‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 65 sur 237 · VJ I · texte numérisé non relu

VJ I

Louis XVI, qui avait reçu le premier exemplaire du manifeste le 28 juillet (il était daté de Coblenlz, le 25), hésita plusieurs jours sur ta conduite qu'il tiendrait en des conjonctures aussi dilliciles. Devait-il rompre énergiquement avec ses terribles amis de l'émigration qui n'avaient voulu écouler aucun de ses ordres, aucune de ses prières et. suivant le conseil qui lui était donné par Dejoly, ministre de la justice, se pré-" senler lui-même au sein de l'Assemblée, y désavouer hautement les potentats étrangers qui se faisaient les vengeurs de ses querelles et prétendaient envahir son royaume en son nom et pour le rétablissement de son autorité? Mais d'autres minisires, appuyés par

son vous requiert en vertu du titre i", chapitre 1". section i™ des lois imprescriptibles du sens commun , de rentrer en vous-mêmes dans le délai de deux mois, à compter de ce jour; faute de quoi vous serez censés avoir abdiqué votre droit h la qualité d'êtres raisonnables et ne serez plus considérés que comme des enragés dignes (les petitesmaisons, u

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la reine, s'opposèrent à cette proposition, donnant pour motif que la majesté royale ne pouvait s'exposer aux huées des tribunes. Louis XVI se contenta donc d'envoyer, le 3 août, un message à l'Assemblée dans lequel il lui donnait connaissance du manifeste du duc de Brunswick, tout en émettant des doutes sur son authenticité; car il n'en avait pas encore reçu la communication officielle1.

h J'ai porté sur te trône des sentiments pacifiques, était-il dit dans ce message; mes anciens ministres savent

1. Dejoly crut devoir, à la suile du conseil de cabinet où il avait ■proposé l'avis qui n'avait pas'prévalu, oflïirsa démission à Louis XVI dans une lettre que nous avons retrouvée.

. Paris, ce 3 août 1798, l'an iv de la liberté.

« Sire,

« Permettez, souffrez, je vous le demande en grâce, que je me retire ; j'ai vu tous les maux dont nous sommes menacés, je vous les ai présentés avec toute la force, avec tout le courage qui doivent ani mer un ami zélé de l'ordre et- de Ja liberté.

« Vous m'avez rendu justice, vous avez entendu mes observations, ■vous les avez écoulées avec intérêt, vous avez paru les goûter ; j'ai vu plusieurs fois le moment où vous alliez les adopter, mais mon espérance a toujours été déçue; vous êtes sur le bord du précipice, vous le savez, c'est de vous-même que nous tenons la plupart des détails effrayants qui nécessitent les plus grandes mesures; et Votre Majesté reste immobile, et la reine n'en craint pas les redoutables effets, et les personnes dont Votre Majesté est entourée ne sont pas effrayées elles-mêmes du danger imminent qu'elles vous voient courir.

« Sire, ils sont bien coupables, bien pervers, ceux qui continuent à vous éloigner du peuple ; on ne cesse de vous le présenter comme votre plus cruel ennemi ; sans doute il est irrité, maïs il est facile de

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quels efforts j'ai faits pour éviter Ja guerre... Mais j'ai cédé à J'avis unanime de mon conseil, au vœu manifeste d'une grande partie de la nation ét plusieurs fois exprimé par l'Assemblée nationale. La guerre déclarée, je n'ai négligé aucun moyen d'en assurer le succès. »

Ces premières phrases éveillent les colères delà gauche.

« J'ai accepté la constitution ; la majorité de la nation la désirait, j'ai vu .qu'elle y plaçait son bonheur, etce bonheur fait l'unique occupation de ma vie ; depuis ce moment, je me suis fait une loi d'y être fidèle... »

Nouvelles rumeurs.

« Jamais on ne me verra composer sur la gloire ou les intérêts de la nation, recevoir la loi des étrangers ou celle d'un parti... Je maintiendrai jusqu'à mon dernier soupir l'indépendance nationale... »

L'Assemblée reste muette; elle reste muette encore en entendant parler des dangers personnels du roi, et aucune

l'apaiser ; et que sont tous les sacrifices que je vous propose eu comparaison de la gloire dont vous pouvez vous couvrir, du bonheur que vous pouvez assurer à tous les Français?

« Daignez, sire, y réfléchir; les moments pressent, les événements s'il cch mulent, quelques jours encore et peut-être votre volonté serat-elle impuissante.

« Sire,- pardonnez au dernier effort d'un ministre qui voudrait contribuer à votre bonheur, au bonheur, au repos de son pays; agréez Ie3 propositions qu'il vous a faiies ; essayez-en au moins une partie ; jugez des unes par l'effet que les autres produiront. Sire, il y va de votre couronne, peut-être de voire existence; il y va du bonheur de la France.

« Ces grandes considérations méritent bien que vous vous écartiez de la marche que vos conseils vous ont fait suivre jusqu'à ce jour... Je voji3 réitère la prière la plus instante de me faire remplacer. »

LIVRE VI. 469 voix ne répond avec sympathie, lorsque le monarque paraît implorer de l'amour de son peuple « la plus légère marque de retour1. »

Quelques membres de la droite réclament l'impression, l'envoi aux quatre-vingt-trois départements et à l'armée, honneurs que l'on accordait si souvent à la moindre pétition ; mais Lacroix , Ducos, Isnard se lèvent successivement pour demander que l'écrit royal soit purement et simplement renvoyé à la commission extraordinaire.

« Qu'a fait le roi, s'écrie Isnard, pour arrêter le plan de contre-révolution qui couvre la France et se ramifie dans les cours étrangères? Rien. — Pour qui s'arment les cours? Pour lui. — Que nous demandent-elles? De rétablir son autorité absolue, son despotisme. » Après ce virulent exorde, le fougueux girondin accuse successivement le roi de proléger la noblesse factieuse, d'entretenir dans sa chapelle les prêtres les plus rebelles, de s'être refusé durant deux mois à sévir contre les émigrés, contre les traîtres de l'extérieur et de l'intérieur; d'avoir soutenu les corps administratifs violant la constitution; d'avoir laissé une armée et son chef délibérer; d'avoir chassé les ministres estimables, de désorganiser l'État en ne complétant point son cabinet et en en changeant sans cesse les membres ; de n'avoir rien fait contre ses parents, les princes, qui ont provoqué la coalition contre la France.

Continuant sa fiévreuse argumentation, Isnard énu-

1 . Voir au il/miteur ce message contre-signé Itigot-Samle-Ci'Oix, nommé minisire des affaires étrangères, le I" août.

mère les griefs de la gauche : la coalilion connue depuis plus d'un an et non dénoncée; aucune démarche pour nous procurer des alliés ; la véritable force de nos armées dissimulée au moment de la guerre; puis, la guerre déclarée, l'armée manquant de tout ; la levée des troupes, l'achat et la fabrication des armes entravés; la désorganisation du camp deSoissons; les plans militaires traîtreusement combinés; le Brabant abandonné, incendié même par nos troupes.

« Enfin, s'écrie en terminant le représentant du Var, on dirait que le roi des Français venge par les flammes la cour de Vienne de l'insurrection belgique, et que le roi de Hongrie venge par le fer la cour des Tuileries de l'insurrection française.

« Voilà, messieurs, des laits qui contrastent entièrement avec la lettre du roi , et s'opposent ù son impression. »

Isnard, en lançant cette ardente philippique, voulait probablement préparer l'Assemblée au coup de théâtre que Pétion, à la tête d'une nombreuse députation, devait, suivant ses promesses, venir mettre a exécution au jour et à l'heure convenus.

En effet , à peine l'orateur est-il descendu de la tribune , que le maire de Paris paraît à la barre pour lire la pétition qui, depuis trois jours, s'élaborait à l'Hôtel-de- Ville dans un sanhédrin démagogique, présidé par Collot-

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