LIVRE XXII
pour mériter d'être mis dans la balance où vous pesez la vie de Louis?
« Je me résume, ciloyens. Tout acte émané des représentants du peuple est un acte de tyrannie attentatoire à la souveraineté du peuple s'il n'est pas soumis à sa ratification formelle ou tacite.
h Le peuple avait promis l'inviolabilité à Louis. Lui seul a le droit de l'en dépouiller. Des considérations puissantes vous prescrivent de vous conformer aux principes. Si vous y êtes fidèles, vous n'encourrez aucun reproche. Si le peuple veut la mort de Louis, il l'ordonnera. Si, au contraire, vous vous écartez de votre devoir quelle effrayante responsabilité cette déviation ne ferat-elle pas peser sur vos têtes ! Je n'ai plus rien à dire *. »
Pendant deux heures, Verguiaud avait tenu l'Assemblée haletante sous le feu de son ardente parole ; il fivait tour à tour excité les applaudissements de l'enthousiasme en exallant le patriotisme de ses auditeurs , et les frémissements de l'indignation en leur prédisant les horreurs qui suivraient le triomphe de l'anarchie.
Aussi, ce jour-là et les jours suivants, la Convention
1. Nous avons cherché à reproduire, en les ratfachant les uns aux autres, les passages les plus saillants du magnifique discours de Vergniaud. Nous nous sommes servis pour ce travail et du Moniteur, n° 2, année 1793, et du Journal des Débats et Décréta, n° 104, p. 500 ei suivantes-
ne prête-t-elle qu'une très-faibie attention aux divers orateurs qui se succèdent à la tribune. Dubois -Crancé, Jean Bon Saint-André, Moreau (delà Marne), Guillemard, parlent conlre l'appel au peuple. Ils sont soutenus par un journaliste girondin, Carra, qui, se séparant de ses amis, montre, une fois de plus, combien il y a peu de cohésion dans ce parti auquel on attribue l'ambition d'imposer à l'Assemblée une direction exclusive.
Brissot et Gensonné, au contraire, appuient Verimiaud par des considérations nouvelles tirées de leur position particulière.
Brissot, en qualité de président du Coatité diplomatique, examine le résultat que peut avoir l'exécution de Louis XVI au point de vue des relations extérieures : « Dans nos débats, dit- il, nous ne voyons pas assez l'Europe, nous voyons trop ce qui nous entoure. Savezvous pourquoi Pitt nous a aliéné la nation anglaise, pourquoi ses adversaires de l'opposition , qui avaient montré quelque grandeur en défendant nos principes, sont tombés dans la stupéfaction? c'est que l'on nous a peints à tous les yeux comme des cannibales; c'est que l'on a accusé le peuple de Paris tout entier des massacres de septembre, tandis qu'ils n'étaient l'ouvrage que de quelques brigands ; c'est que l'on a prêté à la nation les atrocités de quelques individus; c'est que l'on a abusé des paroles des faux amis de ce peuple qui lui faisaient honneur de ces assassinats; c'est que l'on s'est prévalu de notre silence plus qu'imprudent sur les coupables et qu'on l'a travesti en complicité. A entendre le ministre anglais, il semble que chacun de nous envie de porter