LIVRE V
L'émeute1 , qui avait été renforcée par la brusque sortie des fédérés, avait pris son origine dans les rassemblements qu'occasionnait aux abords des Tuileries la fermeture du jardïû , fermeture qui avait eu lieu le lendemain du 20 juin et qui avait été maintenue depuis cette époque. Cette mesure avait été prise pour soustraire le roi et la reine aux insultes les plus grossières. Des fédérés avaient chanté à tue-tête, en voyant la reine se promener dans le jardin , des couplets tels que ceux-ci :
Sfadame Veto avait promis De faire égorger tout Paris...
Les gardiens ayant voulu imposer silence aux chanteurs, il s'en était suivi une rixe dans laquelle une des personnes qui accompagnaient la reine avait dû, pour
1. Prudhomme, dans, ses Révolutions de Paris, raconte ainsi .les scènes tumultueuses qui se passaient au dehors pendant les débats que nous venons de retracer:
u Des hommes parcourent les rues voisines de la rue Saint -Honoré en criant: « Aux armes ! on met la main sur les députés patriotes at sur a les braves fédérés, on les égorge dans le jardin des Tuileries ; il faut « en briser les portes I » Une vingtaine d'hommes apportent une poutre, la lancent contre la grille du Manège; la foule envahit le jardin des Tuileries. Mais en ce moment arrive Pélion.
« Mes frères, mes amis, s'écrie-t-il, je viens vous dire de. ne pas « vous laisser aller à ces mouvements partiels qu'on excite au milieu « de vous pour vous porter à des excès et perdre vos magistrats. »
« A la vois du populaire Pétion, le jardin des Tuileries est évacué,'
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
éloigner les insolents, les frapper à coups de plat de sabre. Les fédérés étaient aussitôt allés à l'Assemblée nationale dénoncer cet attentat à la majesté du peuple français, et ils avaient obtenu les honneurs de la séance *.
Fiers d'un si bel exploit, ils revinrent les jours suivants errer autour du jardin des Tuileries. La populace les y suivit, poussée par les Jacobins; ils avaient répandu le bruit que la grille était fermée parce que le château se remplissait d'armes et de-conspirateurs. Après l'émeute du 21 juillet, ce même bruit fut répété avec plus d'insistance; on ajoutait, à l'adresse des députés timorés, que, maîtresse de la terrasse des Feuillants, la cour disposait des abords de l'Assemblée nationale et pouvait un jour ou l'autre faire envahir la salle de ses séances par les séides du despotisme. Fauchet, profitant de ces nouvelles rumeurs, demanda qu'il fût décrété d'urgence que l'allée des Feuillants serait désormais comprise, pour le service de la police, dans l'enceinte extérieure de l'Assemblée nationale , depuis la gorte de la cour du manège jusqu'à celle de l'Orangerie. La droite voulut s'opposer à cet empiétement, obtenir au moins que le temps d'élever un mur de clôture entre la terrasse et le jardin fût laissé au
■et, de toute cette émeute , il ne reste plus qu'une foule fort agitée, réunie autour de l'Assemblée et attendant la sortie de ses membres pour leur distribuer avec équité l'éloge et le blâme» ; — c'est-à-dire pour les applaudir avec frénésie ou les insulter avec lâcheté. De tels désordres auraient-iis dû être tolérés un instant? Ne présageaient-ils pas assez ce qui allait suivre?
■I Souvenirs fie Mathieu. Damas,, t. Il, p. 373. Journal des Débals 'et Décrets, n° 294, p. 2ï"-2?8.