‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 59 sur 262 · LIVRE X. U · texte numérisé non relu

LIVRE X. U

Les trois condamDatioDS de D* AngœmoDt, de Laporte et de Du Rozoy ne flrent que mettre les dictateurs de THôtel de Ville en goût de condamnations nouvelles. Pour mieux faire comprendre au tribunal extraordinaire ce qu'ils attendaient de lui, et afin de ne pas laisser chômer cet effroyable agent de gouvernement, ils ordonnèrent, par un arrêté formel, de laisser Tinslrument du supplice en permanence sur la place du Carrousel, et commandèrent de leur autorité privée une nouvelle machine qui devait être dressée sur la place de Grève. Cela ne les regardait nullement, car Texécution des arrêts criminels était de la compétence exclusive de l'administration départementale. Mais ne rentrait-il pas dans leurs attributions de terrifier les partis vaincus et de familiariser les masses avec les sj)ectacles les plus tragiques^?

4. On lit sur le registre des délibérations du conseil général de la

commune de Paris, à la date des 23 et 24 août 1792, les deux arrêtés

sui\-ants :

« Séance du 33 août H 92,

« Le procureur de la commune entendu, le conseil général arrête ^ la guillotine restera dressée jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, à l'exception, néanmoins, du coutelas que l'exécuteur des hautes œuvres sera autorisé d'enlever après chaque exécution.

« Us commissiiires nommés pour faire enlever le coutelas, étant au "■^ de la guillotine, sont MM. Merlin et Ilenriot. »

tf Se'aTwe du 2i août.

* U conseil général autorise le fabricaleurde machines à décapiter a en fournir une pour le département de Paris, sauf à lui à se faire ï*3yer par devant qui il appartiendra. »

^ celte époque (derniers mois de 1792), on guillotinait sur la ï*»ce du Carrousel, en face des Tuileries, les condamnés pour crime ni 8

Ils furent servis à souhait le 27 aoùL Ce jour-là eut lieu, sur la place de Grève, à la lueur des flambeaux, uoe triple e\écutioo : trois fabricateurs de faux assignats avaient été condamnés à la peine capitale par le tribunal criminel ordinaire ; en montrant au peuple la tête de Tun d*eu\, Texécuteur fit un faux, pas et tomba roide mort sur'le pavé. Élait-ce un avertissement de la Providence qui faisait disparaître le bourreau au moment même oii son office devenait inutile, puisque d*autres mains allaient, ailleurs que sur réchafaud. immoler les victimes désignées aux fureurs populaires?

Cependant, comme pour déjouer les calculs des dictateurs de r Hôtel de Ville, plusieurs acquittements sucmlèrent aux trois condamnations capitales prononcées par le tribunal du 17 août. On n^avait pas encore eu le temps de détruire tout sentiment de pitié dans le cœur des juges qui instruisaient les afTaires, des jurés qui prononçaient les verdicts et des habitués qui formaient le public des audiences. Ce ne fut que plus

politique jugés par le tribunal du 17 août, et sur la place de Grè\e, en face de THôtel de Ville, les criminels jujres par les tribunaux ordinaires.

Dès I7C2, la commune a\ait ainsi mis, par le fait, la terreur à Tordre du jour, comme plus tard la Convention le fit par un décret formel ; n'avons-nous donc pas eu raison de faire remonter l'inaugvration de cet effroyable régime beaucoup plus haut que no favaient fait la plupart des historiens nos devanciers?

Au Î4 août I7y2 comme au 22 prairial an ii, c'était Robespierre qui inspirait les deux seuls pouvoirs \éritablemenl souverains: à la première époque la commune, à la seconde le comité de salut public. Qu'on ose encore rehiibîliler U "^«^moiri» de cet effroyable pourvoyeur de la mort !

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