LIVRE VII. m
d'artillerie contre n'importe quels assaillants. Se doutant qu'il ne doit pas être seul exposé aux menaçantes injonctions des insurgés et aux faiblesses du conseil général, il se met en rapport avec le chef du bataillon du quai des Auguslins, Wille, posté au pont Saint - Michel. Celui-ci lui fait répondre qu'il ne demande pas mieux que de remplir son devoir, mais qu'il vient de recevoir la visite du commandant des fédérés marseillais1 et que celui-ci l'a sommé de livrer passage à sa troupe : « Nous passerons d'une manière ou d'une autre », avait dit à Wille le chef des insurgés. Sur cette nouvelle, Robert se prépare résolument au combat; il range ses hommes en bataille et fait pointer ses pièces. Soudain reparaissent les deux, délégués du conseil général, assistés d'un troisième, d'opinions encore plus prononcées, Osselin; ils sont porteurs d'un nouvel arrêté ainsi conçu :
« Le conseil général, s'étant fait rendre compte de la disposition actuelle des canons sur le Pont-Neuf,
« Révoque et annule tout ordre qui aurait pu être donné par le commandant général , charge MM . Osselin. Hu et Baudouin.de faire exécuter le présent arrêté et, en conséquence, de faire rentrer les canons dans le parc d'artillerie2.
« Cousin, président; Roy/un, secrétaire. »
■1. Les fédérés marseillais étaient casernes tout prés de là, aux Cordelicrs, aujourd'hui l'École- de-Medecine.
2. Nous croyons devoir donner la biographie des principaux acteurs du -10 août, voici celle des trois officiers municipaux que nous voyons désorganiser les préparations de défense de .Mandat :
Osselin était un homme de loi assez habile, mais peu considéré ; ii
Le commandant Robert avait écouté avec la plus vive indignation la lecture de l'ordre qui venait de lui être donné sous le couvert de l'autorité' civile ; il le communique aux gardes nationaux et aux canonnière qui l'entourent; tous lui répondent: « Nous maintiendrons nos pièces en batterie tant que sonnera le tocsin. » Les trois officiers municipaux insistent, ils rappellent la loi qui confie la police de la cité au conseil général ; les gardes nationaux, ignorant ce qui se passe à l'Hôtel de Ville, cèdent par un respect aveugle de la légalité et retournent leurs pièces braquées sur la rive gauche. Réduit à l'impuissance, Robert avertit immédiatement le commandant général et lui mande que, si la descente
fut nommé président du tribunal extraordinaire du 17 août, puis député à la Convention. Auteur de la loi sur les émigrés, il devint une des premières victimes de la loi qu'il avait faite ; arrêté pour avoir donne asile a une émigrée, il fut condamné à la déportation pendant que la malheureuse comtesse déCharry était envoyée à l'échafaud. Il était depuis huit mois à Bicètre en compagnie des forçats, lorsque le comité de sûreté générale eut l'idée de le comprendre dans une conspiration de prison. Amené à la Conciergerie et prévoyant le sort qui l'attendait, il s'enronça un clou dans la poitrine, sans réussir à se tuer. Le lendemain,- il fut traîné tout sanglant au tribunal révolutionnaire, et ensuite à l'échafaud (8 messidor an 11, — 28 juin 1794).
Hu. épicier de son état, fut clu, peu de temps après le 10 août, juge de paix de la section du Panthéon français. Mais, devenu suspect à son tour aux ultra-révolutionnaires, il fut jeté dans les prisons, à la fin de 1793, et y resta jusqu'à la mort de Robespierre.
Baudouin était l'imprimeur de la Législative, comme il l'avait été de l'Assemblée constituante, comme il le fut de la Convention. Après le 10 août, il se retira prudemment de la politique, et, sachant se plier aux circonstances, il continua à imprimer tous les actes législatif; qui lui étaient envoyés.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France