LIVRE X
prendre sa faveur. L'ignoble folliculaire, grâce à ses haineuses diatribes contre Lafayette et la Cour, était proclamé prophète, en attendant qu'il passât dieu.
Aucune des sections de Paris n'avait eu l'impudeur de le nommer son représentant à l'Hôtel de Ville; mais, le conseil général de la commune, par une décision solennelle , lui avait accordé une tribune spéciale dans la salle de ses séances et, s'il ne siégeait pas parmi les deux cent quatre-vingt-huit membres de la commune, il leur souillait les motions les plus furibondes.
Marat était homme à savoir profiter de la victoire du parli qu'il avait servi de sa plume, si ce n'est de son bras; car, aux heures périlleuses, il disparaissait tout à coup pour se blottir au fond de sa cave. Dès qu'il ne se tira plus de coups de fusil, il vint déclarer à la commune que les feuillants et les royalistes l'avaient privé naguère de ses presses, et que, par conséquent, il était équitable que la nation les lui rendît. Muni d'un ordre du coniité municipal de surveillance, il alla avec quelques sans-culottes de ses amis s'emparer, à l'imprimerie nationale, alors établie au Louvre, de quatre presses et d'une grande quantité de caractères. Cette audacieuse invasion d'un établissement public, qui ne dépendait sous aucun rapport de la commune, fut dénoncée à la commission extraordinaire et lui fit jeter les hauts cris. Marat ne fit que rire de cette colère. H |X)ussa l'impudence jusqu'à faire redemander au directeur de l'imprimerie certains ustensiles qu'il avait oublié d'emporter. Le directeur, Anisson Duperron, se hàla d'avertir l'Assemblée, afin qu'elle se préoccupât
de sauver du pillage un établissement national qui devait, aux termes d'un décret spécial, être en activité permanente de jour et de nuit.
La commission extraordinaire interpella le procureursyndic de la commune, Manuel. Celui-ci jura ses grands dieux qu'il ignorait complètement ce qui s'était passé, et qu'il allait faire justice des déprédations commises sous le couvert de la municipalité*. Cependant rien ne fut fait.
^. Nous avons retrouvé la lettre de M. Anisson-Duperron et les deux billets de Manuel, relatifs à cette affaire.
« M. Marat se présente encore à l'imprimerie nationale du Louvre pour demander un supplément de caractères et de divers ustensiles d'imprimerie, en vertu de l'ordre du comité de surveillance de la Commune, sur lequel il lui a déjà été remis quatre presses et un assortiment de caractères, et dont l'original, ainsi que le reçu de M. Marat, sont déposés au bureau de la commission extraordinaire deTAssemblée nationale.
« Le directeur de l'imprimerie nationale du Louvre supplie MM. de la commission extraordinaire de lui donner leurs ordres et leur décision en marge de ce mémoire, sur la nouvelle demande de M. Marat.
a Le (liroctour observe (luo \os quatre presses qui lui ont été enlevées par M. Marat font partie des dix qui ont été inventoriées comme appartenant à la nation, par décret do l'Assemblée nationale du 44 août 1790, et que les livraisons qu'il pourrait faire d'autres ustensiles d'imprimerie et de caractères diminuent d'autant la propriété nationale, dont il s'est reconnu le dépositaire, en même temps qu'elles afTaiblissent do plus on plus les moyens pour Toxécution du décret de l'Assomblée nationale qui a mis l'imprimerie nationale en activité permanente de jour et de nuit.
(( Anisson-Duperron. »
« municipalité dk px\ris.
« Fnchatné au parquet, messieurs, il m'est impossible d*aller, comme je le voudrais, causer avec vous d'un ordre que j'ignorais et