LIVRE V
néraux qui, dans ce moment même, défendaient notre territoire. Pendant ce temps, les vrais fédérés se dirigeaient de tous les points du royaume vers les armées actives ou. les camps de réserve. Quelques-uns avaient été obligés de traverser ia capitale, ou s'y étaient laissé conduire, quoique Paris ne fût point sur leur roule la plus directe. Mais, à peine arrivés, ils avaient pu s'apercevoir des manœuvres perfides dont on cherchait à les entourer. Ils avaient apprécié les compagnons parmi lesquels ils s'étaient fourvoyés; ils s'étaient hâtés de fuir les luttes fratricides, et de quitter les clubs pour les camps4. Là, au moins, la conduite à tenir n'était pas douteuse; là, tous s'abandonnaient avec enthousiasme aux mêmes sentiments : la haine de l'étranger et l'amour de la patrie.
Mais ces nouvelles forces s'ignoraient elles-mêmes; il fallait les organiser, ou plutôt il fallait organiser l'armée toute entière : œuvre d'autant plus difficile que l'émigration'avait presque épuisé les anciens cadres, et qu'en présence du danger de la patrie, on devait, pour ainsi dire, improviser tout un matériel, armer, équiper, instruire une masse énorme de volontaires.
La Législative ne resta pas au-dessous de sa tâche. Les historiens ont exalté l'héroïque résistance que îa France opposa à l'invasion étrangère, et en ont rapporté tout l'honneur à la Convention; ils se sont mon-
1 . Voir le discours prononcé à la barre de l'Assemblée par Ricard, au nom de soixante de ses camarades, pour démentir les adresses fabriquées dans le club de la rue Saint-Honoré.
très souverainement injustes envers l'Assemblée qui décréta la réquisition de 1792. Les principaux, éléments de la résistance nationale ont été préparés par la commission extraordinaire, composée, par moitié, de constitutionnels et de girondins, unanimes en tout ce qui concernait la défense du territoire. Si Vergniaud, son organe habituel, eut le malheur d'attacher son nom, comme président de la Législative et de la Convention, à des événements à jamais déplorables, ses entraînements et ses fautes seront rachetés, uous l'espérons pour sa mémoire, par son courage et par le service immense qu'il rendit à la France en la dotant d'une armée qui devait la sauver de l'invasion étrangère.
Le 2i juillet, Vergniaud présenta un décret concerté avec les généraux des armées du Rhin et du Midi, aux termes duquel les bataillons de volontaires devaient être formés par canton, et les grades, jusqu'à celui de lieutenant-colonel, donnés à l'élection. Ces jeunes gens, partant pour ainsi dire du môme village, ayant pu de longue date s'apprécier les uns les autres, n'hésitèrent pas, au moment où ils allaient affronter des troupes aguerries, à mettre de côté affections, rivalités, jalousies, et à choisir, pour les conduire à la victoire ou à la mort, les plus capables et les plus énergiques d'entre eux. Si l'on parcourt la liste des ofïiciers qui, dans chaque département, furent élus à l'heure suprême du danger de la patrie pour marcher à la tête des fédérés, on y retrouve les noms de la plupart de ces soldats illustres qui devaient ruiner la vieille tactique des généraux de Frédéric, de Marie-Thérèse et de Catherine, et remplir durant un