Voir encore le rapport de Desniouss'eaux
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
sections réunies avec pleins pouvoirs de sauver la chose publique, a arrêté que la première mesure que le salut public exigeait était de s'emparer de tous les pouvoirs que la commune avait délégués et d'ôter à l'état-major l'influence malheureuse qu'il a eue jusqu'à ce jour sur le , sort de la liberté.
« Considérant que ce moyen ne pouvait être mis en usage qu'autant que la municipalité, qui ne peut jamais et dans aucun cas agir que d'après les formes établies, serait suspendue provisoirement de ses fonctions, a arrêté que le conseil général de la commune serait suspendu, et que M. le maire, M- le procureur de la commune et les seize administrateurs continueraient leurs fondions administratives.
« Uuguenin, président; Martin, secrétaire. »
Les municipaux, qui ne sont pas dans le secret de la comédie que l'on joue depuis cinq à sis. heures , font des observations aux déléguésqui leur apportent cette étrange signification; une discussion s'engage; mais les délégués ne veulent rien écouter et déclarent que les commissaires des sections vont se rendre dans la salle du conseil. La majorité des représentants légaux de la commune avait elle-même plus d'une fois bravé l'autorité des lois contre le département, elle songe à l'invoquer à son tour contre l'insurrection et envoie une députalion à l'Assemblée nationale afin qu'on avise aux mesures à prendre dans des circonstances si critiques. Mais les commissaires des sections ne donnent pas au conseil le temps de recevoir une réponse de l'Assemblée. Ils y
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
LIVHE VII. 279
envoient eux-mêmes rendre compte, à leur manière, de leur nomination et de leur prise de possession, et, sans plus attendre, ils arrivent en masse dans la salle du conseil général, s'emparent presque de vive force des fauteuils qu'occupent les municipaux.
Quelques-uns de ceux-ci osent néanmoins insister pour qu'il soit constaté qu'ils ne cèdent qui) la violence et écrivent, au bas de l'insolente signification qu'on vient de leur faire, la mention suivante :
« Nous soussignés, membres du conseil général, certifions que le présent arrêté a été signifié séance tenante patune députation des commissaires dénommés audit acte. « Fait à Paris, ce 10 août 1792.
« Roter, secrétaire général ; Bidiîiïaiann, officier municipal; L.-Q. Cahier, notable1. »
Les usurpateurs s'inquiètent peu de cette vaine protestation. Pour avoir l'air de procéder avec régularité, ils font faire l'appel nominal des membres présents-; ceux-ci déposent sur le bureau les chiffons de papier sur lesquels sont inscrits leurs prétendus pouvoirs.
La séance ouverte, la commune insurrectionnelle décide que Mandat sera transféré de la prison de l'Hôtel de
1. Cette substitution du nouveau conseil à l'ancien est ainsi formulée à la quatrième page du procès- verbal officiel :
«L'assemblée a invité le conseil général de la commune à se retirer et à laisser à la disposition de l'assemblée la salle du conseil général de la commune- Sur cette invitation, le conseil général a cédé la salle des séances à MM. les commissaires, et l'appel nominal a été fait. »
280 HISTOIRE Dlï LA TERREUR.
Ville dans celle de l'Abbaye pour sa plus grande sûreté. Les sicaires qui sont aux ordres des commissaires des sections comprennent ce que cela veut dire. Ils courent à la prison, où le commandant général est enfermé depuis une demi-heure, l'en arrachent et ^entraînent à travers le grand escalier qui conduit à la place de Grève. Sur les premières marches, on loi brise la tête d'un coup de pistolet tiré à bout portant. De la salle où ils siègent, les commissaires des sections peuvent entendre les gémissements de la victime, les hurlements et les cris de joie des assassins : ils ne daignent pas interrompre le cours de leurs délibérations et continuent à expédier des ordres pour les derniers préparatifs de l'insurrection.
La première préoccupation des chefs de Ja commune insurrectionnelle avait été de faire tuer Mandat; la seconde fut de consigner Pétion dans son hôtel. On lui envoya à cet elïet six cents hommes. Le captif volontaire notifiait aussitôt la nouvelle de sa prétendue détention à toutes les autorités qui étaient restées libres, c'est-à-dire exposées a la responsabilité et aux périls qu'il avait fuis.
Aux « officiers municipaux, qui sont à la commission extraordinaire de l'Assemblée nationale, » il écrit :
« Je me disposais, messieurs et collègues, à me rendre auprès de vous à la commission ; j'étais habillé, les chevaux étaient mis; j'allais descendre, lorsque deux offi-