‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 223 sur 237 · KHI · texte numérisé non relu

KHI

municipaux restés au Château. Nous signâmes deux espèces de passeports conçus à peu près en ces termes : « Laissez passer le garde national chargé de cet ordre pour se rendre du château des Tuileries à la maison commune et de la maison commune aux Tuileries. »

« Ensuite nous descendîmes au jardin. Des gardes nationaux se plaignirent que M. le maire les eût inculpés auprès de l'Assemblée nationale. Nous les apaisâmes. Je fis un tour dans les cours, et, sachant que M. le maire était retourné à pied, je renvoyai sa voiture et ses ordonnances en leur recommandant de ne point marcher ensemble, dans la crainte que le peuple, en voyant vide la voiture d'un magistrat qu'il chérissait, n'imaginât qu'il lui était arrivé quelque accident et ne se portât à quelque excès; je remontai dans la salle du conseil. M. Mandat avait été demandé au conseil général; M.Hcederer,.qui était alors dans la salle du conseil, M.Borieet moi fûmes d'avis qu'il devait obéir aux ordres du conseil général. 11 laissa le commandement à M. de La Chesnaye et il partit en nous promettant de nous envoyer des nouvelles. Je m'assoupis ensuite, le coude appuyé sur la table du conseil, et je fùs réveillé par l'arrivée du roi. il était environ cinq heures. M. Rœderer, ainsi qu'il nous l'avait promis, avait fait avertir les membres du directoire, qui vinrent au Château. J'appris que les ministres se proposaient d'aller à l'Assemblée nationale. Après leur retour, les membres du directoire, M. Borie, les ministres et moi nous étions dans une pièce à côté delà chambre à coucher du roi, lorsqu'on entendit faire un grand mouvement dans les cours et crier : aux avmes ! De l'avis de plusieurs personnes présentes, je sortis pour m'informerdu véritable sujet de ces cris. Je descendis dans la cour royale. Ayant percé la haie de garde nationale rangée le long du Château, je vis que c'était le roi passant devant les troupes qui garnissaient les cours. Entraîné par la foule qui l'environnait, je parcourus avec lui la grande cour; il reçut en ma présence des témoignages d'intérêt*. Lorsqu'il quitta cette cour pour aller

i. « Voici à peu près eo quels termes : Vive le roi! Vive Ij>uîs XVI ! Vive le roi de la Constitution ! c'est lui qui est noire roi ; nous n'en voulons pas d'autre et nous le voulons ! A bas les factieuse ! A bas les Jacobins ! Nous

NOTES

dans celle des princes, je retournai à la pièce où se tenait le directoire, auquel je rendis compte de ce dont j'avais été témoin.

« Des cours du Château le roi avait passé dans le jardin et se trouvait alors au bas de la terrasse du côté de la rivière. Les Tuileries contenaient plusieurs bataillons, parmi lesquels étaient, un grand nombre de citoyens armés de piques. Les cris qui se faisaient entendre annonçaient que le roi n'était pas vu avec plaisir de ce côté1. Quelques-unes des personnes présentes craignirent qu'il ne fût insulté et engagèrent soit un des membres du directoire, soit un des officiers municipaux, à l'accompagner; j'en fus particulièrement prié comme ayant déjà" été dans h cour lorsqu'on avait crié : am armes ! J'y consentis; je joignis le roi au pont tournant et je rentrai avec lui au Château.

<( M. Borie et moi n'aurions voulu rien faire sans avoir reçu les ordres du conseil général, niais M. Mandat était allé à la mort, et les gardes nationaux auxquels nous avions donné des passeports ne revenaient point. Au lieu décela, une personne qui se dit commissaire de la section des Tuileries me fit appeler. Ce commissaire me présenta un de ces passeports et me pria de le reconnaître ainsi que H. Jïorie. Je lui demandai comment cette pièce était entre ses mains. Il me répondit que sa mission ne portait pas de satisfaire à mes questions; mais que, si nous voulions empêcher qu'on inquiétât celui qui était porteur de notre ordre, nous devions reconnaître

le tléfeii'h-ona -jusqu'à la mort ; qu'il se mette à notre téte! Vive (a nation, la loi, ta constitution et le roi, tout cela ne fait qu'un I Ces cris et d'autres semblables furent répétés dans toute ta cour par chaque peloton de troupes. J'observerai même qu'ils ne partaient que des gardes nationaux. Les Suisses ne dirent pas un mot; tes canonniers, rien non plus, a (Note de J.-J. Leroux.)

1. Peu. de cris de : vive le roi ! beaucoup de : vive la nation ! vivent les sans-culottes ' à. bas le roi ' à bas le ub(o .' à bas le Qros cocAo».' etc. Mais je puis attester que toutes ces injures ne furent répétées depuis le pont tournant jusqu'au parterre que par une douzaine d'hommes, parmi lesquels étaient cinq ou six canonniers qui suivaient le roi, absolument comme les mouches poursuivent l'animal qu'elles se sont acharnées a tourmenter. (N'ote de J.-J. Lcrous.)

nos signatures. II me demanda à son tour si je connaissais le garde national qui avait été arrêté ; je lui assurai que non. Je mis mon attestation au bas du passeport; je la signai seul, parce qu'on ne put rejoindre M. Borie dans ce moment; nous avions appris par voie indirecte que M. Mandat avait été arrêté, que le poste du Pont-Neuf était forcé, que l'attroupement, qui était considérable, prenait le chemin du Château, qu'il était composé en partie de gardes nationaux, qu'il avait un grand nombre de pièces de canon ; enfin, nous voyons d'une part la place du Carrousel remplie par cet attroupement, de l'autre le jardin ouvert par la porte de l'orangerie; dans les cours et dans les appartements, peu de' gardes nationaux joints aux Suisses, et en tout cinq ou six pièces de canon . Nous pensâmes" bien que rien ne pourrait empêcher le rassemblement de s'emparer du Château ; il nous semblait, sans être militaires, que vingt mille hommes et cinquante pièces de canon n'auraient pas suffi pour empêcher le sang de couler en déployant tout a coup une force capable d'en imposer. Ainsi, la raison, d'accord avec notre cœur, nous disait de ne point nous opposer à ce que le Château fût forcé; maïs la Joi, plus impérieuse sur le magistrat, nous prescrivait un devoir rigoureux. Nous la consultâmes. Notre conduite y était tracée.

« Cependant nous ne voulûmes rien entreprendre sans en conférer avec le directoire du département, dont les membres se trouvaient au Château ; nous le priâmes de se rassembler. L'avis unanime fut qu'il fallait défendre d'attaquer, mais donner l'ordre aux troupes de garder leur poste et, si elles étaient attaquées, de repousser la force par la force.

« C'était aux officiers municipaux à donner cet ordre aux troupes. M. le procureur-général-syndic nous l'observa luimême et nous descendîmes dans une espèce de corps de garde, donnant d'un côté sur la cour Royale ou celle de Marsan , et de l'autre sous la galerie du côté de la terrasse. Tandis que le directoire se transporta à l'Assemblée nationale, nous relûmes encore une fois, M. Borie et moi, la loi relative à la force publique contre les attroupements, donnée à Paris le 3 août 170J. Nous notâmes tous les articles qui avaient rapport à la circonstance dans laquelle nous nous trouvions. Nous étions persuadés que des

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NOTES

magistrats ne peuvent s'égarer lorsque l'amour de la loi est gravé dans leur cœur, lorsqu'ils ont le texte de la loi à la main et qu'ils exécutent strictement et littéralement ce que la loi leur ordonne. Notre devoir, pour le moment où nous nous trouvions, et la manièrede le remplir étaient tracés dans les articles xm, xx, xxi et xx»; pour la suite, dans les articles xxvi, xxvu et xsvm; car nous ne devions avoir aucun égard aux articles xxxii, xxxni et xxxvi, puisque le directoire du département était présent, puisque nous n'agissions que sous ses yeux, que d'après son avis et qu'il eût toujours été en état de nous arrêter si nous eussions suivi une marche illégale.

« En conséquence de notre soumission à la loi , nous Ornes ' venir dans le corps de garde M. de La Chesnaye, chef de légion, auquel M. Mandat avait remis le commandement général de la garde nationale, et nous lui .donnâmes l'ordre conçu à peu près dans ces termes, d'après l'art, xxir :

« Nous, officiers municipaux , requérons, en vertu de la loi « contre les attroupements, donnée à Paris le 3 août 1791, « M. de La Chesnaye, chef de légion, commandant général de « lagarde nationale, de prêter le secours de troupes de ligneou de « la gendarmerie nationale ou de la garde nationale, nécessaire « pour repousser l'attroupé ment qui menace le Château, et de « repousser la force par la force ; et avons signé : J.-J. Leroux, « Philibert Jïûiîic. »

« Conformément à l'art, xxi, nous nous sommes transportés, avec M. de La Chesnaye, dans la cour de Marsan, ensuite dans la cour Royale, pour faire la lecture de cet ordre à la troupe assemblée, dont chaque peloton était composé de gardes nationaux et de Suisses. Notre intention était d'aller successivement dans la cour des Princes, sous le vestibule, enfin sur les terrasses du jardin, où se trouvaient des troupes. Pendant que je commençais la proclamation dans la cour Royale, on vint nous avertir que les citoyens rassemblés dans le Carrousel demandaient à faire une pétition. M. Borie s'y transporta et je continuai la lecture. J'étais à la fin de la portion du demi-cercle rangé du côté de la cour de Marsan, lorsque le directoire et M. le procureur-généralsyndic revinrent de l'Assemblée nationale. Ils furent témoins de

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deux de mes lectures. Je venais d'en faire une aux canonnière qui occupaient le milieu de la cour et que nous avions en de la peine à réunir, lorsque, pour réponse et malgré les observations de M. Rœderer, ils déchargèrent leurs canons en notre présence.

« M. Borie, qui était de retour, nous confirma le dessein où étaient les citoyens remplissant le Carrousel de faire une pétition. Nous cessâmes la proclamation, la grande porte fut entrouverte; sept ou huit citoyens entrèrent sans armes et dirent qu'ils voulaient demander à l'Assemblée nationale de prononcer la déchéance du roi. M. Rœderer leur représenta qu'ils devaient aller à l'Assemblée nationale et que le Château n'était pas le chemin qu'ils devaient prendre. M. Borie sortit une seconde fois sur la place du Carrousel pour parler au peuple assemblé. Pendant ce temps, j'allai à une petite fenêtre grillée qui se trouvait dans le corps de garde à gauche en entrant dans la cour Royale; plusieurs fédérés et citoyens armés de piques ou autres armes demandaient qu'on leur ouvrît les portes , qu'on leur remît entre les mains le roi et sa famille, protestant d'ailleurs qu'ils n'avaient point de mauvaises intentions. Je voulus leur parler au nom de la loi, je ne fis que les irriter; ils en vinrent à des propos insultants, a des menaces, à des gestes même qui me firent apercevoir que de faibles barreaux espacés ne me garantiraient pas de leurs atteintes1. Je rentrai dans la cour. Je dis au directoire que je ne voyais d'autre parti pour sauver le roi et la famille royale que de les conduire à l'Assemblée nationale, que c'était en même temps le seul moyen d'éviter l'effusion du sang. Cet avis fut généralement goûté. J'ajoutai que pendant qu'il allait s'en occuper, j'en ferais la proposition aux ministres. Je remis à M. Borie, rentré pour la seconde fois, l'ordre que nous avions signé et je lui répétai ce que j'avais proposé aux administrateurs du département.

« Tout le détachement qui garnissait Je côté de la cour des Princes était en désordre. Plusieurs citoyens criaient qu'ils n'étaient pas en assez grand nombre pour résister. J'en convins

1. « Les longues piqaea s'avançaient à travers les barreaux et bientôt elles eussent atteint l'échappe et celui qui la portait. » (Note de J.-J. Leroux.)

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avec eux ; je- me permis de dire tout haut que ce serait une folie que de vouloir s'opposer à un rassemblement aussi considérable et aussi bien armé, et que ce serait un bien grand malheur quede le tenter. Je me plaignis de la malheureuse obligation où ma soumission à la loi m'avait forcé en proclamant un ordre dont je prévoyais tout le danger. Un citoyen me dit :

(i Monsieur le municipal, vous convenez du danger, mais vous u ne vous en embarrassez guère ; vous ne serez pas avec nous, h vous allez vous retirer en sûreté. »

« Non, Messieurs, non, mes frères, répondis-je, si l'on en vient « aux dernières extrémités, et que pour le soutien de la loi vous h vous formiez en colonnes, je marcherai à la tête d'une de tes « colonnes. Si vous reslez en demi-cercle, je me placerai au « centre. Mon poste sera partout où le péril sera plus certain; « mais, je vous le répète, il me paraît insensé de penser àse défi fendre. Je ne vous dem'ande que de tenir seulement quelque « temps. J'espère que nous déterminerons le roi à se retirer à « l'Assemblée nationale. Aussitôt qu'il y sera, la résistance de- « viendra inutile, autant que dans tous les cas elle serait dange- « reuse et meurtrière. »

« En effet, je retournai dans les appartements. Je cherchai les ministres. Ils étaient dans la chambre du roi. J'y entrai, après avoir dit à quelques officiers généraux, que je trouvai dans la salle du conseil, de rassembler sur la terrasse et dans le vestibule de quoi composer une escorte sûre pour le roi, qui probablement allait se rendre à l'Assemblée nationale. Le roi était assis entre l'alcôve, où était placé son lit, et une commode qui avoisinait la porte d'entrée. Autour de lui étaient la reine, le prince royal, Madame, fille du roi, madame Elisabeth, madame de Lamballe, madame de Tourzel et les ministres. Plusieurs autres personnes entrèrent en même temps que moi. Je fis au roi le récit de ce que j'avais fait, observé et entendu, et je terminai par lui conseiller de se retirer avec sa famille au sein de l'Assemblée nationale. Je lui assurai que c'était le seul parti qu'il eût à prendre et qu'il n'avait pas même le temps de délibérer; que peut-être avant une demi-heure le Château serait attaqué à coups de canon ; que cette attaque nécessiterait la résistance, il 30

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que les assistants n'en seraient que plus animés et que dans le désordre qui en serait nécessairement la suite, personne ne pourrait répondre des jours du roi et de la famille royale, qui à la vérité n'étaient point menacés particulièrement, mais qu'un accident imprévu pouvait mettre en danger; enfin, que si j'en étais cru, il fallait partir sur-le-champ. — « Vous le croyez, me u dit le roi ? — Oui, sire, et Votre Majesté n'a pas d'autre parti a à prendre ; lui dire le contraire serait la trahir. — A l'Assemu blée nationale, me dit la reine, pensez-vous, Monsieur, qu'il « n'y ait point d'inconvénient? — Non, Madame, c'est la seule « chose que dans ce moment le peuple respecte. Pour moi, « ajoutai-je, je suis père : l'unique faveur que je vous demande, « c'est de me confier la conduite du prince royal. » — Elle me le promit. Ensuite elle saisit la main du roi qu'elle approcha de ses yeux et qu'elle mouilla de larmes auxquelles le roi répondit. Le prince royal, Madame, sa sœur, pleurèrent, et je crois qu'il n'y eut pas un seul des spectateurs qui ne fût obligé de s'essuyer les yeux. Je venais de proposer au roi de prendre l'avis de ses ministres, lorsque les administrateurs du département entrèrent. M. Rœderer pressa le roi dans les mêmes termes que moi. 11 y mit plus d'onction. Le roi se détermina1. M. Rœderer voulut aussi, comme moi.se charger du prince royal; je le porterai sur mon sein, dit-il. Je rappelai à la reine la promesse qu'elle venait de me faire, mais, à l'instant oit je prenais la main du prince, une personne que je n'avais point remarquée et qui, je le présume, était l'instituteur, s'en empara. Nous nous mîmes en marche. 11 était environ huit heures et demie. En sortant,

1. « M. Rœderer était autorise" à penser que seul il avait déterminé le roi à se retirer îl l'Assemblée nationale, puisqu'il n'avait pas été témoin de ce que j'avais fait avant qu'il fût entré. Je me plais à rendre, vis-à-vis de vous, VI. li; mitis'ii, liimimaj:; à M. Tîœderc;-, il s'est, diins la. matinée du lO. montré digne de sa place. Je vous confierai même que j'ai une sorte d'orgueil quand je vois combien sa conduite a été semblable à la mienne et à celle de M. Borie; j'ai de même une grande consolation quand je réfléchis qu'il n'a point été à l'abri du soupçon et de la calomnie de la part de ces gens qui ne pardonnent point h, un magistrat d'avoir fait son devoir, même au moment du brisement de la loi. Peut-être, pour prix de son courage, est-il, comme moi, proscrit et obligé de se cacher!... » (Note de J.-J. Leroux.)

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NOTES

j'offris le bras à la reine, en lui observant que je ne connaissais pas les usages de la cour, mais que, revêtu de mon écharpe, il serait peut-être avantageux pour elle que je fusse son écuyer. La reine accepta ma main seulement pour traverser la salle du conseil ; ensuite elle la quitta pour prendre soin de ses enfants, qu'elle n'abandonna pas jusqu'à l'Assemblée. En traversant les appartements, l'escalier et le vestibule, je disais aux troupes : « Le « roi quitte le Château, il sera en sûretéà l'Assemblée nationale. « Toute résistance ici serait inutile. » C'était bien excès de précaution de ma part, puisque M. de La Cbesnaye, possesseur du seul ordre que j'eusse signé, était avec nous et qu'il commandait l'escorte du roi.

« Au bout du parterre et près d'entrer dans l'allée des Tilleuls qui longe la terrasse des Feuillants , M. Rœderer observa que la garde du roi ne pouvait l'accompagner jusque sur le terrain que l'Assemblée nationale avait déclaré faire partie de son enceinte. Le roi sentit la justesse de cette observation, et, de l'avis du directoire, M. Borie et moi nous allâmes à l'Assemblée pour la prier de donner des ordres en conséquence. Nous rencontrâmes près de la terrasse une députation qui allait au-devant du roi et à laquelle nous apprîmes qu'il se rendait à l'Assemblée. Introduits à la barre, M. Borie porta la parole; sa pétition fut changée en motion et l'Assemblée rendit sur-lechamp un décret, dont on nous délivra l'expédition sur-le-champ et que j'ai laissée entre les mains de M. Borie, mais dont voici la teneur :

u Du 10 août, séance du matin, Tan ivde la liberté. « Sur la motion d'un membre, l'Assemblée nationale décrète « que les inspecteurs de la salle demeurent autorisés à redou- « bler de soin et à prendre toutes les mesures nécessaires pour « exercer la police dans les limites intérieures et extérieures de « la salle, et attendu que les corps administratifs et municipaux « sont chargés de la police hors des limites de la salle, l'Assem- « blée passe à Tordre du jour.

« Signé : Vercniaud, président, Tronchon et Blanchard, secrétaires. »

« Nous retournâmes au-devant du roi qui avait été joint par

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la députation ; nous rentrâmes avec lui et nous allâmes avec les membres du département nous placer à la barre. M. le procureur-général-syndic fit à l'Assemblée le récit de ce qui s'était passé au Château, où il convint avoir passé une partie de la nuit. Jl parla de l'ordre donné aux troupes de garder leur poste. Il en parla comme ayant lui-même requis cet ordre, et il eut l'attention de ne citer les officiers municipaux, qu'il nomma et qu'il montra présents à la séance, que comme l'ayant accompagné et. secondé dans les fonctions de sa magistrature.

« le fus, pour ma part, très-sensible au courage et à la délicatesse de M. Rcederer. Car c'était du vrai courage que de risquer d'attirer sur lui seul l'animad version du peuple exalté, en affirmant qu'il avait fait seul ce que la loi prescrivait aux magistrats; et c'était de la délicatesse de ne point rejeter sur les officiers municipaux l'odieux d'un ordre qu'ils n'avaient donné que d'après l'avis des membres du département. Les honneurs de la séance nous furent accordés. Nous nous plaçâmes, M. Borie et ■moi, à côté des membres du directoire dans l'angle delà salle à gauche de la tribune. Nous étions dans la salle pendant que le carnage environnait le Château.

o Des Suisses s'étaient réfugiés dans les salles qui avoisinent celle des séances. L'Assemblée décréta qu'ils seraient reconduits à leurs casernes par les deux officiers municipaux présents. M. Borie et moi nous prîmes l'expédition du décret, et, malgré le danger que comportait une telle commission, nous nous mîmes en devoir de la remplir. Pendant que les Suisses se rassemblaient, nous allâmes à la porte des Feuillants pour haranguer le peuple et lever toute opposition à la sortie des Suisses. La foule considérable qui environnait la porte était très-animée et menaçait de se porter aux plus grandes violences contre ies soldats. Nous assurâmes les citoyens que l'on avait dit à l'Assemblée nationale que ceux que nous étions chargés de reconduire, au lieu de faire feu sur le peuple, avaient tiré leurs fusils en l'air et avaientrendu les armes. Nous fîmes la lecture du décret, et nous demandâmes obéissance à la loi. Les citoyens qui nous entouraient, touchés de nos raisons, nous promirent de ne point user de voies de fait envers les Suisses, mais exigèrent qu'ils fussent désarmés. Nous leur protestâmes qu'ils n'avaient

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NOTES

plus d'armes et plusieurs personnes l'attestèrent avec nous, et en donnèrent pour preuve les propres fusils de ces Suisses qui leur avaient été livrés. Alors nous reçûmes la parole qu'il ne serait fait aucun mal aux soldats, mis sous la sauvegarde de la loi, et qu'on allait au contraire leur composer une escorte des citoyens armés qui se trouvaient dans la cour et au-devant de la porte.

Nous étions près de rentrer par le cloître des Feuillants, lorsqu'un garde national me prit par le collet, il m'appliqua sur le côté la baïonnette de son fusil qu'il tenait par le milieu du canon et me dit: — «F ! vous êtes un des officiers municipaux

« qui ont passé la nuit au Château? — Oui, lui répondis-je froi- « dément, mais je vais vous apprendre comment cela s'est /ait. « Le conseil général de la commune m'avait chargé avec trois « de mes collègues de rendre compte à l'Assemblée nationale de « l'état de la ville et de m'informer des nouvelles de M. le maire « qui était au Château. Je me suis acquitté de la commission qui « m'était donnée, et M. le maire, mandé à la barre, s'y étant « rendu avec les ofliciers municipaux qui l'accompagnaient, « nous restâmes seuls, monsieur et moi, pour veiller au Châ- ■« tenu. »

<(.Le garde national me Quitta, d'autres citoyens avaient entouré M. Borie, déjà l'on menaçait de nous livrer au peuple excité contre nous. Nous étions l'un et l'autre couchés en joue presque a bout portant, lorsqu'un citoyen nous dit: — « Tenez, « f..., il en est temps, f... le camp et bien vile, car... » — Nous rentrâmes dans la salle de l'Assemblée. Étant à la barre, M. Borie fut reconnu, insulté et menacé par un pétitionnaire qui tenait un drapeau sur lequel était écrit : liberté, égalité. Nous traversâmes la salle et nous remîmes à M. le président le décret que nous n'avions pu mettre à exécution. Nous ôiâmesnos écharpes, nous nous plaçâmes à la gauche de M. leprésident.en face de la barre, où nous restâmes jusqu'au soir. Vers neuf heures, nous, sortîmes par la cour des Capucines.

« i.-i. Leroux. »

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