‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 54 sur 237 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

La Fayette, et traîné au tribunal révolutionnaire par les ordres de Robespierre4.

Deux jeunes Marseillais étaient depuis plusieurs mois à Paris : l'un, Rebecqui, avait été appelé à la barre de l'Assemblée pour rendre compte de sa conduite comme commissaire dans le district de Vaucluse; l'autre, Barbaroux, avait été envoyé par sa ville natale pour veiller ù certains intérêts locaux2. Ils fréquentaient assidûment le club des Jacobins et les conciliabules secrets du petit appartement de la rue de la Harpe , où Roland était rentré après sa sortie du ministère. En correspondance régulière avec les sociétés populaires, qui avaient expédié la bande des Marseillais, et avec la bande elle-même, pendant les vingt-sept jours qu'elle avait mis à traverser la

4. Dietrich fut suspendu de sos fonctions de maire de Strasbourg, " le 19 août 1792. Il disparut durant plusieurs mois et vint se constituer prisonnier, le 10 novembre. Traîné de prison en prison, pendant près d'un an, il fut traduit au tribunal révolutionnaire, le 8 nivôse an u (SS décembre 1793}, et condamné à mort, sur le témoignage de Philibert Simond el d'Euloge Schneider, deux prêtres apostats, les chefs de la démagogie strasbourgeoise; ils devaient eux-mêmes ne pas larder a suivre leur victime sur l'échafaud-

2. Ces deux jeunes gens devaient payer bien cher les rêves insensés dont ils se berçaient alors. Barbaroux, proscrit après le 34 mai, se réfugia à Caen, puis en Bretagne, enfin dans les environs de Bordeaux; .pendant treize mois, il eut à supporter le dénûment le plus complet, les tourments de la faim, les angoisses de la proscription ; il se tira un coup de pistolet sur le revers d'un fossé, se blessa seulement, fut pris par les agents de Robespierre et transporté à demi mourant a Bordeaux. Il y fut guillotiné le 7 messidor an «, moins de deux ans après le 10 août, moins de cinq semaines avant la cliuio de ses persécuteurs. Rebecquî , pour échapper aux sicaires du comité de salut public, se noya dan3 le port de Marseille, en floréal an ri.

Franco, ils lurent instruits immédiatement de son arrivée li Cha ren ton, et se rendirent au-devant d'elle, en compagnie de Fournier l'Américain et d'un ancien procureur au Châlelet. fort mêlé depuis longtemps à toutes les menées démagogiques et qui devait bientôt acquérir une effroyable renommée sous le nom de Bourdon (de l'Oise) .

Ifs s'abouchèrent avec les chefs de la colonne marseillaise. On décida qu'elle entrerait le lendemain dans la capitale, que le faubourg Saint-Antoine tout entier lui feraitescorteet qu'on profiterait de l'occasion pour enlever, de gré ou de force, la déchéance ou la suspension du roi.

Tout était prêt, croyait-on. Santerre avait promis quarante mille hommes de Saint-Antoine et de Saint-Marceau; en passant sur le quai , un millier de patriotes se seraient détachés de la foule, auraient surpris l'Hôtel de "Ville, y auraient installé les délégués des sections; un paix; d'artillerie de la garde nationale, conduit d'avance sur leur roule, serait tombé entre les mains des insurgés; quatre cents citoyens auraient retenu Pétion à la mairie, quatre cents autres auraient arrêté le Directoire du département; des hommes armés auraient occupé tous les ponts et les différents postes de la capitale. Cela fait, l'armée populaire , par trois colonnes, aurait envahi le jardin des Tuileries et la place du Carrousel ; le palais n'eût pas été attaqué, mais bloqué; prenant d'un mêmecoup de filet et le roi et l'Assemblée nationale, les chefs révolutionnaires auraient sommé celle-ci de sauver l'État on détrônant celui-là1.

1. Le plan, ticril au crayon par Uarba roux, fut copié par Fournier l'Amurifani. Vt'mairv.s de, lUirhvrtYnx, |). 4 S— 5'3t .

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque

LIVRE VI. U7 L'affaire manqua le 30, comme elle avait manqué le 26, à cause de l'absence des auxiliaires sur lesquels on comptait. Soit qu'on eût refusé de le suivre, soit que le cœur lui eut manqué, San terre n'amena point les quarante mille hommes qu'il avait promis. Les Marseillais, au nombre de cinq cent seize, ne trouvèrent, pour les recevoir, qu'environ deux, cents fédérés des départements et deux douzaines de Parisiens armés de piques et de coutelas1. Le long du faubourg Saint-Antoine et des boulevards ils rencontrèrent, il est vrai, une assez grande foule, mais très-pacifique. Ils y jetèrent l'épouvante en arrachant les cocardes à rubans que portaient beaucoup d'hommes et de femmes. Les démagogues prétendaient que les vrais patriotes ne devaient porter que des cocardes en laine.

Sur les ruines de la Bastille , les Marseillais furent reçus par un groupe de Jacobins que la société mère avait envoyés pour leur faire cortège. On proclama leur chef un Brutus et eux des Scaivola, « pour avoir juré de ne pas quitter la capitale sans avoir affermi le trône de la liberté d'une manière inébranlable 2. »

Us allèrent ensuite à la mairie acclamer Pétion, prirent quelques instants de repos dans la caserne qui leur avait été préparée (la Nouvelle-France), et enfin se rendirent, sous la conduite de Santerre, à un banquet qui leur était offert par les Jacobins eu général et spéciale-

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