‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 32 sur 262 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

c'est k-dire devaient être arrêtés et traduits à la barre. Toutes ces motions furent coup sur coup transformées en décrets *. Le 19, l'Assemblée décréta d'accusation « Motier La Fayette , ci-devant général de l'armée du Nord, comme prévenu du crime de rébellion contre la loi, de conspiration contre la liberté et de trahison envers la nation , » défendit en même temps aux corps administratifs, municipalités et autres fonctionnaires publics « de lui prêter assistance, d'obéir à ses réquisitions, et à tous dépositaires de fonds publics, de rien payer sur ses ordonnances sous peine d'être déclarés complices de rébellion *. »

1. Moniteur, p. 978 et 980. Collection des lois, 1792, tome X, p. 444 et 474.

t. Eo môme temps que TAssemblée législative décrétait d'accusalioD le général de rarmée du nord , son Comité de sûreté générale lançait un mandat d'amener contre M™« de La Fayette, qu'il supposait au Havre prête à s'embarquer pour TÂngleterre. Nous croyons devoir donner le texte même de cet ordre :

« Le Comité de sûreté générale de TAssemblée nationale,

« Considérant que le commandement de Tarmée du Nord a été retiré

à M. La Fayette par le pouvoir exécutif provisoire, et confié à M. Du-

mouriez, que H. La Fayette a eu ordre de se rendre de suite auprès

du pouvoir exécutif pour rendre compte de sa conduite, qu'il n'a

point obéi à ces ordres et demeure au contraire à la tête de son

armée et arrête tous les courriers qu'on lui envoie; considérant que

M. La Fayette vient d'être mis en état d'accusation, et que diverses

pièces annoncent une désobéissance formelle de la part de M. La

Fayette aux précédents décrets du Corps législatif, qu'il est à craindre

qu'il n'égare les soldats qui l'entourent et les porte à des extrémités

nuisibles au bien public; ce qui nécessite des otages à la nation,

capables ou de conduire Âf. La Fayette à l'obéissance aux lois ou

it répondre de ses faits dans le cas contraire ; considérant aussi

r,4 ' HISTOIRE DE LA TERREUR.

Pendant ce temps, La Fayette, fidèle au plan qu'il s'était tracé, ne déplaçait aucun de ses bataillons, ne faisait aucune démonstration militaire dans la direction de Paris. 11 mettait toutes ses espérances dans le mouvement moral dont il avait donné le signal et qu'il

qu'il existe de violents soupçons d'un conoplot de conduire le roi au Uavn?, où plusieurs généraux, entre autres MM. La Fayette et Lameth, se sont fait précéder par leurs femmes, ce qui pourrait exposer ces dernières k la ven{:;eance du peuple: considérant enfin que l'Assemblée nationale n'a donné le droit au Comité de sûreté générale de faire arrêter les personnes suspectes que pour hâter de toutes manières le salut public, et qu'un otage, tenant de près à M. La Fayette, paraît de toute nécessité dans les circonstances actuelles ;

« Le Comité requiert la force publique et tous citoyens en état de réquisition, de s.iislr et arrêter au Havre ou partout ailleurs, la daotc La Fayette et de la faire conduire de brigade en brigade à Paris avec ses enfants et domestiques qui seront avec elle, pour y demeurer en otage jusqu'il nouvel ordre; invite les citoyens, qui l'arrêteront et conduiront, d'user de tous les ménagements dus au sexe et à une femme à qui il n'est attribué aucun délit personnel et de veiller ii sa sûreté et à ce (|u'il ne lui soit fait aucune inculte, par tous les moyens possibles, et de mettre ses papiers sous le scellé pour les remettre en cet ét^it au Comité.

« Fait au Comité de silreté générale, etc., le 19 août 1792, l'an IV

de la liberté.

(( Sitjiu' : Vardon, Grangenkuvk, Bazirr, secrétaire

du Comité de sûreté générale. »>

M"»" de La Fayette était tranquillement à sa terre de Chavaniac, en Auvergne, pendant qu'on la cherchait au Havre. C'est là qu'elle

lérait voir se propafter jusqu'aux exlrêmilés de la France. 11 avjiit adressé à chacun des membres de l'Assemhli'G législative, 's tous les Directoires de département, ainsi qu'aux principales municipalités du royaume, les actes par lesquels les autorités des Ardennes avaient dA-laré ne plus reconnaître les décrets émanés d'une Assemblée placée sous les poignanis des assassins. Il supposait que les députés de la droite sauraient se soustraire à la surveillance des nouveaux dominateur de Paris et viendraient se grouper autour de lui pour former une assemblée que bientôt le pays entier, à la voix dt' ses autorités départementales, reconnaîtrait comme sa seule représentation légitime. Par malheur, aucune des prévisions du général ne devait se réaliser. Si. le premier jour, les troupes directement placées sous ses onires avaient accueilli ses proclamations avec enthousiasme, celles qui occupaient des cantonnements éloignés de Sedan s'étaient montrées froides et même hostiles aux exhortations rjue ses lieutenants leur avaient

lut arrAtép, amenéo dans les prisons du l'uy el de lii ii l'ari-:. Elle fui providentiHlement épargnée par la bui'lie révolmionnain-. Iiodis qup sa grand'mère, la maréchale de Noailles, sa mère, lu duchBise D'.\yen, sa sœur, la vicomlesse de Noailies, périssaient sur l'echaraut]. Quelques mois après le 9 thermidor, un ordre du Comité le fOrcté gëoérdle [13 pluviôse an III) signé llarmand, Vurdon, Le- Erndro et Boudin, oMunnail sa mise en lil>erté. Elle en profila pour tWtt ïminéidiatenient, avec ses deu\ filles, parlager à Olinillz la capliviU du général, donnant ainsi au monde un magnifique exemple d'onour conjugal, pendant que son époux en donnait un non moins pind lie courage civique, en rerusanl d'acheter sa liberté parie sHcri-

transmises de sa part. Une partie de ses troupes étant campées dans l'Aisne, La Fayette avait cru devoir s'adresser au Directoire de ce département pour obtenir de lui les mêmes ordres que ceux qui lui avaient été donnés par celui des Ardennes. La Fayette comptait d'autant plus sur le succès de cette démarche, que le Conseil général de l'Aisne avait naguère signé et publié une adresse très-vive contre les événements du 20 juin, s'était même approprié le fameux arrêté du département de la Somme, et avait, lui aussi, envoyé à Paris des délégués chargés de veiller à la sûreté de la personne royale.

Néanmoins, les administrateurs du déparlement de l'Aisne ne crurent pas devoir, après le 10 août, persévérer dans la ligne de conduite qu'ils avaient paru disposés à adopter après le 20 juin. Loin de faire bon accueil aux appels du général de la Constitution, ils ordonnèrent « à tous les gardes nationaux d'arrêter La Fayette partout où ils le trouveraient et de le détenir sous bonne et sûre garde , jusqu'à ce que l'Assemblée nationale eût décidé à quel tribunal il devrait être envoyé. » Ils enjoignirent en même temps à la forc^ publique de se saisir du colonel I^nglois ^, qui était venu leur porter les lettres du général, et s'empressèrent de

1. L'ordro d'à rre-ta lion lancé contre lo colonel Langlois par le département de l'Aisno ne fut pas exécuté, grâce à nous ne savons quelle circonstance. Le colonel put rejoindre son général et lui rendre compte de l'insuccès de sa mission. Nous voyons cet oflicicr figurer parmi ceux des amis de La Fayette qui furent arrt^tés le 19 août aux avant-postes autrichien.^.

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