‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. cinquièmeChapitre 42 sur 272 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

Ce décret était un acheminement vers l'annexion de la Belgique à la France. La manière dont il fut exécuté le démontra surabondamment. On y disait aux Belges: « Vous êtes souverains; » mais on entendait bien les guider dans l'exercice de leur souveraineté. Pour les y aider, on leur envoya une nuée d'agents du pouvoir exécutif qui, sous prétexte de les affranchir, avaient mission de les traiter en peuple conquis. Ces agents furent naturellement choisis parmi les plus purs jacobins, et en très-grande partie parmi les fameux commissaires du pouvoir exécutif et de la commune de Paris, dont nous avons signalé les sinistres exploits1. Naguère on leur avait donné la France à bouleverser; on leur donnait maintenant la Belgique à remuer de fond en comble. Il faut leur rendre justice, ils ne manquèrent ni à Tune ni à l'autre de ces deux missions 2.

Mais il est temps de nous transporter du nord dans le midi et sur les bords de la Méditerranée. L'ancien lieutenant de Montesquiou, Anselme, était toujours à

1. Voir tome IV, page 9 et suivantes; note II, page 429 et suivantes.

2. De tous ces commissaires, le premier arrivé en Belgique el le plus célèbre était Roosin, jadis poaie dramatique fort obscur. Il avait trempé dans les massacres de Meaux, en septembre, puis il avait été envoyé comme espion des jacobins à la suite de l'armée de Dumouriez, au moment de son entrée en Belgique; nommé ordonnateur en chef à la place de Malus, il se mit en querelle ouverte avec le général,

Nice, cherchant à étendre ses conquêtes et à agrandir sa positioD. I] rêvait l'occupation de toutes -les villes du littoral ; il demandait à n'être plus subordonné au commandant en chef de l'armée des Alpes et faisait solliciter pour lui, parles Niçois, le grade de maréchal de France1.

La première expédition combinée entre la marine et Anselme fut dirigée contre le petit port d'Oneille. L'escadre du contre-amiral Truguet s'y présenta le 23 oc-

fut rappelé, et bientôt après mis à fa tète de l'armée révolutionnaire. 11 périt sur l'échafaud avec Hébert et Momoro le 24 mars <794.

Parmi les autres commissaires on comptait;

Ilarou-ltomain , Darnaudry, Cliépy, Paris, tous quatre membres de la commune insurrectionnelle du 40 août; Chépy notamment avait été l'un des municipaux qui avaient présidé aux massacres de la Force;

Mouchet, l'officier municipal du 20 juin;

Bonnemant, commissaire du pouvoir exécutif dans Ithône-euLoîre;

Dufour, qui avait été arrêté avec Slomoro à Lisieux pour avoir prêché les doctrines de In loi agraire;

Vaugeois, le vicaire épiscopal de l'évéque de Blois, le conspirateur du Soleil d'or ;

Mandrillon, ancien agent secret de Lebrun, qui fut guillotiné quelques mois après pour avoir entretenu des intelligences à Courtrai après la reprise de celte ville par les armées coalisées.

4. L'adresse des corps administratifs du ci-devant comté de Nice fut lue à la Convention dans la séance du 28 octobre. A. l'occasion de la dernière demande contenue dans cette adresse, une discussion assez vive s'engagea au sein de la Convention. Gensonné demanda l'ordre du jour et l'abolition du grade de maréchal de France. « La République, observa-l-il , ne doit avoir de généraux que pendant lu guerre et par commission, et non point de généraux en lilre pendant la paix. — i\ faut, après la guerre, qu'ils retournent à leur charrue, ajouta Cambon. » L'adresse des Niçois fut renvoyée au comité diplomatique, et la motion de Gensonné à la commission de constitution. Ce double renvoi n'amena naturellement aucun résultat.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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