LIVRE XL
C'est ce qui arriva le 2 septembre 1792, c'est ce qui arrive toutes les fois que les détenteurs de Tautorité publique font servir le dépôt sacré qui leur a été confié à la satisfaction brutale de leurs haines ou de leurs ambitions, et ne craignent pas d'inaugurer leur dictature par les arrestations en masse, les déportations et les assassinats.
L'impunité qui a d'abord couvert les massacres de septembre, le triomphe éphémère de ceux qui les commirent , plus tard le dévergondage des idées démagogiques, l'amour de l'extraordinaire et la passion de l'horrible ont poussé certains écrivains à obscurcir, à dénaturer, à nier les faits les plus certains. Mais , grâce au ciel , la vérité s'est fait jour. On a pu exhumer des archives et des greffes une telle masse de documents incontestés et incontestables, que le procès qui s'est plaidé si longtemps est définitivement instruit.
Aussi, pour nous, juré au tribunal de l'histoire, n'hésitons-nous pas à répondre à la grave et délicate question, précédemment posée, par ce verdict mûrement réfléchi :
En notre âme et conscience, devant Dieu et devant les hommes, non , la population de Paris ne fut pas coupable du crime de septembre ^.
4. Nous avons réuni dans une note, à la fin de ce volume, les preuves de la préméditation des massacres. Dans cette même note, nous avons discuté les allégations des historiens qui ont adopté un système différent du nôtre; le lecteur jugera entre eux et nous.
Quels furent donc les coupables et quels furent leurs mobiles?
Les coupables furent Marat, Danton, Robespierre, Manuel, Hébert, Billaud-Varennes, Panis, Sergent, Fabred'Eglantine, Camille Desnioulinsetune douzaine d'autres individus plus obscurs, membres du comité de surveillance ou seulement du conseil général de la commune.
Maral, le premier, conçut l'idée et la préconisa daas son infâme journal, dans ses ignobles placards. Dénoa— ciateur perpétuel, inépuisable inventeur de complots imaginaires, il prêchait Yalliance libératrice^ — ce sont ses propres expressions, — de l'assassinai et de la dictature. Quoiqu'k demi fou, Tliôte habituel des caves, le sanguinaire somnambule était dune habileté peu commune pour arriver à ses fins ; il n'ignorait pas la puissance qu'en tem|)S de révolution Ton acquiert en seiilénébrant de mystères. Ses vêtements sordides, sa face tourmentée et livide, qui n'apparaissait en public qu'en de très-rares circonstances, l'emphase de son style, l'affichage clandestin (le ses élucubralions lors même qu'il jouissait de la plénitude de sa liberté, tout cela exerçait une sorte de fascination sur la foule et même sur les coryphées du parti démagogique: il s'était imposé à la commune; il s'imposa au comité de surveillance; il avait présidé aux arrestations, il présida aux massacres.
Danton , lui aussi , regarda son crime en face et n'hé-