LIVRE X
faite les trois pétiiioDDaires, de défiler devant rAssemblée, eux et leurs singuliers commettants. Lacroix fait observer dédaigneusement que TAssemblée n*a pas de temps à perdre. Ces paroles ne découragent pas les pétitionnaires qui établissent à travers la salle une espèce de dialogue avec le député qui vient de descendre du fauteuil pour pouvoir mieux leur tenir tête.
Uis DES PÉTITIONNAIRES. — « Nous veuous au nom da peuple, et nous demandons à voir nos représentants à la commune.
Lacroix. — « Nous aussi, nous sommes vos représentants, monsieur.
Un altre pétitionnaire. — « Le peuple est libre, et OQ lui ôte sa liberté.
IjkCROix. — « Je demande si nous sommes libres, nous? Une semblable scène ne pouvait se prolonger. Manuel, Tallien et quelques autres municipaux, restés à la barre, entraînent eux-mêmes leurs défenseurs officieux. Le procureur-syndic rentre bientôt et annonce que le rassemble- "»ent, beaucoup moins nombreux qu'on ne l'avait dit, vient de se dissiper à sa voix , et qu'il a fait arrêter « les trois ou quatre très-coupables pétitionnaires. » Manuel et ses collègues i^eçoivent les félicitations de TAsseujblée, mais ils n'en sont pas moins obligés de sortir sans avoir i rapporter à leurs amis de THôlcl de Ville la moindre espérance du œtrait ou de l'abandon du décret qui a cassé la commune insurrectionnelle.
Le même jour, à la fin de la séance du soir, Huguenin, [^sident du conseil général, et Mehée, secrélaire-gref- •ieradjoint, viennent enfin, à la barre, obéir au décret qui
les y a appelés pour s'expliquer sur le mandat d'arrêt lancé contre Girey-Dupré. — « Si' je ne me suis point présenté plus lot, dit Huguenin, c'est que je n'ai conoa que par les papiers publics, les ordres de l\\ssemblée nationale. « — Le secnHaire Mehée explique comment l'importance de l'affaire du Patriote français a été de beaucoup exagérée. « Le conseil général voulait seulem^t éclaircir si le fait avancé par le journaliste provenait d'une erreur ou d'une calomnie, poursuivre celle-ci ou rectifier celle-là. » On renvoie les allégations des deux prévenus h la commission extraordinaire, et on leur accorde les honneurs de la séance.
Si l'Assemblée avait eu la force de persévérer dans l'attitude calme et digne qu'elle avait su garder durant toute la journée du 31 août, la commune insurrectioDnelle eût été définitivement brisée, et la page la plus sanglante des annales révolutionnaires n'aurait pas élé inscrite dans l'histoire de notre pays;