‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 57 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

contributions. Nous vous prions de consacrer, par un décret, ce grand acte de fraternité et d'union*. »

L'Assemblée se révolte en voyant qu'on vient lui demander, pour la quatrième fois, l'interprétation de dis-

I. Cette lâche palinodie des administrateurs départementaux, cette audacieuse subversion de toute hiérarchie » est constatée d'une manière irréfragable par le Journal des Débats et Décrets, qui contient le récit des deux apparitions des administrateurs départementaux à la barre de l'Assemblée, l'une dans la séance du 22 août au matin (page 406 du n<» 329 ), lorsqu'ils se présentèrent seuls; l'autre à la séance du soir (page 7 du n" 330), lorsqu'ils revinrent accompagnes par Robespierre et la députa tion de la commune. Le Moniteur no parie que de cette seconde démarche et ne dit pas un mot de la première.

Naturellement, le procès- verbal oiïiciel de la commune dissimule une partie de la vérité; il ne fait pas mention de la prétention primitive que les administrateurs départementaux avaient eue d'exercer véritablement et dans leur intégrité les fonctions auxquelles ils avaient été appelés.

Voici, du reste, comment c^ procès-verbal raconte ce qu'il appelle lui-môme l'abjuration du nouveau département de Paris:

« Séance du 23 août,

« Les membres désignés par les sections pour composer le nouveau directoire du département de Paris sont admis à la barre. L'orateur, dans un discours énergique, annonce, au nom de tous ses collègues, qu'empressés de concourir avec tous leurs concitoyens à rétablissement de l'égalité, ils seront toujours unis par les sentiments de la plus intime fraternité avec les représentants de la commune, et pour donner une preuve solennelle de la sincérité de leurs senliments, ils abjurent, en présence du peuple, le litre de dirertoire du département pourne conserver que celui de commission des impositions. L'assemblée, partageant ces sentiments, arrête que celte abjuration civique sera notifiée au peuple par une proclamation, et à l'Asscirnblée natio- MJe par une députation de vingt membres qui sur-le-champ se rendront dans le sein du corps législatif, a

positions qu'elle a déjà, sous la pression de sa male^ corris:ées, amendées, amoindries à contre-cœur. On réclame Tordre du jour. Lacroix, qui est l'ami de Danton, mais qui doit avoir quelque souci de la dignité d^une assemblée, dont il est dans ce moment le président, Lacroix s'écrie : « Passer à l'ordre du jour, ce serait éluder la question ; des administrateurs ne peuvent être suspendus, et encore moins destitués, que par le corps législatif. On ne saurait comprendre que les représentants provisoires de la commune de Paris aient songé à destituer un directoire, à la formation duquel ont concouru d'autres communes que celles de Paris, un directoire qui est au-dessus d'eux. )>

Robespierre essaye d'interrompre l'orateur à la moitié de son discours. « Point de discussion à la barre, » lui crie-t-on ! Le tribun est obligé d'entendre la un de la semonce de Lacroix sans pouvoir y répliquer, et de quitter la barre avant qu'il n'ait été fait aucune réponse k sa demande.

Se croyant sans doute aux Jacobins ou à la commune, Rol)espierre venait de prendre, en pleine Assemblée, cette attitude insolente et ce ton impérieux qui, ailleurs, excluaient déjà toute contradiction. Quelle ne dut pas être sa secrète irritation en s'ontendant condamner au silence par un énergique rappel au règlement! Quelle haine dut s'amasser clans son cœur contre celui qui, ne pressentant pas la future importance du bilieux tribun, le courbait brutalement, comme le premier venu, sous le niveau de la loi ^ !

4 . Deux mois plus tard T imprudent Lacroix osait, devant la Convea*

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