‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 160 sur 237 · Voir p. 141 et Hâ de ce volume · texte numérisé non relu

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LIVRE VHI. 353 qui vient de s'accomplir et à satisfaire ceux qui en ont été les auteurs ou au moins les complices. C'est encore Choudieu qui se charge de la proposition : « Je demande, dît-il, que les fédérés, qui sont accourus de leurs départements pour nous défendre et qui nous ont si bien défendus aujourd'hui, soient payés des frais de leur voyage et reçoivent leur solde à compter du jour de leur arrivée à Paris. »

L'octroi de cette demande ne pouvait souffrir de difficulté;. l'Assemblée se hâte de récompenser les Marseillais de la peine qu'ils se sont donnée à renverser la constitution, et de leur fournir les moyens de rester à Paris, aussi longtemps qu'il plaira à la démagogie de les y retenir pour achever son œuvre de destruction politique et sociale.

Il faut aussi se venger des magistrats qui ont osé remplir leurs devoirs en poursuivant l'enquête sur les événements du 20 juiu, et dont certains représentants ont pu craindre un instant d'avoir à subir les mandats d'amener. L'Assemblée n'hésite pas à casser les juges de paix1 légalement élus par les citoyens de chaque

4. Les plus courageux de cn= magistrats périrent victimes de leur dévouement.

Eiienne Lumière (de la section Henri IV), qui avait Inncé des mandats d'amener contre Merlin, Chabot et Bazire, dans l'affa ire du comité autrichien, fut massacré à Versailles, le 9 septembre, avec les prisonniers delà haute-cour.

Buob etBo.^quillon, le premier du faubourg Poissonnière, le deuxième de l'Observatoire, qui étaient soupçonnés d'avoir des relations avec la cour, furent massacrés à t'A.bbaye, le 2 septembre.

Fayek de la section du Roi-de-Sicile, qui avait reçu des déposiii 23

section et à ordonner qu'il soit immédiatement procédé à leur réélection ou à leur remplacement.

Il faut enfin songer aux frères et amis qui gémissent dans les prisons de l'aristocratie. Le fameux Saint-Huruge, le compagnon de Santerre au 20 juin, était détenu depuis un mois à Péronne pour des calomnies contre LucVner et les autres généraux; un rapport fait d'urgence par le comité de législation ordonne qu'il sera mis sur-le-champ en liberté et que le comité sera chargé d'examiner la conduite du juge de paix qui a osé attenter à la liberté d'un aussi honorable citoyen.

Certains incidents de la séance du 10 août ont été habilement exploités par les écrivains ultra -révolutionnaires, qui en ont pris texte pour vanter outre mesure la générosité et le désintéressement de la populace victorieuse. Nous ne voulons pas les passer sous silence, nous nous garderons bien cependant de leur attribuer

lions importantes relatives au 20 juin, et qui avait fait prendre à cette section le courageux arrêté du 8 août, mourut sur l'échafaud le 19 décembre -1793.

Bertrand de Molleville fait périr, le 40 aoilt, le juge de paix des Tuileries, Menjaud, qui avait également tenu une couduile très-honorable au 20 juin; mais c'estune erreur, car nous avons retrouvé plusieurs écrous au nom de cet honorable magistrat à des dates postérieures. Ces écrous constatent que si Menjaud ne périt pas, il fut longtemps traîné de prison en prison.

LIVHE VIII.

une importance qu'ils n'eurent point en réalité, mais que l'Assemblée, en sa faiblesse , s'efforça elle-même de leur prêter, quand elle ordonna à ses secrétaires de recueillir « les actes de vertu qui avaient signalé la mémorable journée du 10 août » et d'en rédiger un précis à envoyer aux départements.

Àh ! s'il eût fallu recueillir tous les crimes, tous les actes hideux commis dans cette journée, les secrétaires de l'Assemblée n'y auraient pas suffi. Pendant qu'un marchand de vin, nommé Clémence, amène à la barre un Suisse qu'il a sauvé, l'embrasse avec effusion et s'évanouit d'attendrissement ; pendant que des objets précieux sont déposés sur le bureau du président par des citoyens qui en tirent des reçus et font inscrire leurs noms au procès- verbal, que de scènes de meurtre, que de déprédations nous aurions à raconter si nous voulions entrer dans tous les détails- révélés par les pièces officielles !

Peu de temps après que Clémence a fini son pathétique discours, on entend de nouveau retentir des cris de vengeance contre les Suisses, « ces assassins du peuple. » Le député Boirot annonce qu'un détachement populaire vient de partir avec des canons pour Courbevoie, où les quelques gardes restés dans leurs casernes courent les plus grands périls. On annonce, il est vrai, que le roi a envoyé défendre aux Suisses de se servir de leurs armes; mais le porteur de l'ordre royal vient d'être arrêté aux Champs-Elysées au moment où il se dirigeait sur Courbevoie, et il est amené à l'Assemblée parce que l'écrit, signé de Louis XVI, n'est

3S(i HISTOIRE DE LA TERREUR,

ni contresigné d'un ministre, ni daté. L'Assemblée autorise son président à donner des ordres pour que le porteur de la lettre soit mis à même de continuer sa route.

Tandis que Ton cherche un ministre pour contresigner l'ordre du roi, un garde national s'écrie à la barre : « Je suis de poste ici; j'entends tirer des coups de fusil; je réclame votre humanité. — Il s'agit de sauver des hommes, ajoute Chéron, nommons des commissaires pour aller parler au peuple. — Les commissaires des sections avaient ordonné d'amener à la maison commune les prisonniers déposés aux Feuillants. Un premier détachement de soixante à quatre-vingts soldats désarmés est dirigé vers la place de Grève; en route, les malheureux sont massacrés sans pitié. Pendant ce temps, d'autres Suisses prisonniers sont conduits au comité de la section du Roule. Le local se trouve bientôt trop petit pour les contenir. Le commandant de bataillon, Houdan, essaye de les faire transférer dans la caserne de la rue Verte et de là à l'Hôtel de Ville, mais la populace s'attroupe, les arrache à leur escorte et les égorge1.

i. Ce dernier fait est constaté par le procès-verbal suivant :

MUNICIPALITÉ DE PARIS

Rapport fait par le som-cammand 'uni de la section du Roule.

t Du 10 août 1T92.

« Il vous expose, Messieurs, que les prisonniers suisses, faits par différentes sections , ont été en partie amenés aux comités de ladite section, poste central du bataillon. Comme le local éiait trop petit pour y recevoir tous les Suisses, ledit commandant monta aux comités;

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Après les meurtres en masse, raconterons-nous les meurtres individuels? Qu'il nous suffise de dire un mot des deux plus importants.

Le commandant Carie, longtemps chef de bataillon de la garde nationale (section Henri IV) et passé avec le même grade dans la gendarmerie de Paris, était un des officiers qui avaient montré le plus de détermination au 20 juin. Pendant presque toute la journée du 10 août, il était resté à la porte de la loge du Logogvapke, veillant sur les jours de la famille royale; tout à coup il est appelé au dehors de la salle, entraîné vers la place Vendôme et massacré1.

M. de Germont-Tonnerre, l'un des membres les plus distingués de l'Assemblée constituante, pendant qu'il passe tranquillement dans la rue, est désigné à la fureur de la populace, les uns disent par un de ses serviteurs, les autres par un boucher du marché de la rue de Sèvres- ïl n'y avait aucun grief à arguer contre lui ; depuis

fit ses représentations, et donna idée aux commissaires de ladite seclion de transférer les Suisses à la caserne de la rue Verte ; ce qui fut accepté. La confusion de citoyens qui accompagnaient les Suisses, ne voulut pas qu'ils y restassent; ils me forcèrent de les leur livrer, pour être amenés a la maison commune, ce qui fut exéculé; il fut aussi amené un soi-disant commandant suisse qui fut arraché de nos mains et qui fut massacré à l'instant, malgré toutes les représentations et opposition et résistance que ledit commandant leur a fait, ainsi que M. Carré, officier des chasseurs volontaires de Popincourt; et avons signé et requérons copie duditrapport pour leur servir et valoir. « HounAN, commandant en second; Carré, sous-liou tenant. »

t. La malheuruese reine apprit la nouvelle de celte mort affreuse une demi-heure après que ce fidèle serviteur l'eut quittée.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

3aS HISTOIRE ÙE LA TElïltJiUR. .

deux ans il était en dehors des affaires publiques; mais on crie à l'aristocrate, à l'ami du roi. Il est saisi, traîné dans la boue. En vain demande-t-il à être conduit à la section delà Croix-Rouge; on ne l'écoute pas, on l'accable d'outrages, on l'égorgé, on le met en pièces1.

Les procès-verbaux et les comptes rendus nous montrent, pendant toute la journée du 10 août, des citoyens venant à la barre de l'Assemblée apporter des bijoux, de l'argent et des effets précieux trouvés aux Tuileries. A chaque instant, les délibérations sont interrompues par les remerciements que le président leur adresse au nom de la nation. Mais si on lit avec attention les discours mêmes de ces braves gens, on voit clairement que pendant qu'ils font acte de probité, d'autres font acte de déprédation2. L'un des déposants dit : « Il se commet de grands

4. Voici tout ce que le procès-verbal de la commune contient sur ce meurtre abominable :

« On annonce que M. de Clermont-Tonnerre vient de périr malgré les efforts de la section de la Croix-Rouge pour le sauver. »

2, Ce qui le prouve mieux encore que les paroles des déposants, c'est le rapport que fit a la Convention, dans les derniers mois do 1792, Maignet, depuis si célèbre par son proconsulat dans le Midi. Il y est proposé d'accorderune indemnité de 11 8,965 livres aux serviteurs du Château, victimes des vols et des pillages commis dans les appartements et chambres qu'ils occupaient aux Tuileries. Ce rapport renferme des passages trop caractéristiques pour que nous n'eu donnions pas quelques extraits à la fin de ce volume.

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