‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 104 sur 237 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

des faubourgs a lieu, il se hâtera de battre la générale.

De retour à la maison commune, les municipaux rendentcompte de leur mission. Les canonniers ont retourné leurs pièces, c'est déjà quelque chose; mais on, peut craindre que des ordres du commandant général ne viennent, d'un moment à l'autre, enlever les pièces aux canonniers, s'ils paraissent disposés à laisser passer l'insurrection.

Un nouvel arrêté est arraché à la faiblesse toujours croissante des municipaux et immédiatement transmis aux chefs de poste :

« 10 août 1792-

(i Le conseil général arrête que les canons de chaque bataillon ne seront ôlés aux canonniers que sur un ordre écrit de la municipalité.

« Cousin, président; Royer, secrétaire. »

Le plan de défense était, on le voit, déjà fortement troublé; mais, pour compléter cette désorganisation, il fallait s'assurer de la personne du commandant général lui-même. Déjà, plusieurs fois dans la soirée, le conseil avait fait dire à Mandat de venir prendre ses ordres; mais celui-ci, croyant sa présence indispensable au poste le plus périlleux, était resté aux Tuileries et avait toujours évité de répondre aux invitations qui lui avaient été transmises au nom de la municipalité.

Sous la pression des meneurs, le conseil réitère ses injonctions avec une nouvelle et plus vive insistance. Le commandant général ne pourra pas se dispenser d'obéir.

Soi

Pendant que de si graves événements se passent dans Paris, que de pins graves encore se préparent à l'Hôtel de Ville, que fait l'Assemblée nationale 1 ?

Dès onze heures du soir, au bruit du rappel battu dans plusieurs sections, quelques députés se réunissent sans convocation et prennent séance sous la présidence provisoire de Pastoret. On voit aussitôt se dessiner les tendances des deux côtés de l'Assemblée. Bazire. Broussonet et Cbarlier paraissent successivement à la tribune. Bazire (de l'extrême gauche) rapporte que l'agitation est très-grande au faubourg Saint-Antoine et qu'à des officiers municipaux, qui manifestaient leur étonnement de voir illuminés les environs des Quinze- Vingts, on a répondu : « Ne savez- vous pas que c'est aujourd'hui le grand jour? » Obéissant au mot d'ordre qu'il a reçu, Bazire termine son discours en demandant que l'on appelle à la barre le maire de Paris. Broussonet (de la droite) assure, au contraire, que plusieurs sections ont fortement désapprouvé l'arrêté des Quinze- Vingts. Cbarlier, ami de Bazire, annonce l'arrivée d'une députation des Lombards, et demande qu'elle soit immédia-

\ . Pour le compte rendu de l'importante séance de la nuit du 9 au \fi août, nous nous servons du procès-verbal imprimé par ordre de l'Assemblée, des comptes rendus du Moniteur, du Logographe, àu Journal des Décrets et Débats. Nous contrôlons comme toujours ces récits les uns par les autres.

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tement introduite. On fait droit à la motion. La section des Lombards était l'une des plus engagées dans le mouvement révolutionnaire, et son orateur est le fidèle interprète de ses sentiments t « Le tocsin, dit-il, va sonner, le canon d'alarme va retentir, les citoyens de la section des Quinze-Vingts ont l'intention de se rendre au Château, afin d'y faire des visites et de savoir s'il s'y trouve des armes et des hommes suspects. Le peuple est alarmé de la présence des Suisses, qui paraissent déterminés a tirer sur les citoyens. »

C'était, à mots couverts, annoncer l'insurrection ; il n'y avait que les imprévoyants et les niais qui pussent s'y tromper. Une discussion allait s'ouvrir sur cette communication, lorsque l'on fait observer que l'Assemblée n'est pas en nombre pour délibérer. Charlier propose seulement qu'à raison des inquiétudes manifestées par ie peuple, on nomme une commission de vingt -quatre membres pour aller vérifier les forces qui sont aux Tuileries. Quelques membres de la droite s'opposent à cette mesure. On doit être rassuré, disent-ils, puisque MM. Pétion et Rœderer sont au Château.

Le bruit du tocsin commence bientôt à retentir, mais le nombre des députés présents augmente peu, et l'Assemblée, afin de conserver une certaine contenance, sans cependant prendre un parti pour ou contre l'insurrection, passe le temps à entendre des rapports d'un intérêt fort médiocre sur les dettes des anciens pays d'états, sur les dégrèvements d'impôt, sur certains droits domaniaux, etc.

Deux gardes nationaux interrompent ces lectures pour

dénoncer h l'Assemblée un fait qu'ils croient important. Étant au poste du Palais-Royal , ils ont reconnudaos leurs rangs deux gardes du roi qui se sont avoués tels ; ils ont voulu les désarmer et les retenir, mais leurs officiers les ont renvoyés purement et simplement l.

Peu après, paraissent à la barre J.-J. Leroux, Desmousseaux et les autres municipaux, que le président Cousin avait éloignés à raison de leurs sentiments trop constitutionnels. J.-J. Leroux porte la parole2 :

« Le conseil général est réuni, dit-il, et nous députe vers l'Assemblée pour lui donner autant que possible des nouvelles de la capitale; nous disons autant que possible, car les officiers municipaux, nos collègues, que nous avons envoyés dans les sections, n'étaient pas en-

1. A chaque instant on voit dans le compte rendu de la séance se renouveler des dénonciations du même genre. Elles révèlent l'existence de fausses patrouilles munies d'espingoles et portant le costume national qui, durant toute la nuit, essayèrent en vain de pénétrer dans le Château. Quelques-unes de ces patrouilles furent arrêtées, d'autres dispersées; c'est ce qui explique comment un grand nombre de personnes , dont les sentiments royalistes n'étaient pas douteux, ne purent pénétrer jusque dans les Tuileries. (Voir les mémoires de Mnicde La Rochejaquelein et la lettre de M. Emmanuel d'Aubier, qui se trouve dans les pièces justificatives du t. IX des mémoires.de Bertrand de Molleville.) On avait, dit-on, envoyé deux,mille cartes d'entrée et on avait eu l'imprudence de les envoyer par la poste; beaucoup furent saisies par les vainqueurs et devinrent naturellement des titres de proscription durant les journées de septembre et pendant la tourmente révolutionnaire.

2. Le discours de J.-J. Leroux , inséré dans son procès-verbal , concorde parfaitement avec les comptes rendus du Logographe, p. 5, et du Journal des Débats et Décrets, p. -137.

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