confiance.

« A monsieur Bigot, décoré de la croix de Saint-Louis^ officier municipal à Montjoux, à Dieu-le-Fit (Drôme).

o Étampes, le 6 septembre 1792.

€ Je vous préviens, mon cher ami, que j'ai laissé à Orléans, chez M. Picard, régisseur de la maison Saint-Charles, une malle contenant du linge, etc., que je vous prierai de faire retirer lorsque je vous en donnerai avis... Vous pouvez vous adresser à notre ami M. Lachaux, maire, qui se chargera de vous faire parvenir ces diiïérents objets.

« Adieu, mon cher ami, je me porte bien et je vous embrasse de tout mon cœur.

« MONTJOOX. »

n Nous arriverons dimanche à Paris, où j'espère que nous ne tariloriMîs pas à être jugés, et par conséquent libres. Je vous tVrirtti le plus tôt que je pourrai. J'ai deux malles à Perpignan, choi M. Klammant, mon hôte. Il est tailleur pour femmes, place Uborio. u

« A monsieur Lachaux, maire cTOrléans^ à Orléans.

« Étampes, 6 septembre 1792.

(c J'espère, monsieur, que vous aurez eu la bonté, comme vous avez bien voulu me le promettre, d'annoncer à ma mère mon d(ipart pour Paris, n'ayant pu le faire moi-même à cause de la précipitation avec laquelle je suis parti.

(( Nous sommes arrivés tous ici sans le plus petit accident. Nous en avons été quittes pour quelques sottises de la part du peuple, mais nous avons beaucoup à nous louer des chefs de notre escorte. Ils sont on ne peut plus honnêtes et prennent toutes les précautions pour qu'il ne nous arrive rien de fâcheux, et je suis persuadé que nous arriverons sains et saufs à Paris, où nous attendrons notre jugement avec impatience et sécurité. Adieu, monsieur, soyez persuadé que je n'oublierai jamais vos honnêtetés et bontés pour moi et que ma reconnaissance égale le sincère et inviolable attachement avec lequel, etc.

(( MONJOUX.

(( Je vous prie, monsieur, de vouloir bien assurer madame votre épouse de mon respect. »

Après les lettres des officiers du régiment de Cambrésis viennent naturellement celles des bourgeois et artisans de la ville de Perpignan, compromis pour la même affaire. Dans quelquesunes éclatent une espérance naïve et une confiance absolue à l'égard dos chefs de l'escorte. La première est d'un ouvrier tourneur qu'une accusation absurde avait transformé en criminel d'État.

a D'Étampes, le 7 septembre 1702.

a Je t'écris, petite femme, pour te dire que nous sommes sur la route de Paris. Les personnes qui sont chargées de nous escorter nous traitent avec la meilleure douceur, l'Assemblée nationale a pris tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour protéger notre translation ; toute notre confiance est en leur surveillance, et d*après les principes qui les dirigent, il

faut espérer que nous arriverons heureusement à notre destinée, qui est Versailles. Les commissaires qui sont envoyés à notre rencontre ne font pas moins leurs efforts pour seconder les bonnes intentions du corps législatif et de la garde nationale qui nous conduit. C'est ainsi que dans notre position notis respirons des faveurs, que les malheureux désirent de jouir. Il ne peut plus nous rester aucun doute sur la pureté de leurs intentions, qui se bornent à faire accélérer les jugements, afin que ceux qui méritent de jouir de leur liberté n'en soient plus privés. Adieu, petite femme, je ne ferai faute de t'écrire dès que je serai rendu à notre destination, si toutefois on nous l'accorde. Je vous embrasse tous, et suis pour la vie ton bon époux.

(( Doc fils. »

« A monsieur Comellas, place de Laborie, a Perpignan.

« Estampes, le 6 septembre 1792.

« Nous séjournons aujourd'hui à Estampes ; il paraît certain que nous partirons demain pour Versailles où nous arriverons vraisemblablement lundi. Gomme toi, je ne crois pas tout ce qu'on peut vous avoir écrit d'Orléans. J'ai très-bon augure de notre voyage, nous nous portons tous bien. Je t'écrirai de suite après notre arrivée pour que tu connaisses ma position et mon adresse. Adieu, mon cher ami, embrasse pour moi ma chère cousine ; vous êtes les seuls objets qui m'occupent dans mon malheur ; je serais beaucoup plus malheureux si vous n'étiez plus heureux que moi. Donne de mes nouvelles à mes parents et amis, et crois moi pour la vie ton ami,

« Comellas. »

« A madame Margouet, grande rue de la RèoLe, à Perpignan.

« Estampes, département de Seine-et-Oise, le 7 septembre.

« Cinq commissaires, ma chère sœur, arrivés hier au soir, ont changé les dispositions de notre voyage. Nous séjournons ici aujourd'hui pour nous rendre demain aux prisons de Ver-

saïlles, où l'on v^ririera. dit-on, nos proc&s pour nous juger dérmitivement; c'est ce qui me console. Les chefs de l'escorte sont très-afTables et irès-honnétes. J'espère que nous finironE notre roule sans qu'il nous arrive rien ; enûn, si je ne peux le donner de mes nouvelles, prends patience , je serai pour toujours le plus aiïectionné frère. Adieu.

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