LIVRE VI
plus intimes déjà partis , pour leur recommander la prudence et l'abstention. Non-seulement Louis XVI avait dans des proclamations ordonné aux officiers de rester à leur poste, mais il avait encore écrit à ses frères des lettres confidentielles, les adjurant de se tenir tranquilles; ceux-ci n'y avaient eu aucun égard, déclarant qu'ils les considéraient comme arrachées par la contrainte à un roi captif de ses sujets1.
En vaih l'Assemblée constituante et, après elle, l'Assemblée-législative avaient-elles accumulé contre l'émigration toutes les foudres de leurs décrets; en vain la Législative avait-elle lancé contre Monsieur, frère du roi, une dernière sommation2; en vain l'avait-elle
1. Dès le 4$ octobre 179-1 , Louis XVI avait fait publier une lettre aux commandants des ports, dans laquelle il protestait de son respect pour la constitution, adjurait les officiers de marine de ne point émigrer, et faisait sommation de renti er à ceux qui étaient partis. Le lendemain, il adressa une lettre dans le même sens aux ofliciers généraux commandant les troupes de terre. Enfin, dans une proclamation spéciale il ordonnait «aux Français quiavaient abandonné leur patrie d'y revenir au plus vite. Il n'y a de véritable honneur, disait-il, qu'à servir son pays et à défendre les lois, a (Histoire parlementaire, t. XII, p. 157, 158 et 161.)
a. Cette sommation, était ainsi conçue ;
« Louis-Stanislas-Xavier, prince royal, l'Assemblés nationale vous requiert, en vertu de la constitution française, titre m, chapitre u, section m, numéro 2, de rentrer dans le royaume dans le délai de deux mois; faute de quoi vous serez censé avoir abdiqué votre droit éventuel à la régence, u
Les journaux royalistes, qui maniaient admirablement la plaisanterie, mais qui ne faisaient qu'irriter leurs adversaires par de continuels coups d'épingles, parodièrent ainsi cette sommation :
« Gens de l'Assemblée française, se disant nationale, la saine rai-
traduit devant la haute cour nationale comme criminel de lèse-nation au premier chef. Les bravades et les jactances des meneurs de l'émigration n'avaient fait qu'augmenter. Ils élaient arrivés, du reste, à leurs fins; ils avaient fait déclarer, par l'Europe en armes, une guerre à mort à la révolution française. L'acte signé par le duc de Brunswick avait été évidemment écrit sous leur dictée.