FAITES A L'OCCASION DU PROCÈS INTENTÉ CONTRE
POURNIBR L'AMÉRICAIN
( Voir les paragraphes VII et VIII du livre XIII. )
La procédure commencée en Tan m par le tribunal de Versailles contre Fournier, et suivie à Orléans au moyen de commissions rogatoires , contient un très-grand nombre de dépositions relatives aux incidents qui précédèrent le départ des prisonniers et aux vols qui se commirent à leur préjudice. Nous avons choisi parmi toutes ces dépositions celles qui , par leur précision et la position exceptionnelle des témoins, nous ont paru devoir mériter une attention spéciale.
DÉPOSmON DU CrrOYEN SAUNIER, LIEUTENANT DE GENDARMERIE.
« Le 9 floréal , Tan m* de la république française, s*est présenté le citoyen Louis-François Saunier, lieutenant de la gendarmerie d'Orléans, demeurant rue de TÉgalité, section de la Liberté, pour faire la déclaration suivante :
w Je déclare avoir connaissance que, vers le 31 août 1792, la force armée parisienne, ainsi que Léonard Bourdon, qui Tavait précédée, sont venus à Orléans pour enlever les prisonniers de la haute Cour nationale; que j'ai été commandé avec quatre hommes de cavalerie pour les aller reconnaître à Cercottes, qu'ils sont arrivés sur les deux heures après-midi , que j'ai ap-
pris de Birre, concierge alors de la maison d'arrêt des Minimes, de son épouse et de ses enfants, que Léonard Bourdon et une partie de la force armée des Parisiens s'étaient rendus à la maison d'arrêt des Minimes; qu'ils avaient pris aux prisonniers des assignats, des bijoux, des pièces monnayées et des jetons d'argent; que, dans le nombre des Parisiens, un d'eux logeait chez le citoyen Ladureau, chevecier, et que là il a partagé avec d'autres de ses camarades les jetons d'argent, ce que je sais par la déclaration qui m'en a été faite par la citoyenne Ladureau. Qu'au moment on les Parisiens et Léonard Bourdon allaient sortir de la maison d'arrêt , Birre, concierge, fit rendre à Léonard Bourdon une boîte pleine d'argenterie qu'il emportait. Ce fait m'a été répété plusieurs fois par la citoyenne Birre et le guichetier. La force armée, ainsi que Léonard Bourdon et autres, sont restés, ainsi que le général Fonrnier, en cette ville, jusqu'an mardi k septembre. La Commune, ainsi que les autorités constituées, sont restées assemblées pendant toute la nuit et j'y étais aussi. Pendant la nuit il y a eu des pourparlers entre Léonard Bourdon, Lazouski et autres et les membres des autorités constituées, à qui on demandait de l'argent, ce que les autorités refusèrent, parce que le décret de la Convention prescrivait de conduire les prisonniers à Saumur, et qu'au contraire Léonard Bourdon et ceux qui dirigeaient la force armée voulaient les conduire à Paris. Que, d'après cela, les autorités leur ont donné une somme sur la promesse qu'ils firent de les conduire à Saumur; qu'au contraire, le matin, ils prirent la route de Paris avec les prisonniers, au nombre desquels était Malvoisin qui , la veille, avait eu la jambe cassée, et ce malgré les plaintes et les réclamations de son épouse; que le peuple d'Orléans voulait au contraire que les prisonniers fussent transférés à Saumur pour obéir au décret; que Fournier, général, avait eu l'air de s'y prêter après avoir, dit-on, donné des instructions la veille à sa troupe. J'ajoute que le séjour des Parisiens était marqué par la plus grande licence, la plus grande insolence et les menaces réitérées qu'ils faisaient aux citoyens d'Orléans, tellement que pendant plus de vingt-quatre heures ils ont laissé leurs canons sur la place, chargés et mèches allumées. »