Journal des Débats et Décrets, u° 30S, p. ?9S
(i Un peuple nombreux s'assemble en armes pour célébrer une fête civique; il paraît dans le sein du Corps législatif; il y déploie toute 3a majesté d'un peuple libre. Après avoir offert ses hommages à ses représentants élus, il se rend tranquillement et avec la même dignité chez son représentant héréditaire. Jamais peuple n'avait montré aux yeux d'un monarque tant de force, de dignité, de modération et de respect tout ensemble pour sa personne et pour la loi. Jamais un roi ne fut plus dignement entouré; les haillons de la vertu avaient pris la place de la dorure de tous les vices. Ce peuple ne jeta sur le luxe royal que des regards de mépris; dans ses yeux se mariaient le reproche et l'amour, le mécontentement et la retenue ; sur ses lèvres était la vérité sans injure, et dans ses bras fut la force, la grande force sans attentat... Jamais roi n'eut une cour plus digne d'un père du peuple, et jamais lui-même n'eut une popularité plus touchante et plus calme ; s'il eut un moment de défiance, bientôt elle fit place à la sécurité et se termina par l'admiration *. »
Tomé termine son discours en s'élevant « contre les suggestions pestiférées de la cour, les horreurs clandestines d'une procédure infernale, les machinations des Feuillants et de tous les animaux nourris à la ménagerie de la liste civile-, »
^. Voir le Journal des Débats et Décrets., p. 302, n° 299, et le discours que Tomé fit imprimer à l'Imprimerie nationale. Ce discours n'occupe pas moins de vingt-sis pages in-8", toutes sur le même ton.
9. L'évéque constitutionnel du Cher, qui était loin, on le voit, de professer la mansuétude évangelique, semble faire ici allusion h un
LIVRE V, 89 Sans daigner répondre à la harangue du prélat montagnard, les amis du générai La Fayette demandent à aller aux voix. Mais la gauche veut prendre le temps de donner un corps à la dénonciation annoncée par Lasource- Ea effet, si cette dénonciation était admise, La Fayette ne serait plus un général coupable seulement d'une démarche imprudente, mais un conspira leur 'pris en flagrant délit de machination contre la sûreté de l'État, dénoncé par un frère d'armes qui n'aurait pas voulu s'associer à ses projets liberticides.
Les tribunes étaient remplies de soi-disant fédérés. Depuis le commencement de la séance l'orage grondait, mais, après le discours de Tomé, il éclate. Le président
abominable pamphlet probablement du à la plume d'un de ses amis, puisqu'il se servit en pleine Assemblée des mêmes expressions que I3 ignoble folliculaire. Nous avons retrouvé deux éditions de cet écrit. Nous en citons ici tout ce qui peut en être honnètement.extrait, pour faire deviner le reste:
Description de la mditayvrie roy<d<i d'uidinaux vivants, établie aux Tuileries, près de la terrasse nationale, avec leurs noms, qualités^ couleurs et propriétés-
« Il y a quelque temps qu'il existe dans le château de Henri IV une ménagerie véritablement curieuse, tant par la rareté des animaux qui la composent que par la dépense excessive que son entretien coûte à la nation.
« Le public a examiné les bêtes féroces qui étaient dans leurs cages respectives dans le parc de Versailles. 11 peut voir plus commodément, et sans se déranger beaucoup, une quantité de quadrupèdes rassemblés au Louvre. Nous allons citer les plus remarquables de ces bêtes féroces, indiquer" leurs habitudes et leurs inclinations, leur manière de so nourrir et leurs propriétés. »
Suit la description du royal Veto, du royal Veto femelle, du Delphinus, de la Madame Royale. d'Elisabeth Veto, etc., etc.
HrSTOMïE DE LA TP, RREUR.
est obligé de se couvrir, les perturbateurs n'en continuent pas moins leur effroyable désordre. Le président menace de faire sortir par la force les habitués des tribunes et leurs amis des départements ; mais d'euxmêmes ils se précipitent hors de la salle en vociférant. Dans l'Assemblée, l'émotion est à son comble; on s'attend à une invasion de la populace. Un grand nombre de députés s'écrient : « Nous saurons mourir à notre poste! Nous ne pouvons plus délibérer ici, la liberté des opinions est violée ; il n'y a plus d'Assemblée nationale! » Mais le président, Aubert-Dubayet , apaise le tumulte en rappelant a l'ordre les membres qui viennent d'exprimer des craintes. « L'Assemblée nationale, dit- il avec calme, ne peut cesser d'exister un moment; elle saura aller -siéger partout ailleurs dans le royaume. — Oui, s'écrie Caivet, nous saurons braver les Autrichiens et les Prussiens; allons, s'il le faut, à Maubeuge; mais nous ne pouvons rester plus longtemps dans un lieu oii l'on ne respecte plus ni la loi ni ses organes1. »
Enfin, le président peut se découvrir; la séance se rouvre et l'on demande la clôture de la discussion.
Mais Guadet s'empare de la tribune et vient déposer sur le bureau une dénonciation en règle contre La Fayette.
'i Quelques membres de l'Assemblée nationale ayauleu l'occasion de voir M. le maréchal Luckner, îe 17 juillet ait soir, chez M . l'évêque de Paris, et lui ayant demandé s'il était vrai qu'on lui eût proposé, de la partde M. La Fayette, de marcher sur Paris avec son armée après l'événement