LIVRE VI. 18o
« Arrête que ce désaveu sera sur-le-champ porté au Corps législatif par vingt membres de la section.
« André, président; Cointkeau, secrétaire. »
Les murmures des spectateurs avaient interrompu cette lecture à chaque mot. Vaublanc s'élance à la tribune1 et s'écrie : « Souffrir que, toutes les fois que la constitution est invoquée, cette sainte invocation soit couverte des clameurs des forcenés, le souffrir, dis-je, est un commencement de parjure! »
Les huées redoublent, mêlées d'éclats de rire.
« L'Assemblée nationale, reprend lecourageux député, ne peut tolérer plus longtemps de pareilles indignités sans s'en rendre complice, sans faire craindre à la France sa dissolution prochaine. »
Ici les murmures prennent une telle intensité qu'il est absolument impossible à l'orateur de continuer. Les membres de la droite descendent de leurs bancs, interpellent le président; plusieurs, en se dirigeant vers la porte, disent tout haut : « Allons-nous-en , l'Assemblée n'existe plus, puisque nous ne sommes plus libres! » Mais, rappelés par leurs amis et voyant le calme se rétablir, ils reprennent leurs places.
Vaublauc termine son discours en demandant que le
1 . Vaublanc avait, dès le 30 juillet, donné sa démission de membre de la commission extraordinaire des vingt et un , pour ne pas participer plus longtemps aux mesures que celle-ci proposait chaque jour à l'Assemblée.
rapport préparé par la commission extraordinaire sur !;i police de la salle soit enfin présenté le lendemain; on lui en fait la promesse, sauf à ne pas la tenir.
Il était impossible aux amis de Pétion de laisser l'Assemblée sous l'impression du désaveu apporté par les vingt commissaires de la section de la Bibliothèque. Aussi Brissol se hiïte-t-il de déclarer qu'il appartient à cette section et qu'il peut mieux que personne donner des explications sur sa composition, ses tendances, ses aspirations. « Elle est divisée en deux parties : une respectable, qui offre un grand nombre de patriotes, de ces hommes que Ton dénigre sous le nom de sans-culottes; l'autre gangrenée, composée de financiers, d'agents dechange, d'agioteurs. C'est de ce dernier foyer de contre-révolution de la rue Vivïenne qu'est sortie la réclamation qui vient d'exciter tant de tumulte; du reste, les commissaires que l'on a accusés d'avoir usurpé les pouvoirs de la section sont présents et demandent à être admis à la barre pour démentir cette inculpation. »
Aussitôt se présentent les quatre commissaires sansculottes delà section de la Bibliothèque; parmi eux étaient CoIIot-d'Herbois et Marie-Josepb Chénier.
Collot était alors l'un des hommes les plus en vogue parmi les démagogues parisiens. Avec son almanach du père Gérard, il s'était acquis une grande renommée de bonhomie vertueuse et d'éloquence populaire; il avait présidé les réunions de l'Hôtel-de-Ville où s'était élaborée la fameuse adresse. Il avait donc tous les titres possibles pour prendre le pas sur le poète qui, dans ie but de plaire à la plèbe, se laissait subalterniser par un