LIVRE IX
Iransmelire une copie de leurs di^cisions au général Dillon, qui avait des troupes cantonnées dans leur département * .
Dillon avait obéi aux ordres que, dès le 12, il avait reçus de son supérieur. Il avait fait prêter à ses troupes le serment de fidélité à la constitution de 1791, à la loi, à la nation , au roi; il leur avait même adressé un ordre du jour très-vif contre les événements du 10 août et leurs auteurs 2. Mais l'arrêté du déparlement de l'Aisne le fit réfléchir, il se rétracta aussitôt et rompit toute communication avec son général en chef.
A Metz, Luckner, sur le concours duquel La Fayette croyait pouvoir compter, se contenta de pousser des gémissements contre les attentats du 10 août et d'entremêler son jargon allemand de phrases à double entente sur les Jacobins. Mais il n'agissait pas et paraissait no pas vouloir agir. D'ailleurs, l'ancien maire de Metz, Anthoine, était revenu porteur du décret qui le réintégrait dans ses fonctions et qui cassait le Conseil général de la Moselle. Tout projet de résistance constitutionnelle était donc annihilé de ce côté. De toutes parts les nouvelles étaient désastreuses pour La Fayette et ceux qui avaient résolument embrassé son parti. Partout on paraissait se résigner à se soumettre au fait accompli.
4. La lettre du général La Fayette au département de l'Aisne, et l'arrêté de ce Directoire, déclarant qu'il n') a pas lieu d'y obtempérer, se trouvent à la page 992 du Moniteur.
t. Cet ordre du jour du général Dillon se trouve au Moniteur, p. 969. U fut envoyé à l'Assemblée par le général Dumouriez, qui était iilors placé sous les ordres de Dillon, et auquel celui-ci l'avait fait passer.
Noire pa}S esl li>ujours le roero^. Soos le noureau comme sous l'anden régime, après comme avant la Ré- ToiutioD. on semble reconnaiire à Paris seul le droil de donner un mf>t d'ordre à la France.
Le jour même où l'Assemblée le décrétait d'accusation (19 août; . La Fayette apprenait par les rapports de son état-major que les sokJats placés sous ses ordres immédiats étaient près d>n venir au\ mains. Les uns entendaient le défendre à tout pris; les autres paraissaient disposés à le livrer pieds et poings liés, comme ils y étaient conviés par Tarreté du département de TAisne. Le malheureux général ne pouvait plus, dès lors, se maintenir dans l'attitude de résistance légale qu'il avait adoptée. Pour épargner à sa propre armée la terrible épreuve d'une lutte intestine, il n'avait qu*un parti à prendre : se dérober, lui et ses amis les plus compromis, au décret de proscription qu'il ne pouvait connaître encore, mais qu'il devait facilement prévoir.
Avant de partir, il prit les précautions militaires les plus minutieuses, afin que les troupes restassent en sûreté dans les positions quelles occupaient. D tirant aussi mettre à couvert la responsabilité des magistrats qui s'étaient associés à sa cause, il rédigea une réquisition antidatée, dans laquelle il se constituait seul coupable de tout ce qui. depuis le 10 août, avait été dit et fait autour de lui contre les décrets de l'Assemblée léi^islative *.
Puis, sous le prétexte d'exécuter une reconnais-
I. Cette reqaisitioo. datée du 13 aoùt^ se trouve à ia page 1000 da Moniteur.