LIVRE V
« Laquelle responsabilité solidaire aura lieu égale- « ment contre tous les ministres après la proclamation « du danger et tant qu'elle ne sera pas révoquée. . . »
C'était aggraver considérablement la responsabilité ministérielle , c'était suspendre l'épiée de Damoclès sur la tête des agents du pouvoir exécutif. L'Assemblée décida, de son autorité privée, que cet acte, ne devant point avoir un effet immédiat, n'avait pas besoin d'être soumis à la sanction royale; il fut néanmoins promulgué dans les formes des lois ordinaires et revêtu de Yexequalur du malheureux monarque, qui se laissait ainsi enlever une à une ses dernières prérogatives.
Le même jour, Lasource fait renvoyer à l'examen de la commission extraordinaire les questions suivantes :
« 1° Quels sont les maux de la patrie ? « 2° Quelles en sont les causes ?
« 3" Les moyens employés jusqu'à présent sont-ils « suffisants ?
« 4° Y a-t-il lieu de prendre des moyens extraordi- « naires, et quels sont-ils ? »
Les girondins espéraient, par cette série d'actes agressifs, conserver la direction exclusive du mouvement et apaiser ies soupçons de la montagne ; mais celle-ci ne se contentait pas de si peu ; chaque jour elle essayait de faire expliquer la Gironde sur ses véritables et dernières intentions. ■
Choudieu apporte, le 23 au soir, une pétition, suivie de dix pages de signatures ; elle est aussi brève que terrible :
« Angers, 43 juillet, l'an iv do la liberté.
« Législateurs, (! Louis XVI a trahi la nalion} la loi et ses serments. r Le peuple est souverain ; vous êtes ses représentants ; « prononcez sa déchéance, et la France sera sauvée. »
Deux jours plus tard (25 juillet), Vergnîaud est l'objet des plus vives récriminations de la part d'un autre montagnard, qui lui reproche, à raison des dernières mesures défensives qu'il fait adopter par l'Assemblée, d'avoir mis tout le royaume sous le régime militaire. « A qui ce grand pouvoir est-il confié ? s'écrie en terminant le fougueux Duhem; au pouvoir exécutif, au premier traître du royaume! »
Vergniaud est obligé de venir justifier la commission extraordinaire et de gourmander les ardeurs trop vives de son collègue jacobin,
« Gardons-nous, dit-il, d'un trop grand excès de zèle; nous devons entretenir le feu qui vivifie, éteindre le feu qui dévore. Ne nous laissons pas entraîner par des mouvements désordonnés, ni subjuguer par de vaines terreurs. Quant aux dangers auxquels M. Duhem vient de faire allusion, il aurait peut-être été prudent de ne pas en autant parler. »
Mais tant de circonspection ne peut satisfaire Chabot qui demande que l'examen de la conduite du roî soit mis à l'ordre du jour, pour le lendemain à midi, toute affaire cessante. L'ex-capucin voit que l'Assemblée ne paraît pas disposée à seconder son impatience, il cherche donc
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