‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 71 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

blanchisseuses. Afin que personne n'ait un prétexte, une excuse pour rester hors de chez soi, les séances des clubs, les assemblées des sections, les audiences des tribunaux sont suspendues. Le tribunal extraordinaire dont, au nom de la vengeance populaire, on presse chaque jour les jugements, est invité lui-même à interrompre le cours de ses travaux. On pousse le luxe des précautions jusqu'à établir, au delà des barrières parisiennes, une seconde ligne de postes armés. Des battues sont faites à travers les promenades et les bois des environs.

Aux termes de l'arrêté pris par la commune, toute circulation, même pour les affaires les plus urgentes, est interdite; toute voiture, quelle qu'elle soit, doit être remisée. Tout particulier ayant un domicile à Paris, qui sera trouvé chez un autre au moment de la visite domiciliaire, sera, par ce fait seul, réputé suspect, et, comme tel, mis en état d'arrestation. On doit apposer les scellés sur les portes des appartements dont on ne trouvera pas les locataires chez eux.

Le mouvement de Timmense cité s'arrête instanta-

Tîément. Un silence de mort règne dans toutes les rues ;

on dirait qu'une main invisible vient d'étendre un vaste

linceuil sur Paris. Chaque citoyen, rentré chez lui, compte

les siens avec anxiété, et ne se rassure que si, à son

foyer, il voit réunis tous les membres de la famille, dont

on va lui demander dans un instant le nom, l'âge et les

occupations- Il songe aux périls des amis, des parents

dont il est séparé à peine par quelques centaines de pas,

et qu'il ne lui est pas permis d'aller visiter. Chaque mai-

son est un s^'^pulcre, mais un sépulcre dont les tristes habitants pensent, veillent et écoutent.

Soirée affreuse, nuit plus alFreuse encore, tourments dont ceux qui les subirent conservèrent toute leur vie le souvenir douloureux! Qui pouvait, en effet, se croire k Tabri d'un soupçon stupide, d'une vengeance particulière, d'une audacieuse déprtklalion? Comment empêcher quelques-uns des visiteurs , commissaires ou hommes à [>ique , de faire main basse sur quelque objet précieux, sur quelques chères reliques, sous prétexte de les porter à la section, oii il serait plus prudent de les laisser que de les aller réclamer.

Dix heures du soir viennent de sonner. C'est l'heure prescrite par la commune pour commencer les visites domiciliaires. Les trente commissaires désignés dans chacune des quarante-huit sections sont à leur poste; ils se sont partagé les circonscriptions, et se mettent deux par deux k la tt^te d'une forte escouade de sans-culottes. So|)t cents maisons pourront être ainsi visitt^s à la fois <lans Paris [var sept cents groupes d'inquisiteurs armés jusqu'aux dents.

Bientôt on entend le |)as cadencé des patrouilles qui s'avancent, posent leurs sentinelles, font illuminer fenêtres. Le Imurgeois comme l'artisan, retiré dans so inUTieur, é(X>ute anxieusement les colloques qui s'éta blissent enlise les visiteurs et les visités, suit avec angois les [XTi|x*ties de ces s(vne> qui se n^[)i*tent k chaque porte? dans chaque maison, dans chaque appartement.

Au milieu de Teffanable silence dans lequel Paris plong<\ on distingue les voix des commissaires interro—

géant des malheureux qui répondent en tremblant; le chœur que forment les hommes à pique, à bonnet rouge et a figure rébarbative qui, eux aussi, délibèrent, opinent et souvent décident; les supplications des femmes et des enfants qui croient encore à la pitié et qui s'attachent aux genoux des inquisiteurs pour obtenir une grûce presque toujours impitoyablement refusée. On entend la porte qui se referme §ur le père de famille que Ton entraîne , le roulement sourd de la voiture qui le conduit à la section ou à l'Hôtel de Ville, les ricanements et les éclats de voix des misérables qui se félicitent de leur capture. Partout où l'on peut espérer mettre la main sur quelque suspect, on procède aux plus minutieuses investigations. Des ouvriers spéciaux sont appelés pour chercher, découvrir, révéler les cachettes; des serruriers sondent les murs, des maçons fouillent les caves, lèvent les pierres des fosses d'aisances ; d'autres, armés de pioches, remuent le sol des jardins jusqu'à la terre vierge.

D'après l'arrêté de la commune, les visites domiciliaires, commencées le 29 août, devaient être terminées le 30, à six heures du matin. Mais les commissaires y nairent tant de zèle, procédèrent avec un soin si minutieux, qu'en vertu d'un nouvel arrêté^ elles se prolongèrent jusqu'au 31 août au soir.

^ • Voici le texte môme de cet arrêté :

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