‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 74 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

autorité légitime, mais encore dans son honneur par la lettre que Tailien avait signée. Deux jours après, elle va plus loin ; une adresse, qu'elle fait placarder sur les murs de Paris, signale à la vengeance publique, sans nommer personne, les traîtres que renferme l'Assemblée et les trames qui s'ourdissent dans ses comités.

Mais , tandis qu'elle dénonce les autres , elle est ellemême dénoncée par ses propres membres. Au moment où, dans tout Paris, l'on procède aux visites domiciliaires, deux municipaux, appartenant à la section des Lombards, paraissent à la barre de l'Assemblée*. Ils ont représenté leur section à l'Hôtel de Ville dans la nuit du 9 au 10 août. Ces commissaires de la première heure ne sauraient donc être suspects de modérantisme ; cependant, ils sont tellement las de leur part de souveraineté, qu'ils viennent la déposer dans les mains des représentants du peuple.

« Nommés, dit l'un d'eux, Lelièvre, par la section des Lombards pour ses représentants à la commune, nous n'avons pu voir sans douleur les nombreux abus qui paraissent s'introduire dans la nouvelle organisation du conseil général. Le rôle que nous remplissons est pénible, nous ne nous le dissimulons pas ; mais nous ne pouvons hésiter entre notre devoir et les inconvénients qui peuvent résulter pour nous de l'avoir rempli. Cha-

1. La section des Lombards professait dos idées fort avancées; mais un de ses principaux agitateurs était Louvet, Tami et le cornmensal habituel de M. et de M"'« Roland; aussi la voit-on souvent faire des adresses et prendre des délibérations dans un sens tout à fait

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cune des sections, en nommant des commissaires, ii*a pas entendu leur donner la souveraineté en partage. Toutes savaient quelle vous appartient, qu'elle appartient au peuple en masse, et qu'aucune section partielle ne peut s'en attribuer l'exercice. »

A ce début, T Assemblée éclate en applaudissements; son exemple est suivi par les tribunes elles-mêmes. Eih couragé par cet accueil, l'orateur n'hésite pas à flétrir, comme illégaux, les arrêtés auxquels il a lui-même partici|)é, et notanmient « ceux qui ont supprimé le directoire du département, réduit arbitrairement les pouvoirs des nouveaux administrateurs élus, et mis le maire de Paris, le probe et vertueux Pétion, en état de nullité absolue. — La section des Lombards, ajoute-t-il, abandonnant le diarlalanisme des grands mots, ne se laisse point égarer \^r le faux zMe des intrigants et des ambitieux. Elle ne veut voir la souveraineté du peuple que dans ses représentants et non plus dans cette commune qui a jeté la [)oninie de discorde en dénonçant les Guadet, les VerOTiaud. les Condon^t. les Brissot, tous ceux qui se sont constanmient et courageusement dévoués à la défense des droits du peuple et au maintien de la liberté et de l'égalité, n

L'orateur connaissait les collègues à côté desquels il avait siégé depuis vingt jours. Il savait combien pouvait être terrible la vengeance qu'il attirait sur sa tète; néaon)oins. il achève ainsi son courageux discours :

« Je me suis dévoué à vous faiîv entendre la vérité, et, dut la malveillance nratteindre en sortant de cette enceinte, J'eniport'?rai du moins le sentiment de la satisfao-

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