LIVRE IX
dëtennina à obéir aux injonctions des trois commissaires. Delmas, Bellegarde et Dubois-Dubay ne crurent pas devoir scruter très-profondément sa conduite et ses intentions primitives; mais, pour l'engager plus avant dans la nouvelle voie qu'il paraissait disposé à suivre, ils lui remirent une réquisition formelle portant « qu'il n'avait plus à obéir aux ordres du général La Fayette, qu'il nô devait plus correspondre avec les généraux des autres armées ni détacher aucun corps actuellement sous ses ordres. » Dillon consentit à tout ce qu'on exigeait de lui, se mit à acclamer le nouveau régime avec autant d'enthousiasme qu'il en avait montré deux jours auparavant à suivre les inspirations de La Fayette. Cependant plusieurs copies de son premier ordre du jour avaient été envoyées directement à l'Assemblée^, et celle-ci s'était hâtée de décréter que le général Dillon avait perdu la confiance de la nation. A cette nouvelle, Dillon expédia protestations sur protestations, déclara sous toutes les formes qu'il avait été abusé par La Fayette, qu'il reconnaissait ses torts et qu'il saurait les réparer. Mais ce fut en vain. L'Assemblée ne crut pas devoir s'en rapporter à lui pour diriger les mesures qu'elle s'apprêtait à prendre contre le général rebelle. Le 17 août, le jour même où les commissaires en mission à Valenciennes remettaient à Dillon leur réquisition et sa nomination provisoire au grade de général en chef, la Législative investissait Du-
I. Voir au Moniteur , p. 975 et 995, outre la leltre de Dumouriez citée plus haut, p. 67, les lettres de la municipalité de Landrecics et du district de Douai.
mouriez du commandement de tous les corps d'armée répandus sur la frontière, depuis Dunkerque jusqu'à Metz. On laissa Dillon à la tête de sa division , mais en le subordonnant à Dumouriez. Le nouveau général en chef reçut sa nomination le 18 août au soir; il envoya aussitôt son lieutenant Miaczinsky prendre le commandement des troupes cantonnées dans le département des Ardennes, lui promettant qu'il irait bientôt le rejoindre. Puis, il adressa à l'Assemblée les remerciements les plus chaleureux pour la confiance qu'elle daignait lui témoigner, lui jurant d'agir vigoureusement contre le général et les autorités civiles qui avaient osé porter une main coupable sur les représentants de la nation, revêtus d'un pouvoir devant lequel tout dex^ait plier !
Huit mois plus tard Dumouriez faisait arrêter les commissaires de la Convention presque au même lieu d'où il datait la lettre dans laquelle il proclamait l'inviolable omnipotence des mandataires de l'Assemblée.
Carnot, Coustard et Prieur de la Côte-d'Or avaient été chargés de l'inspection des armées depuis Bitche jusqu'à Besançon. Ils avaient demandé et obtenu qu'on leur adjoignît un député de l'Alsace, Ritter, que sa connaissance de la langue, des hommes et des choses du pays pouvait leur rendre très- utile.
Ils allèrent droit au quartier général de Biron, à Wissembourg. Quelques années auparavant, lorsqu'il s'appe-