LIVRE X
de Paris a été mandé à votre barre, il n*a point paru et refuse d'ob^Mr à la loi... J'ai entendu dire que le peuple... Ah! peut-on avilir ainsi les Parisiens à leurs propres yeux? Peut-on ainsi dégrader la dignité nationale en nous supposant assez lâches pour ne pas réprimer les excès partout où ils se trouvent? Messieurs, écoutez votre conscience, souvenez-vous de vos commetiants et du compte que vous leur rendrez un jour. Conser\'ez vôtre courage et faites respecter les lois... Je demande pour l'honneur des citoyens de Paris, pour le vôtre, que le citoyen mandé à la barre y soit amené séance tenante. »
Des applaudissements frénétiques éclatent de toutes parts. Cependant, Lagrevol parvient à empêcher TAssem- Mée de céder à son enthousiasme; elle se contente de rappeler au ministre de Tintérieur Texécution du décret F'eodu la veille*.
'. .Moniteur, p. 10»3; Journal des Débats et Df^crets, p. 483. Wici le texte même du décret rendu sur la motion de Lagrevol, le 3f août, au matin :
< L'Assomblé(^, sur la motion d'un de ses membres, décrète que le oinûsirede l'intérieur répondra à l'instant, par écrit, s'il a fail parvenir, ^a quelle heure, au président et au secrétaire de la commune prôvi- *>irede Paris, le décret qui les mande à la Iwrrede l'Assemblée. »
On venait à peine de reprendre Tordre du jour, lorsque le président annonce que Pélion et Manuel» à la tête d'une nombreuse députation de la commune provisoiœ, demandent à être admis à la barre. Mais pour comprendre la nouvelle scène qui va se dérouler, il faut nous transporter à l'Hôtel de Ville cl savoir ce que le conseil de la commune, réimi sur la pressante invitation dcTattien, a résolu dans le péril extrême ou il se trouve.
Les usurpateurs, une fois te premier mouveoient de colère passé, avaient senti la nécessité de donner à TAssemblée quelque satisfaction illusoire qui permit de retarder l'exécution du décret de dissolution, et leur donnât le ten)ps de mettre la dernière main à leurs préparatifs de défense. On avait accusé la commune d'avoir désorganisé les divers services municipaux, et notamment celui des subsistances, d'avoir systématiquement annihilé Faction du maire. Ils se hfttent de passer condamnation sur le premier point, en prenant un arrêté par lequel ils reconnaissent « l'utilité dont peuvent être à l'administration les talents et l'expérience des anciens administrateurs, » les réintègrent dans leurs fonctions, et déclarent que ceux qui ont été nommés à leur place devront être considérés comme leurs suppléants et auront seulement voix consultative dans les assemblées du corps et du bureau uiunicijïal. En même temps ils
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-hargent Robespieriti de réili^er une adresse à l'AssemhK-e nationale, dans laquelle il devra exposer loules les mesures prises depuis le 10 août par les commissaires des sections, tous les exploits civiques dont ces sauveurs de la patrie out mai-qué l'accomplissement de leur mission .
Le lendemain, 31, avant ^in; llobespierre ait présenlé l'adresse qu'il a rédigée dans la nuit, ou veut s'assurer de la coopération sinon active, au moins matérielle de Vélion, el se servir une fois de plus de sa bonhomie d'em- (iruiit pour endormir les ressentiments de ses amis de la liironde. On lui envoie donc, avec la plus grande solenta ulé, une dépulation chargée de l'inviter k venir ho- H Vnt le conseil général de sa présence. Heureux et V fierde l'importance qu'on daigne enlln lui reconnaître, le ■ maire accourt aussitôt à l'Hôtel de Ville reprendre possession du fauteuil dont depuis vingt joui'S il a été écarté. A peine le tumulte occasionné par son arrivée esl~il spaisé, que le substitut du procureur syndic se lève et se Klicile, au nom de tout le conseil, de voir un magistrat ïhéri revenir à son poste. " Le premier représentant de 1* cité pourra ainsi, ajoute l'orateur, se pt^nétrer des vérilés qu'U va être chargé d'aller porter à l'Assemblée l^slalive [mur jusiilier le conseil général des inculpations aussi fausses qu'atroces dont on a osé le noircir. » Pétion commence à comprendre qu'il est pris au piège. Btfpondant à la harangue ollicielle qui vient de lui être . il fait entendre quelques plaintes sur la posîihliicile qui lui a été faite depuis le 10 aoiJt. S'il cru devoir s'abstenir de présider les séances du con-
soil, c'est, dit-il, « qu'il n'a pas aperçu distinctement les fonctions qui lui étaient réservées, qu'il se trouvait placé entre les membres de la municipalité, qui ne se (Toyaient pas légalement destitués, et les patriotes, qui les remplaçaient, peut-être sans titre bien replier. Il est plein de regrets pour ses anciens collègues, plein d^afTection pour les nouveaux, tout en déplorant les erreurs dans lesquelles ils ont pu tomber. » Il s'étend longuement sur les moyens » de concilier les diverses prétentions, de réparer les erreurs du passé, d'empêcher «o choc dangereux et impolitique entre la commune et TAssemblée nationale. » Il termine son discours, selon sa constante habitude, en vantant son courage, sa prudence et sa connaissance approfondie des hommes et des choses.
Le substitut du procureur général réplique, c'est-àdire réfute les récriminations que vient de faire entendre- Pétion, et entonne un nouvel éloge de tout ce qu'a fait le conseil général depuis le moment où il a été investi d^ la confiance du peuple*.
1. Os détails ï^o trouvent, les uns dans le procès-verbal de la séance de la commune, les autres dans une lettre que Pétion adressa le même jour (31 août) à lu section du marché des Innocents, etquî fut insén'e dans le Palriole français, n" du i'*' septembre. Nous donnons ces deux documenis à la fin (\o ce volume. La lettre de Pétion • déjà été reproduite dans le t. XVII, p. 398, de V Histoire parlementaire, mais elle s'encadre si bien avec les pièces nouvelles quenoo* avons rassemblées, elle en est l? commentaire si Nivant, elle £iil si nettement ressortir le personnage, que nous n'avons pas bé^té à I< reproduire, quoique nous ayons adopté la règle générale de ne pa^ donner in e.rlrnso les documents déjà imprimés.
Mais ce n'était pas jjour entendre les remontranres aigres-duuces de Pélion que le conseil était raBsemblé, il s'agissait d'approuver l'adresse que Robespierre avait ^té chargé de rédiger. Lecture en est faite au milieu d'applaudissements unanimes; adoptée par acclamation. t'Ile devra être portée k l'instant même à la barre de l'Assemblée. On annonce à Pélion que l'on a compté Sur lui pour rem[)Iir celte mission , car, lui insiiiie-t-on, aux termes de la loi municipale spéciale à Paris, le premier mai^istrat de la commune doit ^ mettre à ta tète de toutes les députations, qu'il approuve ou non l'avis qu'elles sont chargées de transiiielire aux autorités constituées.
Depuis l'intronisation de la nouvelle commune, cet yriîcle de la loi avait été parfaitement oublié, et les dic- Iflleurs de l'Hôtel de Ville, qui envoyaient, presque tous les jours et même plusieurs fois par jour, des députatiûnsà l'Assemblée législative, n'avaient pas paru beau- «Hi[) s'en soucier. Mais aujourd'hui ils se le rappellent; ils sont charmés de pouvoir faire réclamer la révocation <lu décret du 30 août par celui-là même qui est accusé d'en avoir été le secret promoteur.
Celte demande, formulée ofTiciellement par le substitut «lu procureur de la commune, est accueillie avec la plus Rfatiile faveur par les tribunes; leurs applaudissements •wloublés trouvent un écho jusque sur la place de Grève »it Bcin de cette tourbe que les meneurs tiennent à leur *<>l(le, et qu'ils font apparaître ou cachent dans l'ombre. *»îvant qu'ils ont besoin de terrifier leurs adversaires ou ^ les endormir dan? une fausse sécurité.
En présence de cette immense acclamation, le maire de Paris n'élève plus aucune objection et sort accompagné des applaudissements de ceux qui viennent de se jouer si adroitement de son humeur crédule et de son aveugle passion des faveurs populaires.
Au moment où Pétion et les membres de la députation, chargés plutôt de le surveiller que de lui faire cortège, se présentent aux portes de la salle des Feuillants, TAssemblée nationale venait de prendre les résolutions dont nous avons parlé, et qui étaient le compléaient logique du décret du 30 août.
Admis à la barre, le maire, qui ne veut pas se codh promettre, prononce seulement ces paroles ambigués: (( Messieurs, le conseil général de la commune vient vous exposer les motifs de sa conduite et vous présenter une mesure propre à concilier vos suffrages et Tintérèt public, une mesure qui mettra sur-le-champ Tadministration en activité. » La présentation ainsi faite, un reste de pudeur l'empêche de lire lui-même l'adresse, où se produisent à chaque ligne contre ses amis des accusations de défaillance qui l'atteignent lui-même; il en laisse le soin à l'organe officiel de la commune, au secrétairegreffier Tallien. L'insolent manifeste était ainsi conçu* :
f . Nous avons retrouvé un exemplaire imprimé de cette adresse et nous la donnons telle qu'elle fut placardée sur les murs de Paris par