‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 126 sur 237 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

— « Ainsi, s'écrie la reine, dont l'indignation éclate, ainsi nous sommes seuls, personne ne peut agir...

— « Ouï seuls, madame, réplique gravement le procureur syndic; l'action est inutile, la défense impossible1. «

Un membre du directoire du département, Gerdret, que connaissait personnellement la reine (il était son marchand de dentelles), mais qui, dans le directoire, avait toujours été à la tête de l'opinion la plus avancée, se hasarde à appuyer la proposition de Rœderer. La reine lui impose silence par ces mots : « Laissez parler le procureur général , vous êtes le seul qui ne devez point parler ici; quand on a fait le mal, on ne doit pas avoir l'air de vouloir le réparer2. »

Gerdret se tait et Rœderer reprend : « Sire, le temps presse, ce n'est plus une prière que nous venons vous faire, ce n'est plus un conseil que nous prenons la liberté de vous donner... Nous n'avons qu'un parti à prendre en ce moment, nous vous demandons la permission de vous eu traîner. »

Dejoly joint ses instances à celles de Rœderer. Le roi reste silencieux, et semble absorbé dans ses réflexions; tout à coup il regarde Rœderer pour tâcher de deviner le fond de sa pensée. Accoutumé à se voir trahi, il craint encore de nouvelles trahisons. Mais prenant enfin sa détermination :

— ti Allons, s'écrie-t-il, en élevant la main droite. 1. Récit de Dejoly.

S. Récits de Dejoly et de madame Campan,

donnons, puisqu'il le faut encore, celte dernière marque de dévouement. »

Et il fait un pas en avant. Marie-Antoinette jette un coup d'œil ému sur le roi, un autre sur le prince royal.

Le roi: impassible1, répète :

— « Marchons J >>

La reine est elle-même entraînée.

. — « Monsieur Rcederer, dit Madame Elisabeth en se penchant à l'oreille du procureur-général-syndic, vous répondez de la vie du roi?

— « Oui, madame, sur la mienne. »

Le prince royal et sa sœur pleuraient. Tous les spectateurs avaient les larmes aux yeux.2.

Au moment de sortir de la chambre, la reine se rapproche de Rcederer et des officiers municipaux :

— « Vous répondez de la personne du roi, vous répondez de celle de mon fils?

— « Madame, réplique le procureur-général-syndic, nous répondons de mourir à vos côtés. Voilà tout ce que nous pouvons garantir3. »

Plusieurs gentilshommes qui, pendant la conversation, s'étaient rapprochés, font un mouvement pour entourer Louis XVI et la reine.

— « Sire, s'écrie Rœderer, je demande a Votre Majesté de ne se faire accompagner d'aucune personne de sa cour, de n'avoir d'autre cortège que le département

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