LIVRE ÎX
mains, pour résister à la révolution ou à T usurpation qui vient de s'imposer.
Que les esprits honnêtes y réfléchissent donc à deux fois, avant de blâmer la conduite tenue par La Fayette et les magistrats des Ardennes en août 1792.
Le despotisme et la démagogie, deux noms que nous ne cesserons pas d'accoler ensemble, parce qu'ils signifient la même chose sous une dénomination différente , s'accommodent fort bien de la théorie du succès amnistiant ou légitimant les moyens. Suivant cette théorie , la France a dft se soumettre, sans mot dire, au 10 août, plus tard au 31 mai, au 18 fructidor, au 18 brumaire, à toutes les autres usurpations violentes auxquelles la populace fftf^la ctoldatesque ont, à tour de rôle, prêté leur appui depuis soixante-dix ans. Mais les libéraux sincères n'ont et ne peuvent avoir qu'un respect fort médiocre pour les faits accomplis. Ils se reconnaissent toujours le droit d'en discuter sévèrement la moralité. Ils détestent les surprises et ne se prosternent pas devant tous les gouvernements dont l'avènement leur est annoncé, comme autrefois, par des courriers de cabinet, comme aujourd'hui, par le frémissement d'un Ql électrique.
Le 10 août fut une surprise. Cette vérité pourrait être contestée , si ce fait restait isolé dans l'histoire de nos révolutions , si depuis nous n'avions pas été les témoins et les victimes de plusieurs surprises semblables, dont les conséquences ont été aussi durables et souvent aussi funestes que celles du iO août 1792. Mais celle-ci était la première que la nation eût à subir. On pouvait donc
espérer qu'elle ne raccepterait pas. C'est cette espérance qui dicta la conduite de La Fayette. Il ne savait pas tout ce qu'on peut faire supporter aux Français, quand on sait les tromper d'abonl, les terrifier ensuite. Sa tentative de résistance avorta , mais il eut droit et raison de la faire.
La Fayette fait la première confidence de ses proje au maire de Sedan, M. Desrousseaux, avec lequel il se trouvait en contact journalier pour toùa l)Bf besoins de son armée. Aussitôt qu'il s'est assuré Su il|tÉlburs^ ce magistrat courageux et dévoué, il écrft und lettre ofiRcielle à la municipalité. Il y expose « que le représentant du pouvoir exécutif étant prisonnier, le pouvoir législatif étant asservi, les chefs du pouvoir militaire devaient se mettre à la disposition des autorités administratives* qui subsistaient encore et jouissaient de la plénitude de leul liberté;... que dans le département des Ardennes, où se trouvait le quartier général de son armée, la première de ces autorités était le conseil général séant à Mézières, mais que , vu l'urgence des circonstances et en attendant qu'il pût recevoir ses ordi*es, il se mettait, lui et son armée, à la disposition du pouvoir civil le plus rapproché de lui. »
Au reçu de cette communication, le conseil de la commune de Sedan est réuni extraordinairement par les soins du maire et, le jour même (12 août), il prend un