LIVRE XXIII
ce qui concernait la fermeture des spectacles, mais les comédiens français ayant compris qu'ils ne seraient soutenus ni par Je pouvoir exécutif, ni par la Convention, et qu'ils couraient grand risque d'être livrés sans défense au courroux des Jacobins, se le tinrent pour dit; ils firent disparaître de leur affiche toute annonce qui aurait pu faire espérer que la pièce de Laya seraitjouée de nouveau *. C'est tout ce que voulait la Commune.
Ainsi, tantôt en s'humiliant comme dans J'affaire Villette, tantôt en payant d'audace comme dans l'affaire de Y Ami des Loist les meneurs de l'Hôtel de Ville en arrivaient toujours à leurs fins : confisquer toutes les libertés et n'en laisser aucune à qui ne pensait pas comme eux.
4. Laya fut arrêté quelque temps après et ne dut son salut qu'à la chute de Robespierre. Nous avons retrouvé l'arrêté du Comité do sûreté générale qui lui rendit la liberté trois mois après le 9 thermidor; il porte la date du 20 vendémiaire an ni :
« Le Comité, considérant que le citoyen Jean-Louis Laya, auteur « de plusieurs ouvrages qui ont servi à propager l'esprit public et à « consolider le républicanisme, n'a été mis en arrestation que par les a traîtres qui ont subi la peine due à leur crime; arrête que ledit a citoyen Laya sera mis sur-le-champ en liberté et les scellés levés « au vu du présent arrêté.
« Us représentants du peuple : A. Dumont, Legendbb, « Lesage-Senault, Clauzel, Lapohte, La Reveillèrea Lepaux. »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Dans la Convention, il n'y avait qu'un petit nombre de membres qui parussent comprendre que. la nouvelle Commune s'apprêtait résolument à suivre l'exemple de celle du 10 août. La situation était toujours ïa môme. Nulle direction, nulle cohésion, nulle entente parmi les Girondins. Les propositions les plus importantes, lancées au hasard, soutenues avec ardeur pendant quelques instants, puis abandonnées presque aussitôt, retombent de tout leur poids sur la tête de ceux qui .es ont soulevées. Le 6 janvier, au milieu d'une très-vive discussion engagée entre la Montagne et la Gironde, un député assez obscur, Richoux (de l'Eure), demande que l'on supprime la permanence des sections1. Celte motion est appuyée par Fockedcy, combattue par Duhem et Billaud-Varennes. Thuriot essaye de l'écarter par un simple ajournement, sous prétexte que les dangers
1 . Le Moniteur, n" 8, nomme Richaud comme l'auteur de cette proposition. Cela est évidemment une erreur. Richand, l'ancien maire de Versailles, dont iiousavons raconté, tome III, page 393 et suivantes, l'héroïque conduite au 9 septembre, lors du massacre des prisonniers d'Orléans, était, il est vrai, député suppléant à. la Convention nationale pour le département de Seine-et-Oise, mais il no fut appelé à y siéger que le 23 février 4 793, par suile de la démission que Kersaint donna le 20 janvier. Richaud ne pouvait donc faire une molion le 6 janvier. Il faut restituer à Richoux, député de l'Eure, l'un des soixante-treize girondins exclus de la Convention le 3 octobre 1793, l'honneur de cette proposition.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France