LIVRE XIX
texte, le peintre David le fournit, en venant annoncer à la Convention que deux élèves de l'Ecole de Rome avaient été brutalement jetés dans les prisons du gouvernement pontifical et livrés à l'Inquisition. Deux jours après, le Conseil exécutif écrivait à Pie VI et faisait imprimer dans le Moniteur1 la lettre suivante, dont le style contraste quelque peu avec tes formules auxquelles la chancellerie romaine est généralement accoutumée :
camp. Ainsi c'est au premier à diriger. ïl faut toujours de l'unité dans le commandement des expéditions militaires, car sans cela l'un pourrait vouloir la chose d'une manière, tandis que l'autre se plairait à la voir dans un autre sens.
« Ce n'est que d'après deux conversations que j'ai eues avec Anselme que je vous écris tout cela.
« Voyez Lebrun, faites-vous communiquer le plan, et tâchez de décider ie conseil à y consentir. Jamais la France n'aura une plus belle occasion pour se débarrasser de la cour de Rome, pour y installer un évèque, et pour donner le mouvementé une insurrection générale. Nous sommes maîtres de la Méditerranée; notre armée sera la plus forte pendant l'hiver, elle vivra aux dépens des tyrans, et nous procurera mille autres avantages que vous discernerez facilement,
a Adieu, mon ancien collègue, mèlez-vous de cela, car le projet a son mérite.
« Arena. »
Le signataire de celte lettre, Barthélémy Arena, devint plus tard membre du conseil des Cinq-Cents; ce fut lui qui fut accusé d'avoir voulu poignarder le général Bonaparte, lorsque celui-ci vint le 18 brumaire, dans l'orangerie de Sainl-Cloud, haranguer cette assemblée. Ce n'est pas Barthélémy Arena, mais son frère Joseph, qui fut impliqué, avec Ceracchi, dans une conspiralion contre la vie du premier consul, condamné à mort et exécuté le 30 janvier 1801.
i . Voir le Moniteur, a" 332.
« Le Conseil exécutif provisoire de la République française, au prince évëque de Rome1.
« Des Français libres, des enfants des arts, dont le séjour à Rome y soutient et développe des goûts et des talents dont elle s'honore, subissent par votre ordre une injuste persécution. Enlevés à leurs travaux d'une manière arbitraire, enfermés dans une prison rigoureuse, indiqués au public et traités comme des coupables, sans qu'aucun tribunal ait annoncé leur crime, ou plutôt lorsqu'on ne peut leur en reprocher d'autres que d'avoir laissé connaître leur respect pour les droits de l'humanité, leur amour pour une patrie qui les reconnaît, ils sont désignés comme des victimes que doivent bientôt immoler le despotisme et la superstition réunis.
« Sans doute, s'il était permis d'acheter jamais, aux dépens de l'innocence, le succès d'une bonne cause, il faudrait laisser commettre cet excès. Le règne ébranlé de l'Inquisition finit du jour où elle ose exercer encore sa furie, et le successeur de saint Pierre ne sera plus un prince du jour où il l'aura souffert. La raison a fait partout entendre sa voix puissante. Elle a ranimé dans le cœur de l'homme opprimé la conscience de ses devoirs
h . Cette lettre (parai trait-il) ne sortait pas des bureaux des affaires étrangères, car la minute n'y existe pas. 11 est a croire que, l'école de Rome dépendant du ministère de l'intérieur, ce fui Roland, on plutôt encore madame Roland qui se chargea de rédiger la missive au prince évèque. On comprend dès lors comment, en violation de tous les usages diplomatiques, ce document fut imprimé avant même qu'il eût été remis entre les mains du destinataire.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France