‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 38 sur 262 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

pour être débarrassé de lui, Dumouriez écrivait à l'Assemblée pour dénoncer La Fayette. II était encouragé, excité dans cette conduite par Tun des plus audacieux chefs du parti montagnard. Couthon, atteint depuis plusieurs années d'une paralysie complète des jambes, était venu, un mois avant le 10 août, prendre les eaux de Saint-Amand, très-voisines du camp de Maulde, et s'était empressé de s'aboucher avec Texministre des affaires étrangères de Louis XVL

Au fond , les Montagnards n'en voulaient pas trop à Dumouriez.

N'avait-il pas contribué plus que tout autre, le 14 juin, à la chute des Girondins, ceux de tous leurs adversaires qu'ils haïssaient le plus? D'ailleurs Dumouriez n'était-il pas allé aux Jacobins se coiffer du bonnet rouge? N'avait-il pas montré en mainte circonstance qu'il n'avait ni principes, ni scrupules? N'en était-ce pas assez pour naériter le pardon et même la faveur des ultra-révolutionnaires ?

Dumouriez n'espérait plus rien de la Cour, avec laquelle il avait complètement rompu après sa sortie du ministère ; il était donc tout préparé à se jeter dans de nouvelles aventures. Aussi, à la première nouvelle du 10 août, n'hésita-t-il pas à se prononcer hautement pour la révolution accomplie et à promettre à l'Assemblée législative l'appui de son épée.

Dumouriez avait commencé sa carrière politique sous les auspices du Girondin Gensonné, qui l'avait accompagné dans sa mission en Vendée (1791). Il avait maintenant pour répondant auprès des Montagnards l'un de leurs

coryphées, Couthon*. L'avisé général, ayant ainsi des amis dans les deux partis qui commençaient a se dessiner et allaient bientôt se disputer le pouvoir, espérait manœuvrer assez habilement pour arriver au but de son ambition : devenir avant un an Varhilre des destinées de la France.

Dillon , aussitôt après avoir reçu les déjHkîhes de La Fayette, avait, comme nous l'avons vu, lancé un ordre du jour, par lequel il semblait vouloir associer sa fortune à celle de son chef. Cette proclamation , dati';e de Pont-sur-Sanjbre, avait été envoyée aux officiers commandant les places de Valenciennes, de Ltindrecies et de Maubeuge. Les colonels et adjudants généraux Chazot, Selmieder, Foissac et Lanoue l'avaient fait lire sur le front de leurs bataillons, puis avaient attendu pour agir les ordres ultérieurs du général Dillon. Mais l'attitude prise par le directoire du département de l'Aisne et l'arrivée des trois commissaires à Valenciennes avaient fort ébranlé celui-ci dans ses résolutions premières. Mandé par les commissaires de l'Assemblée, il leur écrivit qu'il était retenu dans son camp par les mouvements inquiétants de l'ennemi, mais qu'il ne tarderait pas à répondre à leur appel. Bientôt, apprenant que Dumouriez se déclarait pour la révolution et que les troupes avaient assez froidement reçu son ordre du jour, il se

1 . Nous avons rclrom é la lettre de Couthon en date du 1 9 août 479Î par la(iuelle il se porte, pour ainsi dire, garant de Dumouriez. Le Moniteur (p. 1002) se contente de l'analyse; nous avons cru que celte pièce ne devait pus elrc perdue pour l'histoire et nous la donnons à la fin de ce volume.

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