‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 246 sur 262 · FOURNIER · texte numérisé non relu

FOURNIER

Pris pour directeur d'une conscience si délicate, Roland se hâte de répondre :

« 14 octobre.

(t Monsieur Fournier,

u Vous venez de me donner une nouvelle preuve de votre civisme et de votre honnêteté en m'informant que deux officiers du détachement que vous commandiez, lors de la mission dont vous avez éUi chargé pour Orléans, sont encore dépositaires chacun d'une croix de Saint-Louis. Je vous prie de les leur retirer sans délai, en leur rendant les reçus qu'ils vous en avaient passés, et de les déposer à la Convention nationale. Aussitôt

que vous en aurez fait le dépôt, vous voudrez bien m'en

instruire.

« Le Ministre de l'intérieur,

» Roland. »

Le second billet contient la demande essentielle, le payement de ce que Fournier réclame pour solde de sa mission, de ce qui constituait la majeure partie de ses bénéfices. 11 parle au nom de ses créanciers, c'est-à-dire de ceux qu'il avait avant son expédition, car c'est le cortège habituel de tous ces sacripants qui font des révolutions, des émeutes et des coups d'État pour payer leurs dettes. Roland n'y regarde pas de si près et appuie la réclamation de l'Américain d'une chaude apostille.

« Au citoyen Minière de l'intérieur,

« Le citoyen Fournier, commandant le détachement chargé de la garde des prisonniers d'Orléans, a réclamé, à son retour, le payement des avances par lui faites; et sur cette demande dont vous avez fait part à la Convention nationale, il a été renvoyé au comité militaire. Le citoyen Fournier, pressé par ses créanciers, vous prie, citoyen ministre, de recommander au comité militaire d'apporter une prompte décision dans cette

affaire.

<( Fournier.

« Paris, ce 13 octobre, an i*'de la République, a

En marge est écrit :

« Je recommande, prie et sollicite le conseil militaire d'avoir à la demande de M. Fournier tout l'égard possible, sentant comme personne la justice de sa demande.

u Roland, d

Cependant la liquidation de ces comptes ne s'opérait pas avec la rapidité désirée par Fournier. Pressentant des réclamations, il veut se hâter d'y couper court en palpant d'abord les espèces. Il est obligé de revenir plusieurs fois à la charge; ses obsessions finissent par arracher à Roland cette nouvelle lettre qu'il adresse à la Convention, et dans laquelle le malheureux

ministre ne craint pas d'assumer la responsabilité morale de toat ce qui s'est fait à Orléans et à Versailles. C'est la dernière pièce, signée Roland, que noi» ayons trouvée dans le dossier; c'est aussi la condamnation déGnitive de cet homme auquel ses enthousiastes avaient décerné le titre de vertueux.

« J'ai arrêté le compte du commandant Fonmier pour l'expédition d'Orléans. J'étais autorisé par décret à faire faire cette expédition ; mais l'Assemblée n'a pas déterminé sur quoi seraient pris les fonds pour la dépense, et c'est sur quoi il y a lieu à prononcer.

« J'ai fait ce qui m'était prescrit, le commandant Foumier a

fait ce qui lui était ordonné. Il reste à payer la dépense, et c'est

à la Convention nationale à décréter sur quels fonds elle doit

être prise.

a Roland.

« Le i nofimbfe, tn i*' de la RéfHdMiqne. »

Cinq semaines après, le 9 décembre, intervient enfin un décret qui met à la disposition du ministre de l'intérieur 30,596 livres 5 sous pour payement de la force armée envo}"ée à Orléans. Il v est dit :

(( La trésorerie nationale tiendra à la disposition du ministre de l'intérieur, jusqu'à la concurrence de la somme de 23,996 livres 5 sous, laquelle, jointe aux 6,600 livres que la commune de Paris a fournies au citoyen Foumier, et qu'elle portera en dépense dans les comptes qu'elle doit rendre, forme celle de 30,596 livres, pour être employées, s'il y a lieu, au payement des dépenses faites par la force armée envoyée à Orléans, en exécution de la loi du 26 août dernier, d'après l'aperçu fourni par le citoyen Foumier. Les comptes de dépenses présentés par le citoyen Foumier sont renvoyés au ministre de Tintérieur, chargé de nouveau de les vérifier et arrêter. »

Roland venait de recevoir d'Orléans et d'Arpajon diverses réclamations qui semblaient devoir réduire de beaucoup la somme de 9,000 livres que l'Américain espérait toucher pour solde de tous comptes. 11 faut voir dans sa correspondance comment il se débat contre les réclamations que les lenteurs admi-

nistratives de la liquidation ont donné aux mnnicipalités du Loiret et de Seine-et-Oise le temps de faire parvenir.

n Au citoyen Roland, ministre,

tt Paris, le l*'JanTier 1703, Tan i*' de la Râpublique françaiae.

(t Citoyen,

« Pour répondre à toutes les demandes qui vous sont faites par plusieurs départements, notamment celui du Loiret, signées de la municipalité et autres idem, je vous déclare que je ne reconncnspas aucune des dépenses qui pourront vous être portées; je proteste que je n'ai jamais donné d'ordre que par écrit. En conséquence, je proteste contre tous ceux qui pourront vous être présentés, et vous supplie de vouloir bien me les adresser. Ce n*est pas trois mois après une expédition que Von fait des rècla" mations aussi insidieuses. Je suis bien étonné que la municipalité d'Orléans et la commune nous ait pas demandé aussi le payement de la feste qu'il a donné à Tarmée parisienne, à son arrivée à Orléans. Si l'on a fait quelque générosité aux corps de garde des prisons, cela les regarde personnellement, citoyen ministre. Je vous prie instamment, aussitôt la présente reçue, toutes les réclamations quelconques qui vous seront faites, de me les adresser pour y répondre; cette expédition ne doit plus vous importuner. Je prie instamment d'ordonner que le remboursement du dépôt que j'ai laissé me soit incessamment compté par le trésor national, conformément au décret. J'attends votre réponse pour me présenter, et suis avec fraternité,

« Votre concitoyen,

(( FouRMEK, cul-de-sac du Doyenné. »

u Au citoyen Ministre de C intérieur.

c( En réponse de la vôtre du 11 février 1793 et de celle des officiers municipaux de la ville d'Arpajon au ministre de Tintérieur du 25 janvier, Fournier répond que toute la lettre de cette municipalité n'est qu'imposture; le corps d'armée que Fournier

commandait n'a point fait de séjour, ni couché en allant à Orléans, il n'a fait que brûler.

c( Il est encore faux que Fournier ait donné aucun pouvoir qui puisse autoriser personne à faire des bons. Fournier était parti de Paris trois jours avant Bécard et son détachement ; il n'a rejoint le corps d*armée de Fournier qu'à Étamï)es. En conséquence, Fournier proteste contre toutes les dépenses qui n'auront pas été souscrites par lui et de sa main; la municipalité d'Ârpajon peut s'adresser au citoyen Bécard, qui répond de ses actions, et, s*il est vrai qu'il était sous mon commandement à Arpajon, je déclare que lorsque j'ai rendu mes comptes, tant à la Convention qu'au Ministre de l'intérieur et à la commune de Paris, je n'ai jamais porté aucun compte des dépenses du citoyen Bécard ; je ne devais en être responsable que lorsqu'il a été sous mon commandement.

u Je prie le Ministre de vouloir bien, à vue , faire ordonner que je sois liquidé sur le champ, et vous ferez justice.

<( Fournier.

« Ce 13 fé\Tier 1793. »

De guerre lasse, il fallut bien contenter Fournier, qui était armé du décret du 9 décembre 1792. On écarta toutes les réclamations des divers marchands de Versailles et d'Orléans, dont les fournitures n'étaient pas appuyées de pièces justificatives; seulement on fit acquitter par le trésor public 824 livres lu sous à la municipalité d'Arpajon^ pour fournitures délivrées au détachement du sieur Bécard, sur les bons souscrits par cet officier.

Fournier donna quittance du solde qui lui fut compté et ne fut nullement inquiété jusqu'au moment où, en l'an m, les idées de morale et de justice ayant repris quelque empire, le tribunal de Versailles se saisit de l'affaire des meurtres de Versailles et voulut en demander compte à Fournier. On verra dans la note xxvii ce que de\int u l'homme à face livide et sinistre. » comme l'appelle M"* Roland.

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